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Anass Hajoui Publié le 03/09/26 à 10:36
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Solidarité à sens unique

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Il suffit parfois de regarder la vitesse à laquelle un dossier peut être constitué pour comprendre la nature d’une motivation. Lorsqu’une opportunité financière se présente, lorsqu’une aide est accessible ou qu’un avantage peut être obtenu, les documents que l’on pensait difficiles à réunir apparaissent, les délais deviennent soudain tenables et chacun trouve le temps nécessaire pour accomplir les démarches. La mobilisation est immédiate. Lorsque la démarche ne rapporte rien directement, mais qu’elle est nécessaire au fonctionnement ou à la représentation du collectif auquel on appartient, l’enthousiasme peut être beaucoup plus mesuré.

Le constat dépasse largement le monde des médias. Il touche à une conception assez particulière du collectif : nous aimons ce qu’il peut faire pour nous, beaucoup moins ce qu’il exige parfois de nous. Nous voulons appartenir à une organisation lorsqu’elle défend nos intérêts, bénéficier de sa force lorsqu’elle négocie, de son réseau lorsque nous en avons besoin et de son influence lorsque nos intérêts sont en jeu. Mais une organisation ne peut pas fonctionner uniquement au moment où chacun vient y chercher quelque chose.

On retrouve exactement le même comportement dans l’entreprise. Certains collaborateurs savent parfaitement solliciter leur organisation lorsqu’il est question d’une augmentation, d’une promotion, d’une formation ou d’un aménagement. Ces demandes peuvent être parfaitement légitimes. Mais la relation devient déséquilibrée lorsque la disponibilité disparaît au moment où l’entreprise, l’équipe ou simplement un collègue a besoin d’un effort supplémentaire. À l’inverse, certaines entreprises exigent énormément de leurs salariés pendant les périodes difficiles et deviennent beaucoup moins généreuses lorsqu’arrive le moment de reconnaître leur contribution. La réciprocité fonctionne dans les deux sens.

C’est probablement pour cela que les organisations les plus solides ne sont pas nécessairement celles où chacun obtient toujours ce qu’il souhaite. Ce sont celles où existe une forme de mémoire collective. On se souvient de celui qui était présent lorsqu’il n’avait rien à gagner, comme on se souvient de l’entreprise qui a soutenu un collaborateur lorsqu’elle n’y était pas obligée. La confiance se construit précisément dans ces moments où la relation ne repose pas sur un bénéfice immédiat.

La même mécanique existe d’ailleurs dans nos vies. Nous connaissons tous quelqu’un dont le numéro apparaît essentiellement lorsqu’il a besoin d’un service, d’un contact ou d’un conseil. Pris séparément, chacun de ces appels paraît parfaitement normal. C’est leur accumulation qui finit par révéler la nature de la relation. Un jour, on ne répond plus avec le même enthousiasme, non pas à cause de la demande du jour, mais à cause de toutes les absences qui l’ont précédée.

Nous avons parfois tendance à considérer notre appartenance à un groupe comme un droit permanent et notre contribution comme une option. Pourtant, une association, une entreprise, une équipe, une amitié et parfois même une famille reposent sur le même principe : chacun doit pouvoir compter sur l’autre sans avoir systématiquement à lui offrir quelque chose en retour.

Il est facile de faire des pieds et des mains lorsque l’on a besoin des autres. La véritable mesure d’une relation commence peut-être le jour où ce sont les autres qui ont besoin de nous.

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