Élections 2026 : qui aura vraiment droit au micro ?
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À quelques jours des élections législatives du 23 septembre 2026, la bataille électorale ne se déroule pas uniquement sur le terrain. Elle se joue également dans les studios de télévision, les rédactions radio et les plateaux de débat. Pendant 39 jours, les médias audiovisuels vont devoir composer avec un cadre réglementaire destiné à garantir le pluralisme politique et l’accès équitable des candidats et des partis à l’antenne.
La période définie par la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) commence à la première heure du 15 août et s’achève à minuit le 22 septembre, veille du scrutin. Elle se divise en deux séquences : 26 jours de pré-campagne, jusqu’au 9 septembre, puis 13 jours de campagne électorale officielle, du 10 au 22 septembre.
Mais derrière cette distinction calendaire se cache une autre mécanique, beaucoup plus technique : celle du comptage du temps accordé aux différentes forces politiques.
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Une égalité qui n’est pas synonyme de temps identique
Contrairement à ce que pourrait laisser penser le principe d’équité, tous les partis ne disposent pas mécaniquement du même volume d’antenne. La HACA s’appuie sur un critère central : la représentativité au Parlement.
Le dispositif classe les formations politiques en trois catégories.
La première rassemble les partis disposant d’un groupe parlementaire dans l’une des deux Chambres, ou ayant le nombre de parlementaires requis pour constituer un tel groupe. Ils bénéficient collectivement de 50% du volume horaire global consacré aux programmes de la période électorale.
La deuxième catégorie concerne les partis représentés au Parlement mais qui ne disposent pas d’un groupe parlementaire. Elle bénéficie de 30% du volume global.
La troisième regroupe les partis non représentés au Parlement. Ils se voient réserver les 20% restants.
Dans chacune des trois catégories, la part attribuée est répartie à égalité entre les partis concernés. Un parti engagé dans une coalition conserve par ailleurs un accès individuel aux services audiovisuels.
Le système cherche donc à combiner deux impératifs : tenir compte du poids politique issu des élections précédentes tout en garantissant une visibilité aux formations qui ne disposent d’aucun siège au Parlement.
Le piège du « temps de parole »
Pour comprendre le fonctionnement réel de cette surveillance, il faut distinguer deux notions que l’on pourrait facilement confondre : temps de parole et temps d’antenne.
Le premier correspond uniquement au moment où un représentant d’un parti ou un candidat s’exprime directement devant les micros et les caméras.
Le second est beaucoup plus large. Il comprend le temps de parole, mais également les commentaires journalistiques, les reportages, les images et les différentes formes d’évocation consacrées au parti ou à la candidature.
Cette nuance est fondamentale. Une formation politique peut être peu présente en interview directe tout en occupant une place importante dans l’actualité à travers des images de meetings, des reportages ou des commentaires. C’est donc la présence audiovisuelle dans son ensemble que le régulateur doit surveiller.
Autrement dit, le chronomètre de la HACA ne s’arrête pas nécessairement lorsque le candidat cesse de parler.
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Dans les rédactions, la couverture doit rester sous contrôle
Le cadre fixé par le CSCA laisse aux médias leur liberté éditoriale et leur indépendance. Mais cette liberté s’accompagne d’une responsabilité : garantir le droit du citoyen à l’information et respecter les principes de pluralisme, d’équilibre, d’honnêteté et d’objectivité.
Les journalistes et animateurs doivent notamment distinguer l’information du commentaire et ne peuvent exploiter leur position pour défendre des idées partisanes ou livrer des interprétations tendancieuses. Les déclarations des acteurs politiques ne doivent pas non plus être sorties de leur contexte.
Le dispositif va plus loin : les personnalités affiliées à des partis ne peuvent être invitées dans les programmes culturels, sportifs, artistiques, de divertissement ou de jeux pendant cette période lorsqu’elles sont concernées par la compétition électorale. L’objectif est d’empêcher qu’une exposition médiatique obtenue en dehors des émissions politiques puisse se transformer en avantage électoral indirect.
2M, Al Aoula et Medi1 TV dans le dispositif
Pour la campagne officielle, le dispositif devient encore plus précis. Les programmes spécifiques de campagne sont réservés aux six services audiovisuels publics désignés par le décret : Al Aoula, Tamazight, 2M, Medi1 TV, la Radio nationale et la Radio Amazighe.
La programmation obéit alors à des règles précises selon la catégorie à laquelle appartient le parti. Pour les interventions d’expression directe, le guide de la HACA prévoit notamment sept minutes par séance pour la première catégorie, cinq minutes pour la deuxième et trois minutes pour la troisième, avec trois séances sur chaque service audiovisuel concerné.
Pour les invités des journaux d’information, les représentants de la première catégorie disposent de cinq minutes et ceux de la deuxième de trois minutes. Le dispositif prévoit également des durées spécifiques pour la couverture des rassemblements électoraux.
Le passage des représentants n’est pas laissé au hasard. L’ordre des interventions directes et des invitations dans les journaux d’information est fixé par tirage au sort, organisé sous la présidence d’un représentant du gouvernement, en présence des partis et des médias concernés. La HACA y assiste en qualité d’observatrice.
Les femmes entrent aussi dans le calcul du pluralisme
L’équité ne se limite toutefois pas à la répartition entre partis. La HACA demande également aux médias de veiller à la représentation des femmes dans les programmes consacrés aux élections.
Les services audiovisuels doivent accompagner les partis dans la réalisation de l’égalité entre les hommes et les femmes au niveau du choix de leurs représentants. Surtout, les femmes doivent participer aux programmes d’information et de débat traitant de l’ensemble des questions d’intérêt général liées aux élections, et pas uniquement aux sujets traditionnellement associés aux problématiques féminines.
La même logique s’applique aux jeunes. Leur présence doit être garantie dans les programmes de la période électorale et ils doivent être associés aux débats portant sur les enjeux d’intérêt général. Le dispositif prévoit également une place pour les Marocains du monde et l’accès des personnes en situation de handicap, notamment grâce au sous-titrage, à la langue des signes ou à l’audiodescription lorsque la nature du programme le permet.
Une surveillance qui dépasse les plateaux
Pour vérifier que les règles ne restent pas théoriques, la HACA s’appuie sur un dispositif de monitoring couvrant les programmes audiovisuels nationaux. Son système HMS permet un suivi rigoureux des contenus électoraux et une interaction continue avec les opérateurs.
L’expérience des précédentes élections donne une idée de l’ampleur de cette surveillance. Lors du scrutin de 2021, la HACA avait suivi 33 services audiovisuels, identifié plusieurs milliers de contenus électoraux et recensé plus de 468 heures de couverture, dont environ 212 heures de temps d’antenne consacrées aux prises de parole des partis politiques.
En 2026, le régulateur prévoit également de transmettre régulièrement aux radios et télévisions des résultats intermédiaires de son suivi. L’objectif est de leur permettre de procéder, si nécessaire, à des corrections dans la répartition du temps d’antenne avant la fin de la période électorale.
Les partis et les citoyens disposent, eux aussi, d’un moyen d’alerte. La HACA reçoit les plaintes et peut instruire les éventuels manquements. Dans les cas graves, elle peut également s’autosaisir.
Le scrutin passé, les chiffres seront encore examinés
La surveillance ne s’arrêtera pas au soir du 23 septembre. Une fois les résultats définitifs officiellement annoncés, la HACA doit publier un rapport général consacré à la couverture radiophonique et télévisuelle des élections.
Ce bilan portera notamment sur l’offre des radios et télévisions, l’application des obligations fixées par le CSCA, l’accès des partis aux médias, la répartition du temps d’antenne et la couverture du jour du scrutin.
En 2026, la bataille audiovisuelle aura donc son propre arbitre. Pendant 39 jours, la HACA observera non seulement qui parle, mais aussi combien de temps, dans quel contexte, avec quelle visibilité et quelle place est accordée aux différentes composantes de la société.
Car à l’approche des législatives, une minute de télévision ou de radio peut sembler anodine. Additionnées les unes aux autres, elles dessinent pourtant une partie du paysage électoral. Et cette fois encore, la HACA entend s’assurer qu’aucune voix ne puisse prendre toute la place.
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