Maroc-États-Unis : 250 ans de coopération agricole et alimentaire

La coopération agricole et alimentaire entre le Maroc et les États-Unis est profondément ancrée dans les relations entre les deux pays, puisqu’elle remonte au Traité de paix et d’amitié de 1787, signé à l’initiative du sultan Sidi Mohammed Ben Abdellah et des responsables américains. Ce traité a établi la liberté et la sécurité de la navigation, et le commerce libre et équitable, comme fondements de leurs relations économiques bilatérales. Environ cinquante ans plus tard, ce traité a été renouvelé par les deux Etats à travers la signature d’un texte similaire, le Traité d’amitié de 1836. Les relations économiques entre les deux pays, notamment dans leur dimension agricole et alimentaire, s’inscrivent de ce fait dans le long terme.

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Tribune

Said Alahyane

Enseignant-chercheur, Université Cadi Ayyad, Marrakech

Temps de lecture : Publié le 17/07/2026 à 14:55
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Durant le protectorat français, la coopération entre le Maroc et les États-Unis s’est inscrite dans une démarche de transfert d’expertises et de partage de connaissances. Entre 1929 et 1933, plusieurs missions et visites d’études ont été effectuées au profit de coloniaux pour étudier l’horticulture en Californie. Composée des professionnels de l’hydraulique, des travaux publics, du génie rural et de l’agriculture, l’une de ces missions d’observation et d’exploration a élaboré un rapport intitulé « De Los Angeles à Rabat », présentant les techniques de production et de commercialisation des agrumes ainsi que les méthodes de l’agriculture irriguée en Californie. À la lumière de ce rapport, les autorités du protectorat ont décidé de rompre avec la politique céréalière et d’opter pour le modèle californien fondé sur la promotion de la production des fruits et légumes.

Après l’indépendance du Maroc, et surtout grâce à l’action de l’USAID, les États-Unis ont accordé de nombreux prêts destinés à financer des projets de développement agricole, tels que la construction de barrages et l’aménagement de périmètres irrigués. Durant cette même période, la coopération entre les deux partenaires s’est également traduite par la fourniture de blé américain afin de combler le déficit céréalier du Maroc. L’enjeu était alors de sécuriser les approvisionnements alimentaires du pays tout en soutenant le décollage de son agriculture.

Aujourd’hui, la coopération agricole et alimentaire entre le Maroc et les États-Unis s’avère solide et institutionnalisée et s’appuie sur un accord de libre-échange, signé le 15 juin 2004 et entré en vigueur le 1er janvier 2006. Cet accord a permis d’accroître significativement leurs échanges agricoles et alimentaires. Les exportations agricoles américaines vers le Maroc ont atteint environ 800 millions de dollars en 2024, faisant du Maroc le 32ᵉ marché agricole des États-Unis.

Les produits exportés comprennent principalement les fruits à coque, le maïs, le blé, les produits laitiers, l’huile de soja, le soja et les produits destinés à l’alimentation animale. De son côté, le Maroc exporte vers les États-Unis des produits à valeur ajoutée, notamment des produits transformés, tels que des préparations à base de fruits, de poisson ou de viande, de même que des produits alimentaires à base de légumes, de fruits et de fruits à coque.

À la suite de la conclusion de l’accord de libre-échange, la coopération agricole entre le Maroc et les États-Unis a connu un nouvel essor à travers la mise en œuvre des programmes Compact I et Compact II. Signé entre la Millennium Challenge Corporation (MCC), une agence américaine d’aide au développement, et le gouvernement marocain pour la période 2008-2013, le Compact I comprend une composante agricole consacrée au développement des filières de l’arboriculture fruitière, dotée d’une enveloppe de 300,9 millions de dollars. Quant au Compact II, également signé entre la MCC et les autorités marocaines pour la période 2017-2023, il est doté d’une enveloppe globale de 532 millions de dollars et comporte un volet dédié à l’amélioration de la productivité du foncier.

Parallèlement à la coopération bilatérale destinée à consolider leurs performances en matière de production et de sécurité alimentaire, les deux pays œuvrent conjointement pour répondre aux défis alimentaires à l’échelle régionale.

Afin d’améliorer la productivité de l’agriculture africaine, les projets « Space to Place » et « Rock Phosphate Amendment » ont été lancés, dans le cadre desquels le Maroc et les Etats-Unis mettent à profit leurs atouts comparatifs dans le domaine de la sécurité alimentaire au bénéfice des pays africains.

Par ailleurs, le partenariat stratégique maroco-américain dans les affaires agricoles se trouve renforcé par la désignation de ce dernier par le département de l’agriculture des Etats-Unis comme partenaire prioritaire dans le programme «Food for Progress» en 2026. Le Maroc bénéficiera ainsi, pendant cinq ans, de ce mécanisme de soutien au développement agricole, illustrant la convergence des intérêts économiques entre les deux Etats.

Les développements géopolitiques au Moyen-Orient confirment le bien-fondé du partenariat entre Rabat et Washington dans les secteurs agricole et alimentaire. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers du commerce maritime mondial des engrais, est toujours menacé, avec toutes les conséquences que cela implique pour l’agriculture mondiale.

Dans ce contexte, le Maroc s’impose comme un fournisseur d’engrais fiable, capable d’accroître ses volumes d’exportation vers les États-Unis.

L’évolution et l’approfondissement des liens agricoles entre le Maroc et les États-Unis témoignent de l’intérêt stratégique que les deux pays accordent aux enjeux alimentaires, aujourd’hui plus pressants et urgents que jamais.

Cela reflète également la reconnaissance par les deux parties du rôle crucial de la coopération bilatérale en tant qu’instrument essentiel pour exploiter leurs avantages comparatifs dans le domaine agricole et alimentaire, au service d’une sécurité alimentaire mondiale désormais mise à rude épreuve.

Forts de leurs relations politiques privilégiées et d’un partenariat agricole et alimentaire en constante progression, le Maroc et les États-Unis occupent déjà une place centrale dans les initiatives internationales visant à nourrir une population mondiale croissante.

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