El Mansouri : une femme à la tête du gouvernement, un symbole qui dépasse les partis
On peut avoir des réserves sur le Parti authenticité et modernité. On peut critiquer ses choix, ses responsables, ses alliances ou certaines de ses positions. On peut également être en désaccord avec le parcours politique de Fatima Zahra El Mansouri et avec certaines de ses décisions.
Mais cela ne devrait pas empêcher de reconnaître une réalité : pour la première fois dans l’histoire du Maroc indépendant, une femme accède à la tête du gouvernement.
Et cette dimension mérite d’être regardée pour ce qu’elle représente. Pas comme un cadeau fait à une femme. Pas comme une faveur accordée à un parti. Et encore moins comme une raison de suspendre le jugement politique. Mais comme le franchissement d’un seuil symbolique important pour la place des femmes marocaines dans les institutions.
Une première qui compte
Pendant longtemps, la présence des femmes dans la vie politique marocaine a progressé, mais leur accès aux postes les plus élevés du pouvoir exécutif est resté limité.
La Constitution de 2011 a pourtant consacré le principe d’égalité et engagé l’État à œuvrer à la réalisation de la parité. Quinze ans plus tard, le paysage politique marocain continue d’évoluer, avec une présence féminine désormais beaucoup plus visible dans les institutions.
L’arrivée d’une femme à la tête du gouvernement donne à cette évolution une portée nouvelle. Parce qu’une nomination de cette nature ne produit pas uniquement un effet dans les couloirs des institutions. Elle produit aussi un effet dans l’imaginaire collectif. Une jeune Marocaine qui regarde aujourd’hui la scène politique peut désormais voir une femme occuper le plus haut poste de responsabilité gouvernementale. Elle peut se dire que ce fauteuil n’est pas, par nature, réservé aux hommes. Et cette représentation compte.
Elle compte pour les jeunes générations. Elle compte pour les femmes qui envisagent une carrière politique. Elle compte également pour une société qui cherche progressivement à dépasser certaines représentations traditionnelles du pouvoir.
Mais une femme n’a pas besoin d’un traitement de faveur
C’est précisément ici que commence une autre question, tout aussi importante. Faut-il, parce qu’elle est la première femme à occuper ce poste, regarder son action avec davantage d’indulgence ? La réponse devrait être non.
L’arrivée d’une femme au pouvoir ne doit pas conduire à inventer une nouvelle forme de discrimination : celle qui consisterait à considérer qu’une femme doit être protégée de la critique parce qu’elle a franchi une barrière historique. Ce serait, paradoxalement, la priver d’une véritable égalité.
Une femme politique doit pouvoir être jugée comme n’importe quel responsable politique : sur ses décisions, ses résultats, ses engagements et sa capacité à répondre aux attentes des citoyens. L’égalité ne consiste pas à moins critiquer une femme. Elle consiste à lui appliquer les mêmes exigences.
C’est pourquoi le symbole et la responsabilité doivent être dissociés. Le symbole mérite d’être salué. La responsabilité, elle, devra être évaluée. Ni blanc-seing, ni procès d’intention
La nomination de Fatima Zahra El Mansouri ne constitue donc ni un blanc-seing politique, ni une raison de transformer toute critique en attaque contre la première femme à accéder à la Primature. Elle devra être jugée sur son action.
Si une politique est pertinente, il faudra le reconnaître.
Si une décision est contestable, il faudra pouvoir le dire.
Si une promesse n’est pas tenue, il faudra demander des comptes.
Et si le gouvernement obtient des résultats, il faudra également savoir les reconnaître.
C’est probablement ainsi que l’on construira une véritable culture de l’égalité en politique. Car l’objectif ne devrait pas être de placer les femmes dans des positions de pouvoir pour ensuite les regarder comme des exceptions fragiles.
L’objectif devrait être d’arriver à une situation où la présence d’une femme à la tête du gouvernement ne constitue plus une anomalie suffisamment exceptionnelle pour occuper tout le débat.
Le véritable enjeu commence maintenant
La nomination est historique. Mais l’histoire politique ne s’écrit jamais uniquement avec des symboles. Elle s’écrit avec des décisions. Avec des politiques publiques. Avec des résultats. Avec la capacité à répondre aux attentes sociales et économiques.
Le nouveau gouvernement devra notamment composer avec les conséquences d’un scrutin marqué par une participation de 38%, selon les chiffres rapportés après les législatives du 23 septembre. Cette donnée rappelle que la question de la confiance politique dépasse largement l’identité de la personne qui dirige le gouvernement.
La nouvelle cheffe du gouvernement aura donc une double responsabilité. La première sera celle, classique, de toute équipe gouvernementale : gouverner, décider et obtenir des résultats. La seconde sera presque symbolique : démontrer que l’accession d’une femme aux plus hautes responsabilités n’est ni une parenthèse, ni une opération de communication, mais une étape supplémentaire dans la normalisation de la présence des femmes au sommet de l’État.
Et c’est probablement là que se trouve le véritable test.
Une femme au sommet, mais surtout une citoyenne politique à part entière
Il serait finalement réducteur de résumer Fatima Zahra El Mansouri à son statut de « première femme ».
Elle est d’abord une responsable politique avec un parcours, des choix, un bilan, des convictions et désormais une responsabilité considérable. Elle devra donc accepter — comme tout responsable public — la contradiction, la critique et l’exigence. Et ceux qui la critiqueront devront, de leur côté, veiller à ne pas réduire leur critique à son genre.
C’est peut-être cela, la véritable maturité politique : ne pas applaudir une femme parce qu’elle est une femme, mais ne pas lui refuser la reconnaissance du seul fait qu’elle est une femme.
Pour ma part, mes désaccords politiques avec le PAM restent entiers lorsqu’ils existent. Ils ne disparaissent pas avec cette nomination. Mais ils ne m’empêchent pas non plus de reconnaître ce que cette séquence représente pour les femmes marocaines. Je critiquerai donc la politique lorsqu’elle méritera de l’être. Je saluerai les résultats lorsqu’ils mériteront de l’être. Et je continuerai à considérer que l’appartenance partisane ne doit jamais nous empêcher de reconnaître une évolution positive de notre vie publique.
Le Maroc vient de voir une femme accéder à la tête du gouvernement. C’est une première. Mais le véritable progrès sera le jour où cette première ne sera plus une exception à commenter, mais une possibilité devenue normale.
L’égalité ne se mesure pas au nombre de femmes que l’on place au sommet. Elle se mesure au fait qu’elles puissent y arriver, y exercer leur responsabilité et y être jugées avec les mêmes exigences que les hommes.
C’est à cette condition que la nomination de Fatima Zahra El Mansouri dépassera le symbole pour devenir une véritable étape politique.
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