Le système financier marocain est-il prêt à résister aux prochaines crises ?
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Après plusieurs années marquées par les incertitudes internationales, le Maroc a retrouvé une dynamique économique plus favorable en 2025. Selon le rapport annuel sur la stabilité financière publié conjointement par Bank Al-Maghrib, l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) et l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), la croissance nationale s’est établie à 4,9%, contre 4,4% un an auparavant.
Cette évolution résulte principalement du redressement de la valeur ajoutée agricole, favorisé par une amélioration des conditions climatiques, ainsi que de la bonne tenue des activités non agricoles. Dans le même temps, l’inflation est restée limitée à 0,8%, confirmant le retour à une certaine stabilité des prix après les tensions inflationnistes observées ces dernières années.
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Les perspectives demeurent positives. Bank Al-Maghrib anticipe une croissance de 5,2% en 2026 avant un retour à un rythme plus modéré de 3,1% en 2027, tandis que l’inflation devrait rester contenue autour de 1,5% puis 2,1%.
Sur le plan des finances publiques, le déficit budgétaire a poursuivi sa réduction pour atteindre 3,5% du PIB. Malgré un creusement du déficit du compte courant à 2,4% du PIB, les réserves officielles de change demeurent confortables, représentant plus de cinq mois d’importations.
Des ménages plus riches… mais également plus endettés
Le rapport met en évidence une amélioration globale de la situation financière des ménages marocains. Leur patrimoine financier atteint désormais 1.192 milliards de dirhams, porté principalement par les dépôts bancaires, qui représentent près de 935 milliards de dirhams, mais également par la progression des placements en valeurs mobilières.
Cette évolution témoigne d’une confiance accrue dans les instruments financiers et d’une diversification progressive de l’épargne.
Cependant, cette amélioration s’accompagne d’une hausse marquée de l’endettement. Les dettes des ménages atteignent désormais 456 milliards de dirhams, soit 27% du PIB, leur plus forte progression depuis 2012. Cette augmentation est principalement liée au dynamisme des crédits à l’habitat et des prêts à la consommation.
Le rapport relève également une légère hausse du nombre de nouveaux emprunteurs dont les remboursements représentent plus de 40% de leurs revenus. Dans ce contexte, le taux de défaut reste relativement élevé, à 10,3%, invitant les autorités à maintenir une vigilance particulière.
Les entreprises non financières présentent une situation comparable. Leur dette bancaire atteint 657 milliards de dirhams tandis que les émissions obligataires poursuivent leur progression. Les délais de paiement entre entreprises continuent néanmoins de s’améliorer, signe d’un assainissement progressif des relations commerciales.
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Les banques confirment leur solidité malgré des risques persistants
Le secteur bancaire demeure le principal pilier du système financier marocain. Trois banques d’importance systémique concentrent à elles seules près de 60% des actifs du secteur, plus de 63% des crédits distribués et plus de 62% des dépôts collectés.
L’ensemble des actifs bancaires atteint désormais 2.323 milliards de dirhams, soit 136% du PIB.
L’activité bancaire a poursuivi son expansion en 2025. Les crédits à la clientèle ont progressé de 6,9%, tandis que les dépôts ont augmenté de 7,7%. Les banques participatives continuent également leur développement avec une croissance de près de 25% de leurs actifs.
La rentabilité du secteur s’est nettement améliorée. Le résultat net social des banques atteint 19,4 milliards de dirhams, en hausse de plus de 22%, grâce à une progression du produit net bancaire et à une baisse sensible du coût du risque.
Les indicateurs prudentiels demeurent largement supérieurs aux exigences réglementaires. Le ratio moyen de solvabilité atteint 16,1%, tandis que le ratio Tier 1 s’élève à 13,5%. Les établissements disposent également d’une situation de liquidité confortable, soutenue par les interventions de Bank Al-Maghrib.
Les simulations réalisées dans le cadre des macro-stress tests montrent que les banques seraient en mesure d’absorber différents scénarios de crise, allant d’un ralentissement économique important jusqu’à un scénario extrême comparable à celui de la pandémie de Covid-19. Même dans ces hypothèses défavorables, les établissements continueraient, en moyenne, de respecter les exigences prudentielles.
Le rapport attire toutefois l’attention sur la poursuite de la concentration des engagements envers les grands débiteurs, un élément qui devra faire l’objet d’un suivi attentif.
Cash : 491 milliards de DH en circulation en 2025, selon BAM
Assurances et marchés financiers poursuivent leur montée en puissance
Le secteur des assurances confirme également sa bonne santé financière.
Le chiffre d’affaires des compagnies atteint 63,2 milliards de dirhams, en hausse de 7,5%, grâce à la progression simultanée des branches vie et non-vie. Leur résultat net dépasse 5,3 milliards de dirhams, soit une progression supérieure à 21%, tandis que le rendement des fonds propres atteint son meilleur niveau depuis une décennie.
Les plus-values latentes enregistrent un niveau historique et le ratio réglementaire de solvabilité dépasse désormais 409%, illustrant la robustesse financière des compagnies d’assurance.
Le rapport souligne néanmoins que les régimes de retraite continuent de présenter des déséquilibres structurels. Malgré les effets positifs temporaires des augmentations salariales issues du dialogue social, plusieurs régimes restent confrontés à des difficultés de viabilité à moyen et long terme, renforçant la nécessité d’une réforme systémique.
Du côté des marchés financiers, 2025 restera une année particulièrement favorable.
L’indice MASI progresse de 27,6%, tandis que les volumes d’échanges et les levées de capitaux augmentent sensiblement. Les émissions obligataires privées connaissent une forte accélération, tout comme les opérations de titrisation et le développement des organismes de placement collectif.
L’actif des OPCVM atteint 785 milliards de dirhams, tandis que les OPCI et les fonds de capital-investissement poursuivent également leur expansion, témoignant d’une diversification progressive des sources de financement de l’économie.
Bank Al Maghrib : ce que révèle le rapport 2025 sur l’économie
Une stabilité renforcée, mais une vigilance toujours indispensable
Au-delà des performances enregistrées en 2025, le rapport insiste sur la nécessité de préparer le système financier aux défis des prochaines années.
La nouvelle feuille de route 2026-2030 prévoit notamment le renforcement du cadre macroprudentiel, la mise en place de nouveaux outils de gestion des crises, l’encadrement des crypto-actifs, le développement du marché à terme ainsi que l’entrée en vigueur du nouveau régime de solvabilité, basé sur les risques pour les compagnies d’assurance.
Les autorités financières estiment que le système marocain dispose aujourd’hui de bases suffisamment solides pour faire face à des chocs économiques importants. Toutefois, plusieurs risques demeurent : l’évolution des tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, la progression de l’endettement privé et les nouvelles menaces liées à la cybersécurité et aux innovations technologiques.
Le rapport conclut ainsi que la stabilité financière du Royaume s’est nettement renforcée en 2025. Cette résilience constitue un atout majeur pour accompagner les ambitions économiques du Maroc, à condition de poursuivre les réformes engagées et de maintenir un niveau élevé de vigilance face à un environnement international qui demeure particulièrement volatil.
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