Crise migratoire à Sebta : Madrid mobilise 25 millions d’euros pour les mineurs isolés
Pedro Sanchez, Le président du gouvernement espagnol © REUTERS
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Sebta continue de faire face aux conséquences de la récente vague d’arrivées de migrants, qui exerce une forte pression sur les capacités d’accueil. En réponse à cette situation, le gouvernement espagnol a annoncé le déblocage d’une enveloppe exceptionnelle de 25 millions d’euros destinée à améliorer la prise en charge des mineurs non accompagnés. Cette aide s’accompagne d’un dispositif de répartition obligatoire de ces jeunes vers les différentes communautés autonomes afin de désengorger les structures locales.
Des structures d’accueil au bord de la saturation
Selon les données relayées par plusieurs médias espagnols, entre 862 et près de 1.000 mineurs seraient actuellement hébergés à Sebta, alors que les installations d’urgence de la ville ne disposent que d’une capacité très limitée.
Cette saturation a conduit de nombreux enfants et adolescents à vivre dans des conditions précaires, certains passant leurs journées, voire leurs nuits, dans les rues de l’enclave. Des associations locales se sont mobilisées pour recenser les jeunes livrés à eux-mêmes et attirer l’attention sur l’urgence humanitaire.
Face à cette situation, Madrid entend appliquer les dispositions prévues par la législation espagnole sur les étrangers afin de transférer les mineurs vers d’autres régions du pays.
Les ministres de l’Intégration et de la Jeunesse ont défendu cette solution, estimant qu’elle constitue la seule réponse capable de répartir équitablement la charge entre les différentes communautés autonomes.
Lire aussi : Sebta : l’Espagne sous pression face aux mineurs non accompagnés
Une vive polémique politique en Espagne
Cette stratégie provoque toutefois de vives tensions sur la scène politique espagnole. Le parti d’extrême droite Vox réclame l’expulsion immédiate des mineurs et rejette l’utilisation de fonds publics pour leur prise en charge. Le Parti populaire (PP), de son côté, accuse le gouvernement de Pedro Sánchez d’avoir mal géré la crise migratoire, tout en restant discret sur la participation des régions qu’il dirige à l’accueil des jeunes migrants.
Parallèlement, le bilan humain continue de susciter des interrogations. Les chiffres varient fortement selon les sources : les autorités marocaines font état de 11 décès, tandis que les autorités espagnoles évoquent un nombre bien plus élevé et que certaines organisations non gouvernementales avancent un bilan encore plus lourd.
Afin de répondre aux nombreuses familles sans nouvelles de leurs proches, la Garde civile a ouvert un bureau chargé de recueillir les signalements de personnes disparues. Plusieurs dizaines de déclarations ont déjà été enregistrées et les opérations d’identification se poursuivent grâce aux analyses ADN et aux empreintes digitales.
L’Union européenne maintient son soutien à Madrid
Sur le plan diplomatique, la crise n’a pas remis en cause les relations entre Rabat et l’Union européenne. À l’issue d’une réunion extraordinaire consacrée à la situation, les ministres européens de l’Intérieur ont exprimé leur soutien à l’Espagne sans adresser de critiques au Maroc.
Le commissaire européen chargé des Affaires intérieures a salué la coopération des autorités marocaines dans la gestion des flux migratoires et a rappelé que le Royaume demeure un partenaire essentiel en la matière.
Les analyses fondées sur les renseignements de sources ouvertes (OSINT) n’ont, par ailleurs, établi aucun élément démontrant une implication directe des autorités marocaines dans l’organisation des franchissements massifs. Les investigations privilégient plutôt le rôle joué par les réseaux de passeurs et la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux, qui auraient favorisé les départs.
De son côté, Rabat réaffirme que le Maroc ne peut être considéré comme le « gendarme de l’Europe » et plaide pour une coopération migratoire fondée sur la responsabilité partagée et le respect mutuel.
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El Mehdi El Azhary - 4 mars 2026