Bank Al Maghrib : ce que révèle le rapport 2025 sur l’économie
Le siège de Bank Al Maghrib (BAM), à Rabat © DR
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Au Palais royal de Tétouan, le roi Mohammed VI, accompagné du prince héritier Moulay El Hassan, a reçu lundi le wali de Bank Al Maghrib, Abdellatif Jouahri. Cette audience a été marquée par la remise officielle du rapport annuel de la Banque centrale consacré à la situation économique, monétaire et financière du Royaume au titre de l’exercice 2025.
Dans un environnement international toujours instable, marqué par les tensions géopolitiques, les perturbations commerciales et les effets persistants du changement climatique, Bank Al Maghrib estime que le Maroc a confirmé sa capacité de résistance. Selon l’institution, la croissance économique nationale a atteint 4,9% en 2025, contre 4,4% un an auparavant. Une progression portée à la fois par le redressement relatif de l’activité agricole et par la vigueur des secteurs non agricoles, notamment le bâtiment, le tourisme et les services.
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Cette performance s’explique également par un niveau d’investissement rarement observé ces dernières années. Les investissements ont progressé de 16,3% en volume, essentiellement grâce aux grands chantiers d’infrastructures, aux projets liés à l’adaptation au changement climatique, au développement du système de santé, à la reconstruction des zones sinistrées d’Al Haouz ainsi qu’aux préparatifs des grands événements internationaux que le Royaume accueillera dans les prochaines années.
Une croissance robuste portée par l’investissement
Pour Bank Al Maghrib, l’investissement est devenu le principal moteur de la croissance marocaine. L’État a poursuivi un effort budgétaire conséquent afin de soutenir les infrastructures, renforcer les équipements publics et financer plusieurs programmes sociaux.
En parallèle, les recettes fiscales ont enregistré une progression remarquable de 15,3%, favorisée par le dynamisme de l’activité économique, les effets de la réforme fiscale engagée depuis 2022 ainsi que l’amélioration du recouvrement. Les mécanismes de financement innovants ont également permis de mobiliser 40,1 milliards de dirhams, contribuant à limiter le recours à l’endettement traditionnel. Cette dynamique a permis de réduire le déficit budgétaire à 3,5% du PIB, contre 3,9% un an auparavant, tandis que le taux d’endettement du Trésor est revenu à 66,6% du PIB.
Autre signal positif : malgré cette accélération de l’activité économique, les tensions inflationnistes sont restées très limitées. L’inflation moyenne s’est établie à 0,8%, notamment grâce au recul des prix internationaux de l’énergie, à la baisse des prix de certaines denrées alimentaires et au maintien d’une politique monétaire prudente par Bank Al Maghrib.
La Banque centrale a poursuivi son cycle d’assouplissement en abaissant son taux directeur à 2,25%, tout en continuant d’alimenter le système bancaire en liquidités afin de soutenir le financement de l’économie. Ses interventions hebdomadaires ont atteint près de 140 milliards de dirhams, tandis qu’un nouveau programme destiné aux très petites entreprises a été lancé afin de faciliter leur accès au crédit.
Cette orientation accommodante a contribué à maintenir des conditions de financement favorables pour les entreprises et les ménages. Le crédit bancaire accordé au secteur non financier a progressé de 4,8%, preuve que l’activité économique continue de bénéficier d’un environnement financier relativement favorable. Toutefois, Bank Al Maghrib souligne que les créances en souffrance demeurent supérieures à 100 milliards de dirhams, rappelant que certains secteurs restent fragilisés malgré l’amélioration de la conjoncture.
L’emploi, le principal point faible d’une croissance encore insuffisamment inclusive
Malgré les performances enregistrées par l’économie marocaine en 2025, Bank Al Maghrib souligne que la question de l’emploi demeure le principal défi à relever. L’amélioration des indicateurs macroéconomiques ne s’est pas encore traduite par une baisse significative du chômage, qui reste à un niveau élevé.
Selon les données présentées dans le rapport annuel, la population active occupée a progressé, mais le rythme des créations d’emplois reste inférieur aux besoins du marché du travail. Le taux de chômage s’est établi à 13% en 2025, avec une situation particulièrement préoccupante chez les jeunes et les diplômés.
Cette situation explique en partie le décalage observé entre la perception des citoyens et les performances économiques enregistrées. Pour Bank Al Maghrib, l’enjeu n’est donc plus uniquement d’accélérer la croissance, mais de renforcer sa capacité à générer des emplois stables et productifs.
La Banque centrale estime que l’investissement massif engagé ces dernières années doit produire davantage d’effets d’entraînement sur le tissu économique national. L’objectif est notamment d’améliorer la participation du secteur privé, de renforcer la compétitivité des entreprises et d’assurer une meilleure adéquation entre les formations et les besoins du marché.
Des échanges extérieurs soutenus et des réserves de change à un niveau record
Sur le plan extérieur, l’économie marocaine a continué de bénéficier de plusieurs moteurs de croissance. Le rapport annuel de Bank Al Maghrib met en avant la solidité des recettes en devises issues des secteurs exportateurs, du tourisme et des transferts des Marocains résidant à l’étranger.
Les exportations de biens ont poursuivi leur progression, portées notamment par les performances du secteur des phosphates et dérivés ainsi que par l’industrie aéronautique. Ces deux secteurs continuent de renforcer leur position dans les chaînes de valeur internationales et contribuent à diversifier la structure des exportations marocaines.
Les recettes touristiques ont également confirmé leur rôle stratégique dans l’économie nationale. Le secteur a bénéficié d’une forte dynamique en 2025, permettant de soutenir les entrées en devises et l’activité dans plusieurs régions du Royaume.
À cela s’ajoutent les transferts des Marocains résidant à l’étranger, qui demeurent une source essentielle de financement extérieur. Cette combinaison a permis au compte courant extérieur de rester contenu malgré un environnement international marqué par une forte volatilité.
Grâce à ces évolutions, les avoirs officiels de réserve de Bank Al Maghrib ont atteint 443 milliards de dirhams à fin 2025, représentant environ 5 mois et demi d’importations de biens et services. Ce niveau constitue un élément majeur de résilience pour l’économie marocaine face aux éventuels chocs externes.
Finances publiques : une trajectoire d’assainissement confirmée
Le rapport souligne également l’amélioration progressive des équilibres budgétaires. Le déficit public a poursuivi sa baisse pour atteindre 3,5% du PIB en 2025, contre 3,9% en 2024.
Cette amélioration repose principalement sur la progression des recettes fiscales, qui ont augmenté de 15,3%, grâce au dynamisme de l’activité économique, aux effets de la réforme fiscale et au renforcement des mécanismes de collecte.
Les recettes issues des financements innovants ont également joué un rôle important. Elles ont permis de mobiliser environ 40,1 milliards de dirhams, contribuant à limiter la pression sur les ressources budgétaires classiques.
Dans ce contexte, le poids de la dette du Trésor a continué à diminuer. Le ratio d’endettement est passé à 66,6% du PIB en 2025, contre 67,7% un an auparavant.
Toutefois, Bank Al Maghrib appelle à poursuivre les efforts de rationalisation des dépenses publiques. L’institution estime que la hausse des dépenses incompressibles, notamment celles liées aux réformes sociales et aux retraites, nécessite une meilleure efficacité dans l’allocation des ressources publiques.
Protection sociale, inégalités et nécessité d’une croissance mieux répartie
Au-delà des indicateurs économiques, Bank Al Maghrib insiste sur la nécessité de réduire l’écart entre la croissance enregistrée et son impact ressenti par les citoyens.
Le wali de la Banque centrale a rappelé que la progression du PIB ne suffit pas à elle seule à améliorer durablement les conditions de vie. La création d’emplois, la réduction des disparités sociales et l’amélioration de l’accès aux services essentiels constituent désormais les principaux critères d’évaluation du modèle de développement.
Dans ce contexte, les grands chantiers sociaux engagés par le Royaume représentent un effort financier considérable. Mais pour Bank Al Maghrib, leur efficacité dépendra d’un meilleur ciblage des aides publiques et d’une optimisation des dépenses.
La Banque centrale appelle ainsi à renforcer l’évaluation des politiques publiques afin de garantir que les ressources mobilisées bénéficient en priorité aux populations les plus vulnérables.
Eau, énergie et régionalisation : les nouveaux leviers de compétitivité
Le rapport annuel met également en avant plusieurs défis structurels qui conditionneront la trajectoire économique du Maroc dans les prochaines années.
La transition énergétique apparaît comme une priorité stratégique. Pour Bank Al Maghrib, l’accélération du développement des énergies renouvelables doit permettre de réduire la dépendance énergétique extérieure et d’accompagner les entreprises marocaines face au durcissement des normes environnementales internationales.
La question hydrique est également devenue centrale. Face aux effets du changement climatique et à la succession des périodes de sécheresse, la Banque centrale considère que la gestion efficace de l’eau doit devenir un axe majeur des politiques publiques.
L’objectif est d’améliorer la valorisation des ressources disponibles, de renforcer la sécurité hydrique et de préserver les capacités de production agricole et industrielle.
Enfin, la régionalisation avancée constitue un autre chantier stratégique. Bank Al Maghrib estime que son accélération permettra de créer de nouveaux pôles économiques régionaux, de stimuler l’investissement local et de réduire progressivement les écarts territoriaux.
Jusqu’où le dessalement peut-il soutenir la demande en eau ?
Transformer la performance économique en progrès durable
Le rapport annuel 2025 de Bank Al Maghrib confirme ainsi la solidité des fondamentaux économiques du Maroc. Avec une croissance de 4,9%, une inflation limitée à 0,8%, un déficit budgétaire réduit à 3,5% du PIB et des réserves de change atteignant 443 milliards de dirhams, le Royaume dispose de marges importantes pour poursuivre son développement.
Mais la Banque centrale rappelle que la prochaine étape sera celle de la transformation de ces performances en avancées sociales concrètes. L’emploi, la réduction des inégalités, la gestion des ressources naturelles et l’efficacité de l’investissement seront les principaux défis à relever pour construire une croissance plus inclusive et durable.
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