Arnaud Blasquez Publié le 17/06/26 à 10:52
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Victoire à la Pyrrhus

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Vendredi 19 juin, à Genève, les États-Unis et l’Iran doivent signer un protocole d’accord après plus de cent jours de guerre. Donald Trump, qui vient de fêter son anniversaire d’une manière qui ferait rougir la tenue kaki de Zelensky, fanfaronne comme à son habitude tandis qu’à Téhéran, les autorités parlent d’une victoire stratégique. Pourtant, avant même la signature, deux versions contradictoires du texte circulent. La version américaine évoque un moratoire de quinze à vingt ans sur l’enrichissement de l’uranium et la destruction des stocks existants. La version iranienne maintient le droit à l’enrichissement sous contrôle de l’AIEA, prévoit le déblocage de 24 milliards de dollars d’avoirs gelés et conserve un rôle iranien dans la gestion du détroit d’Ormuz. Plus qu’un accord de paix, cela ressemble surtout au point de départ de soixante jours de difficiles négociations sur les sujets qui fâchent : nucléaire, reconstruction, balistique, sanctions, milices régionales et sécurité maritime. Mais la trêve est la bienvenue, notamment pour le Liban inclus de force dans l’accord. La paix, elle, reste à construire.

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Le bilan de ces quatre mois est lourd. Selon l’ONG HRANA, plus de 3.600 personnes ont été tuées en Iran, dont 1.700 civils et plus de 250 enfants. Plusieurs milliers d’autres ont péri au Liban et ailleurs dans la région. L’Iran réclame jusqu’à 300 milliards de dollars de réparations. Le Pentagone reconnaît 29 milliards de dollars de dépenses militaires alors que certaines estimations dépassent déjà les 40 milliards. Sur le plan économique, le Brent est passé de 73$ à plus de 120$ au plus fort de la crise avant de revenir autour de 80$. Le prix du gaz européen a bondi de près de 50%. La croissance mondiale a été révisée à la baisse, l’inflation à la hausse. Surtout, l’Iran a démontré ce que beaucoup soupçonnaient sans l’avoir vérifié : sa capacité de nuisance est réelle. Ormuz, les réseaux alliés, les cyberattaques ou les missiles et drones restent des leviers capables de perturber l’économie mondiale.

Une guerre pour ouvrir des négociations

Il aura donc fallu une guerre pour que Washington et Téhéran reviennent à une logique diplomatique que les États-Unis, les Européens, la Russie et la Chine avaient déjà menée à son terme en 2015 avec le JCPOA (Joint comprehensive plan of action), fruit de près de vingt ans de négociations sur le nucléaire iranien. Pendant les trois années qui ont suivi sa signature, l’Agence internationale de l’énergie atomique a certifié à plusieurs reprises que l’Iran respectait ses engagements. L’administration Trump elle-même l’a reconnu en 2017. Cela n’a pourtant pas empêché le président américain de dénoncer l’accord l’année suivante. Fidèle à une diplomatie de rupture qui l’a également conduit à remettre en cause l’Accord de Paris ou l’Obamacare, il voyait dans le JCPOA moins un acquis stratégique qu’un héritage politique de son prédécesseur. Libéré de ses obligations, l’Iran a alors relancé progressivement son programme nucléaire, faisant passer son niveau d’enrichissement de 3,67 % à des seuils proches du niveau militaire. Huit ans plus tard, le paradoxe est saisissant : Donald Trump se retrouve à négocier, au sortir d’une guerre coûteuse, pour contenir un programme nucléaire que sa propre décision de 2018 avait directement relancé.

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Toute la question est désormais de savoir si Washington obtiendra davantage qu’en 2015. Le JCPOA avait été obtenu sans guerre, pour un Iran enrichissant à 3,67%. Il prévoyait une réduction de 98% des stocks d’uranium, une diminution massive des centrifugeuses et des inspections approfondies de l’AIEA. Si l’accord de Genève ressemble à la version iranienne qui a fuité, il reproduit l’essentiel de cette logique. S’il ressemble à la version américaine, il sera plus contraignant sur le papier mais aussi beaucoup plus fragile car bilatéral. Les Européens l’ont bien compris. Après avoir été marginalisés par la diplomatie trumpiste, ils tentent de revenir dans le jeu en conditionnant la levée de leurs propres sanctions envers l’Iran à un accord qu’ils jugeraient suffisamment solide. Intrinsèquement, les volontés restent profondément divergentes.

Des séquelles irréversibles

Le dossier d’Ormuz illustre parfaitement cette ambiguïté. Washington affirme que le détroit redeviendra un simple couloir de navigation. Téhéran explique déjà qu’il entend contrôler les navires jugés hostiles et instaurer des redevances maritimes. Autrement dit, les Américains parlent de retour à la normale quand les Iraniens parlent d’un nouvel équilibre de puissance. Israël, pourtant au cœur de l’escalade régionale, n’est même pas partie prenante de l’accord. Après avoir soutenu sans réserve Benjamin Netanyahou pendant des années, Trump conclut aujourd’hui un compromis avec Téhéran sans obtenir de garantie majeure pour son allié. Quant au peuple iranien, il pourra toujours attendre l’aide que Trump avait promise en janvier pour renverser le régime.

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Les deux camps proclament leur victoire. Si les négociations se passent bien, Trump obtiendra une photo historique et un accord avec son nom dont les contours ressembleront certainement à ce que son prédécesseur et les alliés avaient obtenu sans faire la guerre. L’Iran, lui, conservera son régime et une position qu’il estime renforcée au prix de dégâts considérables et d’un exécutif renouvelé. Si elles échouent, on repart pour une période de blocage et d’incertitude. Pour deux camps qui se disent vainqueurs, cela ressemble malgré tout à une victoire à la Pyrrhus.

Shah Shah Shah

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