Futur programme gouvernemental : le meilleur à prendre de chaque parti

Tandis que la cheffe du gouvernement, Mme El Mansouri, reçoit à tour de rôle les chefs des partis politiques pour former la majorité qui gouvernera jusqu’en 2031, il est utile de revenir sur les volets les plus intéressants des programmes des principaux partis qui n’ont pas refusé de participer à une coalition gouvernementale.

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Tribune

Aymen Jidali

Doctorant en sciences politiques

Temps de lecture : Publié le 01/10/2026 à 15:02
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Le Parti authenticité et modernité, vainqueur des élections, présente cinq mesures chiffrées, toutes centrées sur le coût de la vie.

Concernant les prix des produits de base, le constat est clair : les intermédiaires captent entre 60% et 80% du prix final. Pour y remédier, sept mécanismes sont proposés. Il s’agit d’abord de six sociétés régionales de distribution agricole placées sous cahier des charges public et soumises à un audit annuel. Viennent ensuite la modernisation des marchés de gros, équipés de froid et de traçabilité numérique, puis l’installation d’unités frigorifiques dans six ports de pêche artisanale. Des aides agricoles seraient par ailleurs liées à la réservation d’une part de la production au marché intérieur. Un assainissement de la filière des viandes rouges est également prévu, avec la reconstitution du cheptel pour environ 11 milliards de dirhams sur 2025-2026. Les exportations seraient de nouveau soumises à autorisation, tandis qu’un dispositif anti-intermédiation, confié au Conseil de la concurrence et assorti de sanctions publiées, viendrait compléter l’ensemble.

Sur l’électricité, toute facture mensuelle inférieure à 100 dirhams deviendrait gratuite, sans aucune démarche. Une contribution de 12% sur les kilowattheures au-delà de 200 par mois financerait la mesure, pour un coût inférieur à 30 dirhams mensuels.

L’impôt sur le salaire serait simplifié en trois tranches au lieu de six : 0% sous 15.000 dirhams bruts, 10% de 15.000 à 46.000, et 20% au-delà.

Quant aux retraites, un plancher de 3.000 dirhams serait instauré pour tous les régimes dès la deuxième année du mandat. La pension de veuve passerait quant à elle à 100% de celle du défunt, contre 50% aujourd’hui. Le constat de départ reste préoccupant : plus de 251.000 retraités du public touchent moins de 3.500 dirhams, tandis que la pension moyenne dans le privé s’établit autour de 2.100 dirhams.

Enfin, l’aide sociale directe concernerait environ 4 millions de foyers. Le minimum passerait progressivement de 500 à 1.000 dirhams. Le ciblage par indicateur céderait la place au revenu réel, ce qui ramènerait la marge d’erreur de 20-30% à 5% à l’horizon 2030.

Eau et énergie teintées en bleu

Le Rassemblement national des indépendants, arrivé second, propose des mesures concrètes pour l’eau et l’énergie. Elles visent le même public : les ménages vulnérables, et en premier lieu les ruraux.

Commençons par l’eau. Le texte veut en faire un levier de développement territorial plutôt qu’une contrainte. Deux buts sont clairement affichés : stabiliser les revenus ruraux et élargir l’inclusion économique. Le moyen passe d’abord par un mix de barrages, d’interconnexions et de dessalement. L’inventaire n’a rien de nouveau. Le mot qui compte est ailleurs : accélérée. Le programme promet en effet une mise en œuvre accélérée, sans préciser toutefois de quel calendrier il s’agit.

Vient ensuite le dernier kilomètre hydrique. Dans les zones de stress hydrique, chaque foyer recevrait un raccordement individuel multifonctions. Le document ne précise pas les usages couverts. Le terme laisse penser que l’eau servirait au-delà de la seule consommation domestique, mais il s’agit d’une lecture, et non d’une affirmation du texte.

Troisième volet : l’eau de proximité. Collecte des eaux de pluie, appui à l’irrigation locale et sécurisation en période de sécheresse constituent les piliers de cette approche. La logique est simple. Un barrage ou une interconnexion ne dessert pas chaque douar. Les solutions locales viennent donc compléter ce que les grandes infrastructures n’atteignent pas. L’objectif déclaré reste un accès sûr, autonome et résilient pour les ménages ruraux les plus fragiles. Cette mesure s’inscrit d’ailleurs dans l’engagement 2 du programme, qui promet des services publics de qualité sur tout le territoire.

Passons maintenant à l’énergie.

La mesure 6 pose un principe simple : protéger chaque ménage contre la hausse des prix. Son outil principal est un programme national d’autoproduction en panneaux solaires, sans paiement initial. Le foyer n’avance rien. L’installation se rembourse progressivement grâce aux économies réalisées sur la facture. Le surplus d’électricité produit peut même être revendu.

Mais enfin, qui avance l’argent ? Le texte ne le dit pas. Il ne précise pas non plus sur quelle durée court le remboursement.

Un second dispositif concerne les bénéficiaires de l’aide sociale directe. Le prix de l’énergie entrerait explicitement dans l’indice d’inflation qui déclenche l’indexation automatique des aides. Toute hausse significative se traduirait ainsi par une augmentation des transferts, sans démarche de la part des familles. Quatre millions de ménages sont concernés. Le mot « significative » reste toutefois à définir : aucun seuil n’est donné.

Les deux mesures ont un point commun. Elles déplacent la protection vers le ménage lui-même. Un point d’eau à proximité, un toit qui produit, une aide qui suit les prix sans qu’il faille la réclamer : le pari est cohérent. Son coût et son financement ne figurent pourtant pas dans les extraits disponibles.

Istiqlal : la corruption comme impôt caché

Le Parti de l’Istiqlal, classé 3e, part d’une idée simple. La corruption, la rente et le monopole ne relèvent pas seulement de la morale. Ils fonctionnent comme une taxe que personne ne vote, payée en prix plus élevés et en services médiocres. Les entreprises sérieuses, elles, butent sur des portes fermées. Le programme en tire un engagement intitulé « zéro tolérance envers la corruption et les conflits d’intérêts », posé comme cadre de toutes les politiques publiques.

Seize mesures suivent, réparties en quatre blocs.

Le premier vise les responsables eux-mêmes. Chaque gestionnaire public signerait un contrat d’engagements avec objectifs, moyens, délais et résultats mesurables, évalué périodiquement. Une loi sur les conflits d’intérêts imposerait le retrait de toute décision où pèse un intérêt personnel, direct ou indirect, et sanctionnerait la dissimulation. La déclaration d’intérêts s’étendrait aux ministres, aux élus, aux fonctionnaires et aux dirigeants d’entreprises publiques, à actualiser à la prise de fonction comme au départ. Pour les déclarations de patrimoine, la Cour des comptes vérifierait leur crédibilité et traquerait l’enrichissement illicite.

Deuxième bloc : la rente. Les aides publiques seraient soumises à des contrats, avec liste des bénéficiaires publiée, évaluation de l’impact et récupération des sommes si les engagements ne sont pas tenus. L’impôt sur les sociétés deviendrait plus progressif. Un taux allant jusqu’à 40% frapperait les activités installées dans un monopole ou une rente exceptionnelle, selon des critères fixés par la loi. Le Conseil de la concurrence gagnerait en pouvoir de dissuasion et la loi sur la liberté des prix serait revue. Quant au consommateur, il obtiendrait une autorisation d’ester en justice beaucoup plus simple à obtenir.

Troisième bloc : en finir avec l’autorisation préalable. Toute entreprise qui respecte un cahier des charges publié d’avance exercerait sur simple déclaration de conformité. Les licences existantes seraient converties en cahiers des charges, afin d’ouvrir des secteurs restés chasse gardée. Et le silence de l’administration vaudrait accord passé un délai annoncé, avec récépissé électronique remis au dépôt.

Quatrième bloc : transparence et contrôle. La numérisation des procédures commencerait par celles qui prêtent le plus au racket, avec suivi en ligne de chaque dossier. Des plateformes garantiraient l’égal accès au financement et aux marchés publics. L’intelligence artificielle servirait à repérer les anomalies et à alerter tôt, dans le respect des données personnelles. Les organes de contrôle obtiendraient une réponse institutionnelle à leurs recommandations dans des délais fixes. Les lanceurs d’alerte seraient protégés contre les représailles professionnelles.

Mais enfin, la dernière mesure en dit long. Un rapport public annuel suivrait la part des marchés publiés en toute transparence, le sort des rapports de contrôle, le nombre de déclarations d’intérêts et le rang du Maroc dans les indices d’intégrité. Le texte reconnaît qu’un excès de lois peut empêcher d’appliquer la loi. Il propose donc d’en simplifier certaines.

Le premier rapport d’intégrité paraîtrait un an après l’entrée en vigueur.

MP : à fond le libéralisme

Le PJD, 4e en nombre de sièges, ayant refusé de s’allier au PAM, on passe au Mouvement populaire, 5e du classement des urnes. Le parti a proposé des idées intéressantes dans son programme, surtout celles qui épousent sa doctrine économique libérale. « On ne peut pas distribuer une richesse qu’on n’a pas encore créée. » Le Mouvement populaire fait de cette phrase son point de départ. Avant de redistribuer davantage, il faut produire davantage. Le reste du raisonnement en découle.

Prenons l’emploi, premier test. Selon les données du parti, un point de croissance dans les activités non agricoles rapporte autour de 38.000 emplois. Chaque point devrait en produire près de 60.000. Le débat se déplace donc. Il ne s’agit plus du nombre, mais de la capacité de l’économie à transformer sa croissance en postes à un rythme inédit.

Le parti distingue ce qu’un gouvernement contrôle de ce qu’il subit. Sous sa main : la loi, la dépense publique, la fiscalité. Hors de sa portée : la conjoncture mondiale, la pluie, le prix de l’énergie. D’où le choix de raisonner en scénarios. Point de départ autour de 3,7%, montée graduelle vers 5% à l’horizon 2030-2031. La croissance n’est pas décrétée. Elle doit sortir d’un ensemble de décisions sur l’investissement, les entreprises, la productivité et la dépense.

Les très petites, petites et moyennes entreprises passent au premier rang. Entre 10.000 et 20.000 disparaissent chaque année, peut-être 40.000 en élargissant à toutes les unités productives. Conclusion du parti : avant de créer des emplois, cessons d’en détruire.

Premier verrou : les délais de paiement. Avec la facture « exécutoire », les fonds seraient bloqués dès la commande et versés au fournisseur après livraison et validation. La trésorerie des petites structures respirerait ainsi.

Mais une entreprise sauvée sans clients ne vaut pas grand-chose. Le MP propose donc une plateforme de commande privée, calquée sur le portail de la commande publique. Les entreprises y publient leurs besoins, les TPME répondent.

Reste l’installation. Les « cités des entrepreneurs » mettraient des bureaux du domaine public à disposition, à raison de cinq mètres carrés par emploi créé. Quinze pour trois postes, cinquante pour dix. Une contribution symbolique couvrirait le fonctionnement.

Mais enfin, des locaux et des commandes ne servent à rien sans les bonnes compétences. Le parti insiste sur les techniciens. Il veut des ingénieurs formés de façon plus pratique, et surtout beaucoup plus de techniciens qualifiés, jugés décisifs dans l’appareil productif.

D’où une dernière proposition sur la formation professionnelle. Le dispositif s’ouvrirait davantage au privé, sans cesser d’être gratuit pour les apprenants. L’argent suivrait l’élève sous forme de « vouchers », utilisables dans des établissements respectant un cahier des charges. Ceux-ci seraient aussi jugés sur l’insertion de leurs diplômés.

USFP : le savoir et le numérique comme leviers

L’Union socialiste des forces populaires, 6e selon les résultats des élections, a élaboré un programme avec des idées novatrices sur les volets éducatifs, linguistiques, culturels et numériques. Quatre chantiers, une même logique : des cibles chiffrées, presque toutes à atteindre en fin de mandat. Reste à voir ce que chacune demande.

L’université d’abord. Le programme veut mettre à niveau les établissements et les conditions de travail des enseignants-chercheurs. Il promet une baisse de 40% du sureffectif dans les filières à accès ouvert, celles où les amphithéâtres débordent. Le budget de la recherche scientifique monterait à 2% du PIB. Le taux d’insertion des diplômés atteindrait 60%. Dix nouveaux pôles universitaires ouvriraient dans des spécialités d’avenir, et tous les services universitaires seraient numérisés. Le texte ne dit pas de quel niveau on part. Sans point de départ, difficile de juger l’ampleur de l’effort.

La culture ensuite. Cinquante salles de cinéma et cinquante théâtres, créés ou rénovés dans les régions. Cinq mille titres publiés chaque année grâce à des subventions directes aux écrivains et aux maisons d’édition. Deux cents bibliothèques publiques et de proximité. Le budget du secteur culturel passerait à 1% du budget général de l’État. Le chiffre paraît modeste. Il représente pourtant une marche nette pour un secteur longtemps traité en variable d’ajustement.

Vient la langue amazighe. Le programme parle de passer de la reconnaissance symbolique à l’application réelle du caractère officiel de cette langue. Première mesure : une communication bilingue dans toutes les administrations territoriales. Deuxième : l’enseignement de l’amazigh dans chaque école primaire. Troisième : 80% des documents administratifs essentiels disponibles dans cette langue. La production médiatique publique doublerait, et les tribunaux l’accueilleraient. Mais enfin, le mot « généralisation » pèse lourd. Former les enseignants et traduire les documents demandent des années. Le texte ne donne pas de calendrier.

Dernier volet : l’administration numérique. Cent pour cent des procédures passeraient en ligne, et les délais de traitement reculeraient de 70%. L’objectif touche tout le monde, l’étudiant qui s’inscrit comme l’entrepreneur qui attend un agrément. Il rejoint d’ailleurs les autres chapitres : les services universitaires numérisés, les documents administratifs en amazigh, tout cela suppose des systèmes qui fonctionnent.

Ce que l’ensemble montre, c’est un choix de méthode. Partout, un pourcentage, un nombre de salles, un nombre de titres. Le parti accepte d’être mesuré. C’est un risque, car un chiffre non atteint se voit tout de suite. C’est aussi ce qui distingue un engagement d’une intention.

Le budget de la recherche : 2% du PIB. Celui de la culture : 1% du budget de l’État.

Voilà une synthèse du must des programmes des partis. Avec tous mes respects Madame El Mansouri.

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