Crise au Moyen-Orient : vers une hausse de la facture d’électricité au Maroc ?

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Éthiopie : la banque mondiale finance un vaste programme d’électrificationImage d’illustration. © Mykola Tys / SOPA Images / LightRocket

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Alors que le conflit au Moyen-Orient perturbe déjà flux et contrats énergétiques, une mécanique connue se remet en marche : la hausse du pétrole et du gaz réoriente la demande vers le charbon, fait bondir ses cours et menace d’alourdir la facture énergétique des pays importateurs, dont le Maroc.

Les signaux récents, de l’arrêt de production de grands exportateurs de gaz à l’envolée des prix du charbon, laissent entrevoir un scénario où la volatilité mondiale finit par se traduire, mécaniquement, sur la facture domestique d’électricité.

La crise actuelle a provoqué des ruptures de livraisons de gaz. La mise en force majeure annoncée par certains acteurs du Golfe, qui affecte notamment les flux de gaz naturel liquéfié, crée un effet domino. Pays et opérateurs « cherchent des carburants substituts pour garantir la production électrique, et le charbon devient alors une variable d’ajustement à court terme », nous explique Amin Bennouna, expert en énergies et en développement de projets énergétiques.

La conséquence directe : les indices du charbon thermique (Newcastle et autres) ont récemment atteint des niveaux proches de 150 dollars la tonne, marquant un net rebond après la détente de 2023-2024.

Cette dynamique n’est pas nouvelle, nous rappelle Bennouna : en 2022, en réponse à l’embargo sur le gaz russe, le charbon avait flambé « jusqu’à des sommets historiques, provoquant des hausses marquées du coût de production de l’électricité pour les pays dépendants ».

Les marchés montrent aujourd’hui une similarité de comportement même si la distribution géographique des approvisionnements et les capacités d’exportation des grands producteurs restent des inconnues cruciales.

Lire aussi : Géopolitique : comprendre l’impact de la guerre au Proche-Orient sur la bourse

Le charbon, pilier du mix électrique

Le risque prend une tournure concrète au Maroc car le pays s’appuie encore très largement sur le thermique pour produire son électricité.

« Le charbon constitue la part dominante du mix électrique national, atteignant presque les deux tiers », fait valoir notre interlocuteur. Par ailleurs, les énergies fossiles pèsent fortement dans la structure de génération. Ce profil laisse le Maroc exposé à une transmission rapide de la hausse du coût des combustibles importés vers le coût global de production.

Concrètement, en période de prix élevés du charbon, le coût de production du kilowattheure à base de charbon augmente sensiblement, et par effet d’ensemble, le coût moyen du mix électrique suit.

Historiquement, lorsque les cours internationaux ont connu des pointes, « l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) et l’État ont absorbé l’essentiel du surcoût afin d’éviter un choc direct sur les consommateurs », selon Bennouna, notamment via des transferts budgétaires ou des mécanismes de soutien.

Mais cette capacité d’absorption a des limites budgétaires et politiques. Un choc durable mettrait à l’épreuve les comptes publics et pourrait in fine conduire à une partie de la hausse étant répercutée sur les prix finaux ou à des restrictions sur certains usages industriels.

Gaz, une exposition moindre mais non négligeable

Le gaz naturel pèse aujourd’hui moins que le charbon dans la production électrique marocaine, mais son importance logistique a augmenté depuis l’arrêt du gazoduc Maghreb-Europe.

Le Maroc importe désormais du gaz par voie maritime et via l’Espagne. En janvier 2026, par exemple, les importations espagnoles à destination du Maroc ont atteint un niveau notable (près de 822 GWh), plaçant le Maroc parmi les principaux destinataires des flux espagnols ce mois-ci.

La fragilité des approvisionnements gaziers internationaux, aggravée par des déclarations de force majeure sur des volumes significatifs, réduit les capacités d’ajustement et augmente la probabilité d’une pression supplémentaire sur les coûts énergétiques globaux.

Transmission vers l’économie réelle : carburants, inflation, entreprises

La première manifestation visible pour le citoyen sera sans doute le prix des carburants. « Une remontée du baril se transmet rapidement aux prix à la pompe », nous rappelle Nabil Adel, économiste et consultant, lors d’un entretien avec LeBrief.

« Pour une économie qui importe l’essentiel de ses produits pétroliers et énergétiques, mais aussi de consommation, le poids sur la balance commerciale et la pression sur l’inflation peuvent devenir très significatifs si le mouvement se prolonge », nous apprend cet expert.

Les entreprises intensives en énergie verront probablement leurs marges comprimées ou seront contraintes de répercuter les coûts, tandis que l’État devra arbitrer entre soutenir les ménages (subventions, aides ciblées) et préserver la soutenabilité budgétaire, si le conflit se prolonge dans le temps.

Lire aussi : Guerre au Proche-Orient : comment les tensions impactent les marchés financiers ?

Quels scénarios possibles et quelles issues pour le Maroc ?

À court terme, la montée des tensions et la nervosité des marchés se traduisent déjà par une poussée des prix des combustibles et par des arbitrages rapides entre sources d’énergie.

Face à des livraisons gazières incertaines, de nombreux opérateurs se tournent vers le charbon pour maintenir la production électrique, provoquant des pics ponctuels sur les bourses de matières premières.

Ce phénomène, observé ces dernières semaines, alourdit la trésorerie des importateurs et comprime les marges des fournisseurs d’énergie. Selon Bloomberg, les indices charbonniers ont connu des hausses sensibles, rappelant les épisodes de volatilité de 2022. À défaut d’une normalisation rapide du marché, ces tensions peuvent se traduire par des ajustements comptables et des arbitrages politiques pour contenir l’impact immédiat sur les ménages.

Si la crise venait à s’inscrire dans la durée, le risque deviendrait structurel. La raréfaction ou la réorientation des flux de gaz et de pétrole, notamment en cas de blocage prolongé des voies maritimes, tend à maintenir les prix à un niveau supérieur, transformant un choc passager en pression durable sur le coût des importations énergétiques.

L’Agence internationale d’énergie (AIE) alerte régulièrement sur ce basculement ; lorsque les marchés restent tendus et que les producteurs privilégient leurs marchés domestiques, les prix se stabilisent à un palier élevé et la capacité des États importateurs à absorber les surcoûts s’érode.

À ce stade, ce sont non seulement les équilibres budgétaires qui sont mis à l’épreuve, mais aussi la compétitivité des secteurs industriels et le pouvoir d’achat des ménages.

Face à ce double horizon, les marges de manœuvre sont connues mais coûteuses. Le Maroc peut renforcer la résilience de ses approvisionnements par la diversification des origines du charbon et du gaz et par la négociation de contrats à plus long terme, tout en constituant des stocks stratégiques pour lisser les chocs, selon l’AIE.

Parallèlement, l’accélération de la transition vers les renouvelables et le développement du stockage restent des leviers indispensables pour réduire progressivement la dépendance aux combustibles importés ; ces choix exigent cependant des financements et des efforts d’ingénierie politique pour préserver la soutenabilité sociale de la transition, rappelle l’Agence.

Sur le plan financier, des instruments de couverture peuvent limiter l’impact à court terme sur les comptes publics et sur les opérateurs, mais ils supposent une capacité technique et des ressources préalables.

La politique énergétique devra aussi composer avec des réalités géopolitiques concrètes. Les interruptions ou déclarations de force majeure de grands exportateurs de gaz, comme celle récemment annoncée par QatarEnergy, et les perturbations du trafic dans des passages stratégiques tels que le détroit d’Ormuz, montrent que les chocs d’offre peuvent se déclencher loin des frontières nationales mais produire des effets immédiats à l’échelle domestique.

En somme, la montée actuelle des prix et la chance d’un report massif sur le charbon posent un risque réel pour la facture énergétique nationale. Gérable à court terme, ce risque devient coûteux et potentiellement durable si la crise se prolonge. Les décisions prises dans les prochains mois (diversification des approvisionnements, instruments financiers, accélération des renouvelables et protection sociale ciblée) détermineront si la charge restera supportable pour l’État ou si elle se répercutera plus largement sur les entreprises et les consommateurs.

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