Le Maroc, puissance régionale en construction

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Le Maroc consolide son statut de puissance régionale grâce à Tanger Med, à sa base industrielle, à sa diplomatie saharienne et à ses partenariats européens et africainsExportations (image d'illustration) © depositphotos

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Longtemps perçu comme un point de passage entre l’Europe et l’Afrique, le Maroc s’impose désormais comme un acteur qui pèse sur les équilibres de son voisinage. Porté par son complexe portuaire Tanger Med, une industrie en montée en gamme et une diplomatie offensive, le Maroc cherche à transformer ses atouts géographiques en influence durable. Décryptage.

Le pays bénéficie en effet d’un atout que beaucoup lui envient, à savoir une position de carrefour entre Europe, Afrique et espace méditerranéen, que le Maroc convertit en puissance durable. Selon un rapport publié par Stimson Center, les signaux sont réels, mais restent suspendus à des fragilités strucuturelles.

Le premier pilier de cette montée en gamme se lit dans la logistique. Tanger Med a traité 10,241,392 EVP en 2024, soit une hausse de 18,8% sur un an, et le groupe affirme gérer au total 12,42 millions d’EVP et 209 millions de tonnes de marchandises à travers ses activités portuaires et logistiques.

Le port relie des flux venus d’Europe, d’Afrique et de Méditerranée, avec des terminaux véhicules, rail, roulier et conteneurs qui structurent un véritable écosystème.

Par ailleurs, le Maroc a profondément déplacé son centre de gravité vers l’automobile, l’aéronautique et l’électronique. Entre 2012 et 2022, la production de véhicules a quadruplé pour atteindre 465.000 unités, faisant du Maroc le 23e constructeur automobile mondial et le deuxième en Afrique.

Entre 2019 et 2022, les exportations combinées de l’automobile, de l’aéronautique et de l’électronique ont augmenté de 40%, tandis que les automobiles ont dépassé les phosphates et les engrais comme premier poste d’exportation.

Le Maroc attire ainsi davantage d’investissements. Environ 70% des flux d’IDE depuis 2020 proviennent d’Europe, ce qui confirme la profondeur du lien, mais aussi la manière dont Rabat a su offrir aux groupes étrangers un environnement de production proche du marché européen. Les zones franches, les hubs industriels et les parcs logistiques ont fait du pays une destination privilégiée pour le nearshoring, à une époque où les entreprises veulent raccourcir leurs chaînes d’approvisionnement et diversifier leurs dépendances. Le groupe OCP, pour sa part, dit contrôler 68% des réserves mondiales de phosphate, un atout qui le place au centre d’un marché essentiel à l’agriculture mondiale.

Lire aussi : Géopolitique : comprendre l’impact de la guerre au Proche-Orient sur la bourse

Le pari d’une protection sociale élargie

En 2025, près de 88% de la population est légalement couverte par l’assurance maladie, tandis que 42% des ménages bénéficient du nouveau programme d’aide sociale directe. Par ailleurs, l’effort budgétaire atteindra environ 2,7% du PIB d’ici fin 2026, selon la Banque mondiale, pour un impact net proche de 1,1% du PIB après les économies réalisées sur les dispositifs existants et la réforme des subventions.

Cette architecture sociale est essentielle car sans elle, la montée en puissance économique du Maroc resterait concentrée sur les côtes et les grandes villes.

Se pose toutefois la problématique la vulnérabilité climatique. La disponibilité en eau renouvelable est passée d’environ 2.560 mètres cubes par habitant et par an en 1960 à environ 620 en 2020. Selon le rapport le Maroc pourrait franchir le seuil absolu de pénurie de 500 m³ par habitant avant la fin de la décennie. Pour un pays où l’agriculture reste un amortisseur social, la question de l’eau est hautement stratégique.

Le FMI relève qu’en 2024, l’activité a progressé d’environ 3,2% malgré une nouvelle année de sécheresse, grâce à la solidité de la demande intérieure, mais que le chômage demeure autour de 13%.

Sur le plan énergétique, le Maroc s’efforce de transformer sa dépendance en avantage comparatif. Le rapport indique que les réformes en cours visent à améliorer la gestion des ressources en eau et à assouplir le marché de l’électricité pour encourager la production privée d’énergies renouvelables.

Une diplomatie qui change d’échelle

C’est toutefois sur le terrain géopolitique que l’ambition marocaine prend sa forme la plus nette. Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2797, qui prolonge le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026 et prend comme base des négociations la proposition d’autonomie marocaine, tout en rappelant l’objectif d’un règlement juste, durable et mutuellement acceptable.

Le texte, soutenu par Washington, appuie le plan d’autonomie de Rabat comme base crédible de solution.

Lire aussi : Le Maroc face aux défis géopolitiques : analyse des impacts de la guerre au Moyen-Orient

Face à l’Europe, Rabat a installé une relation de dépendance mutuelle. La Banque mondiale rappelle que les pays européens restent de loin les principaux investisseurs au Maroc, tandis qu’une part importante des exportations du Royaume transite par Tanger Med.

Il ne faut pas s’y tromper : l’Europe ne « soutient » pas seulement le Maroc, elle s’appuie sur lui pour stabiliser une partie de son voisinage sud. Rabat, de son côté, utilise cette centralité pour obtenir des soutiens politiques, financiers et industriels.

De surcroît, le Maroc a étendu ses bras vers l’Afrique subsaharienne pour ne pas rester prisonnier de sa seule dépendance européenne. Cette présence africaine n’est pas seulement économique mais aussi politique, car elle construit des réseaux d’influence et une image de médiateur entre mondes arabe et africain.

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