Élections 2026 : le Marocain, cet électeur qu’on croit connaître

On parle beaucoup des partis. Des candidats. Des programmes. Des alliances. Des affiches qui apparaissent sur les murs et des promesses qui se succèdent dans les meetings. Mais on parle finalement assez peu de celui qui se trouve au bout de cette mécanique : le Marocain qui ira, ou non, déposer son bulletin dans l’urne.
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Tribune

Marouane Bichichi

Analyste politique

Temps de lecture : Publié le 21/09/2026 à 16:26
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Or, pour comprendre une élection au Maroc, il faut peut-être commencer par comprendre son électeur. Le problème, c’est que cet électeur n’est pas facile à enfermer dans une case.
Il peut être profondément critique à l’égard de la politique et continuer à suivre passionnément l’actualité politique. Il peut dire que « rien ne changera » et pourtant discuter pendant une heure du candidat de sa circonscription. Il peut ne faire confiance à personne et, le jour du scrutin, voter pour quelqu’un qu’il connaît depuis vingt ans.
Le Marocain politique est souvent un paradoxe ambulant.

La politique du « je connais quelqu’un »

Au Maroc, la politique ne se résume pas toujours à une confrontation entre programmes. Elle passe aussi par les relations.
« Je le connais. »
« C’est quelqu’un du quartier. »
« Il connaît ma famille. »
« Il nous a déjà aidés. »
Ces phrases, banales en apparence, disent beaucoup de notre culture électorale.
Dans une société où le lien social conserve une importance considérable, la proximité peut parfois être plus persuasive qu’un document de cinquante pages. Ce n’est pas nécessairement du désintérêt pour les idées. C’est aussi une autre manière de faire confiance : à travers l’humain avant l’institutionnel.

L’électeur qui critique tout… sauf son vote

Il existe également un autre paradoxe. Le Marocain peut être extrêmement sévère dans ses conversations privées. Au café, dans les transports, sur WhatsApp ou sur Facebook, les responsables politiques passent régulièrement au scanner.
Mais lorsque vient le moment de choisir, d’autres considérations entrent en jeu : la famille, le quartier, les relations, l’appartenance locale, l’image du candidat ou simplement l’habitude. La politique marocaine ne se joue donc pas uniquement dans les programmes. Elle se joue aussi dans la psychologie du vote.
Et cette psychologie est difficile à mesurer dans les sondages, encore plus difficile à prévoir depuis un plateau de télévision ou un bureau de parti.

Le citoyen numérique n’est pas forcément l’électeur de demain

Les réseaux sociaux ont donné une voix à une génération qui n’hésite plus à interpeller, ironiser et contester. Mais il existe une différence entre publier un commentaire politique et faire le déplacement jusqu’au bureau de vote.
Cette différence est essentielle. Le Maroc connaît aujourd’hui une forme de politisation numérique sans que celle-ci se transforme automatiquement en mobilisation électorale. On peut avoir dix mille personnes qui partagent une vidéo politique et beaucoup moins qui considèrent le vote comme une responsabilité personnelle.
C’est peut-être là que se trouve l’un des grands défis de la démocratie marocaine : faire passer le citoyen du commentaire à la participation.

Voter malgré le doute

Il serait pourtant trop simple de présenter l’abstention comme du désintérêt. Chez certains, elle traduit une déception. Chez d’autres, une distance vis-à-vis des partis. Pour d’autres encore, elle relève simplement de l’indifférence. Mais derrière ces comportements différents se trouve une même question : le citoyen croit-il encore que son choix compte ?
C’est cette confiance qu’il faut regarder. Parce qu’une démocratie ne se mesure pas uniquement au nombre de bulletins déposés dans une urne. Elle se mesure aussi à la capacité des citoyens à considérer cet acte comme leur propre décision, et non comme une formalité imposée.

Le véritable enjeu : comprendre l’électeur

Les élections de 2026 seront donc aussi un test pour les partis, mais surtout un révélateur de la société marocaine. Elles montreront peut-être que le Marocain n’est ni complètement désintéressé, ni totalement politisé. Ni prisonnier des anciennes pratiques, ni complètement détaché des logiques traditionnelles. Il est entre les deux.
Un électeur qui doute, qui critique, qui observe, qui compare, qui peut se laisser convaincre par un programme comme par une relation personnelle. Et peut-être que la grande erreur des politiques consiste précisément à croire qu’ils connaissent déjà cet électeur. Le Marocain de 2026 n’est pas nécessairement devenu moins politique. Il est devenu plus difficile à lire.
Et dans une élection, celui qu’on comprend le moins est souvent celui qu’il faut écouter le plus.
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