Arnaud Blasquez Publié le 09/09/26 à 11:17
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Hier, l’OCDE a publié les plus mauvais résultats depuis la création de PISA. À partir d’échantillons représentatifs, l’enquête mesure la capacité des élèves scolarisés de 15 ans à appliquer leurs connaissances dans des situations concrètes, plutôt qu’à réciter leur programme. Cette édition a testé 760.000 élèves dans 91 pays. Sciences, lecture et mathématiques atteignent ensemble leur plus bas niveau historique. Désormais, 20% des élèves de l’OCDE restent sous le socle minimal dans les trois matières, contre 16% en 2022. Le décrochage le plus révélateur concerne la lecture, dont dépendent les autres apprentissages et l’usage lucide de l’intelligence artificielle.

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Entre 2018 et 2025, la compréhension de l’écrit a reculé dans trois pays sur quatre. La perte atteint 25 points dans l’OCDE, soit plus d’une année d’apprentissage. Mal comprendre, c’est aussi rater un énoncé mathématique, une démonstration scientifique ou la réponse trompeuse d’une IA. Plus surprenant, la baisse est plus marquée chez les élèves favorisés que chez les défavorisés.

Les méthodes à revoir

Les adolescents n’ont pourtant jamais été exposés à autant de contenus écrits et visuels. Messages, notifications et résumés multiplient les occasions de lire, mais réduisent le temps accordé à chaque texte. La part des lecteurs « trop hâtifs », qui répondent vite mais souvent faux, a presque doublé depuis 2018. La lecture n’a pas disparu, elle est devenue plus courte, fragmentée et moins attentive. La pandémie a aggravé cette évolution : ces élèves avaient dix ans en 2020, l’âge où l’on passe d’apprendre à lire à apprendre en lisant. Mais le recul avait commencé auparavant. PISA établit ici des corrélations, sans désigner automatiquement les écrans comme coupables. D’ailleurs, certains pays ont progressé malgré le même choc. Le paradoxe est ailleurs. Les sociétés les plus numérisées perdent précisément les compétences dont elles ont besoin pour ne pas dépendre des machines : lire attentivement, vérifier, relier, remettre en cause et synthétiser. L’IA se généralise au moment même où s’affaiblit le jugement nécessaire pour la contrôler.

Face à ce diagnostic, la réponse politique la plus commode reste budgétaire. L’OCDE la désamorce pourtant d’un chiffre : au-delà de 85.000 dollars cumulés par élève entre 6 et 15 ans, la dépense cesse d’être corrélée aux résultats. Le Luxembourg a consacré 288.521 dollars à chaque élève, deux fois et demie plus que le Japon, mais obtient 64 points de moins en sciences. L’Espagne et le Japon dépensent presque la même somme, mais 61 points les séparent. La Turquie, avec trois fois moins que la France, la dépasse dans les trois disciplines. L’argent protège du manque. Pas de la mauvaise méthode.
La progression de la Turquie, de la Jordanie, de l’Arabie saoudite et du Cambodge rappelle toutefois que le recul n’est pas une fatalité.

Le Maroc face au défi

Au Maroc, la lecture tombe à 321 points, en baisse de 18 depuis 2022, et 73% des élèves restent sous le niveau minimal dans les trois matières, contre 19,7% dans l’OCDE. Et PISA ne teste que ceux encore scolarisés à 15 ans… Ceux que l’école a déjà perdus améliorent, par leur absence, le score officiel. L’excellence existe, mais sa concentration révèle surtout un système capable de produire une élite sans garantir les fondamentaux au plus grand nombre. Le pays consacre déjà 6% de son PIB à l’éducation. À la veille de l’ouverture de la campagne des législatives du 23 septembre, promettre davantage ou annoncer une énième réforme ne suffit plus.

Les partis devront répondre à des questions plus précises que celle du budget. Comment réduire l’absentéisme lorsque 68,1% des élèves déclarent avoir manqué au moins un cours ou une journée dans les deux semaines précédant PISA, contre 33,9% dans l’OCDE ? Comment faire reculer le décrochage, qui a touché 276.000 élèves du public en 2024-2025, principalement au collège ? Comment mieux former les enseignants et réduire les écarts entre villes et campagnes ? Et surtout, quelles méthodes généraliseront-ils et sur quels résultats publics accepteront-ils d’être jugés ?

Les écoles pionnières pourraient apporter un début de réponse. Après un an, leurs élèves obtenaient de meilleurs résultats que 82% de ceux d’établissements comparables. Reste à consolider ce qui fonctionne, à l’adapter au terrain et à le généraliser sans le diluer. Une réforme éducative ne produit ses résultats dans la durée que si elle survit au gouvernement qui l’a lancée.

Pendant des années, l’école a appris à chercher la bonne réponse. L’IA peut désormais la produire en quelques secondes, avec la même assurance lorsqu’elle se trompe. Savoir lire et comprendre devient alors une protection. À l’heure où l’obscurantisme prospère aussi sur le rejet des politiques traditionnelles, il faut être en capacité de comprendre et d’assimiler pour ne pas croire automatiquement ce qu’affirment une machine, un responsable politique, un média ou un réseau social. Ceux qui maîtriseront ces compétences profiteront du progrès, les autres le subiront. Si l’école échoue à combler cet écart, notre modèle de société se fragilisera et les inégalités se creuseront encore.

Démocratie en péril

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