Salaires, retraites, emploi : que pensent les syndicats du programme gouvernemental ?
Fatima Ezzahra El Mansouri, cheffe du gouvernement, lors de la présentation du programme gouvernemental devant la Chambre des conseillers, le 21 octobre 2026 © DR
A
A
A
A
L’examen du programme gouvernemental à la Chambre des conseillers, mercredi 21 octobre, a mis en lumière une préoccupation commune aux syndicats marocains : la portée réelle des engagements sociaux annoncés par l’exécutif. Présenté par la cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, le programme propose plusieurs orientations en matière de protection sociale, d’emploi et de lutte contre la corruption. Mais les représentants syndicaux ne s’accordent ni sur l’appréciation de ces annonces ni sur le niveau de garanties nécessaire à leur concrétisation.
Les interventions de l’UMT, de l’UGTM et de la CDT font ressortir une ligne de fracture. Les deux premières centrales ont souligné les dispositions qu’elles jugent positives, en demandant qu’elles soient rapidement mises en œuvre. La troisième a davantage insisté sur les imprécisions du document, notamment l’absence d’un calendrier détaillé pour plusieurs réformes sociales et le manque d’engagement explicite en faveur d’une augmentation générale des salaires et des pensions de retraite.
Au-delà de cette différence d’appréciation, le débat porte sur la manière de faire bénéficier les travailleurs des résultats de la croissance économique et sur les instruments à mobiliser pour protéger durablement les ménages. La question n’est donc pas seulement celle des objectifs affichés par le gouvernement, mais aussi celle des mesures, des moyens et des modalités de négociation qui doivent permettre de les atteindre.
Lire aussi : Droits syndicaux : le Maroc épinglé pour des « violations régulières » selon un rapport international
Le pouvoir d’achat, principal terrain de convergence
La hausse du coût de la vie constitue l’un des points de convergence des interventions des syndicats, même si les réponses défendues diffèrent. L’UMT demande une augmentation générale des salaires et une amélioration des revenus. Son président de groupe à la Chambre des conseillers, Nourredine Selik, a également appelé à mettre en place des mécanismes permettant de limiter les pratiques spéculatives qui pèsent sur le pouvoir d’achat.
La centrale a par ailleurs accueilli favorablement l’engagement du gouvernement relatif à la réduction de l’impôt sur le revenu, tout en réclamant une application rapide de cette mesure. Elle considère ainsi que la préservation des revenus nécessite des interventions portant à la fois sur la rémunération des salariés et sur les facteurs susceptibles d’alourdir les dépenses des ménages.
L’UGTM a, de son côté, salué les orientations gouvernementales destinées à protéger le pouvoir d’achat et à consolider l’État social. Son président de groupe, Abdellatif Moustakim, a notamment relevé que le programme identifie le logement, le transport et la cherté de la vie parmi les facteurs qui contribuent à la fragilité économique des familles. Il a également mis en avant le dispositif de soutien financier aux jeunes souhaitant se marier, dont le montant peut atteindre 5.000 dirhams.
La CDT juge cependant insuffisantes les réponses apportées à cette question. Elle reproche au programme de ne pas prévoir explicitement une augmentation générale des salaires et des pensions, alors que les mesures précédemment adoptées n’auraient pas permis, selon elle, de compenser l’érosion du pouvoir d’achat.
Pour la centrale, la réponse passe aussi par une réforme fiscale d’ensemble. Celle-ci devrait alléger la charge supportée par les salariés aux revenus faibles et moyens, tout en assurant une contribution plus équitable des grandes entreprises bénéficiaires et des détenteurs de patrimoines importants. La CDT demande également de combattre les monopoles et les dysfonctionnements des marchés susceptibles d’entretenir la pression sur les prix.
Derrière ces revendications se pose une autre question soulevée par la centrale, celle de la répartition des bénéfices de la croissance. Le recours à l’investissement et au secteur privé, estime-t-elle, doit s’accompagner de garanties permettant aux salariés et aux catégories populaires de profiter des richesses produites. La progression de l’activité économique ne constitue donc pas, à ses yeux, une réponse suffisante si elle ne se traduit pas par une amélioration des revenus.
Protection sociale : au-delà de la couverture, l’accès effectif aux droits
La généralisation de la protection sociale figure également parmi les orientations relevées par l’UMT et l’UGTM. La première y voit un engagement susceptible de répondre à des préoccupations sociales majeures, au même titre que la réforme des retraites, l’emploi des jeunes et l’amélioration de l’éducation et de la santé. La seconde a salué la volonté affichée de consolider l’État social et d’améliorer les conditions de vie de la population.
La CDT défend une approche plus exigeante de cette généralisation. Pour son groupe à la Chambre des conseillers, la protection sociale doit être évaluée à partir de la possibilité, pour les bénéficiaires, d’accéder réellement aux droits et d’en bénéficier de façon continue. Le coordinateur du groupe, Lahcen Nazhi, a notamment évoqué la convention n°102 de l’Organisation internationale du travail (OIT), relative aux normes minimales de sécurité sociale.
Dans cette perspective, l’extension des dispositifs de couverture ne suffit pas à garantir, à elle seule, une protection effective. La CDT réclame un financement solidaire et durable, accompagné d’un renforcement des services publics de santé et d’éducation. Elle insiste également sur la nécessité de répondre aux déficits de personnel et d’équipements ainsi que de réduire les inégalités sociales et territoriales.
La défense des services publics occupe aussi une place centrale dans les revendications de l’UMT. Nourredine Selik estime que l’éducation et la santé publiques doivent demeurer au cœur de l’État social et ne pas être soumises à une logique de marchandisation et de recherche du profit.
La centrale relie cette ambition à des enjeux plus larges de développement, en citant notamment la croissance économique et la souveraineté hydrique, énergétique et alimentaire. Ces priorités renvoient à la question de la capacité des politiques publiques à répondre aux besoins des ménages, tout en préservant des services collectifs accessibles.
Les deux organisations convergent ainsi sur l’importance de la protection sociale et des services publics, mais la CDT met particulièrement l’accent sur les conditions concrètes d’accès aux droits et sur les moyens nécessaires à leur garantie.
Emploi : les syndicats veulent privilégier la stabilité et les droits des travailleurs
La qualité de l’emploi constitue un autre enjeu du débat. Pour l’UMT, une politique destinée à réduire le chômage doit également s’attaquer à la précarité et garantir des conditions de travail décentes. La centrale a notamment dénoncé les situations rencontrées dans certaines activités de sous-traitance, en particulier le gardiennage et le nettoyage.
Nourredine Selik a jugé que de nombreuses activités de ce type ne respectaient pas les exigences minimales sur les plans juridique, social et éthique. La question ne concerne donc pas seulement la création de postes, mais aussi la nature des emplois proposés et le respect des droits des personnes recrutées.
L’UMT a également plaidé pour une stratégie nationale capable d’enrayer le chômage, notamment celui des jeunes diplômés disposant déjà d’une expérience professionnelle. Elle estime que la formation professionnelle peut contribuer à améliorer leur insertion sur le marché du travail.
La CDT défend, elle aussi, une politique privilégiant des emplois permanents, assortis de rémunérations équitables et d’une couverture sociale effective. Elle demande que l’octroi des aides publiques et des marchés publics soit conditionné au respect du Code du travail et aux obligations de déclaration sociale.
Cette proposition vise à lier plus directement le soutien apporté par les pouvoirs publics aux entreprises à leurs obligations envers les salariés. Elle s’inscrit dans une conception de l’emploi où la stabilité des postes et la formalisation des relations de travail doivent contribuer à la protection sociale.
Les deux centrales mettent ainsi en avant des préoccupations complémentaires ; l’UMT insiste sur les conditions de travail et les réponses à apporter au chômage, tandis que la CDT demande des garanties plus explicites concernant la stabilité de l’emploi et le respect des règles sociales. Dans les deux cas, la création de postes ne peut être dissociée de la qualité des emplois proposés.
L’UGTM a, pour sa part, salué les engagements relatifs à la révision du Code du travail et à l’instauration d’un « pacte pour le travail décent ». Elle a également mis en avant la perspective d’un dialogue sectoriel institutionnalisé dans le domaine de l’éducation.
Retraites : la recherche d’un équilibre sous surveillance syndicale
La réforme des régimes de retraite figure parmi les dossiers sur lesquels les syndicats attendent des réponses. L’UMT s’est déclarée favorable à une réforme conduite selon des modalités équitables pour les salariés. L’UGTM a, de son côté, salué l’engagement d’aborder cette question dans le cadre du dialogue social.
La CDT fixe toutefois des lignes rouges plus précises. Elle s’oppose à toute réforme qui se ferait au détriment des revenus des retraités, de l’âge de départ à la retraite, du montant des pensions ou des droits acquis par les salariés. Elle demande l’ouverture de véritables négociations avec les syndicats afin de construire une solution qui permette d’assurer la viabilité financière des régimes tout en préservant les droits de leurs affiliés.
Cette position met en évidence la difficulté d’articuler deux impératifs, à savoir la pérennité des caisses et le maintien d’un niveau de pension jugé acceptable. Pour la CDT, la réponse ne peut reposer sur une dégradation des droits des assurés. Elle doit également tenir compte de la situation du marché du travail.
La centrale souligne ainsi que l’équilibre des régimes dépend aussi de l’élargissement de la base des emplois stables et déclarés. Une formalisation plus importante de l’emploi permettrait, dans cette approche, de renforcer le financement des mécanismes de retraite et de protection sociale.
Le désaccord porte donc moins sur la nécessité de traiter le dossier que sur les garanties qui doivent encadrer la réforme. Si les organisations syndicales reconnaissent l’importance du sujet, la CDT, en particulier, demande que la recherche de viabilité financière ne se traduise pas par une réduction des droits des salariés.
Droit de grève et dialogue social : le problème des garanties de négociation
Les modalités du dialogue entre le gouvernement et les syndicats constituent un autre point de divergence. La CDT a relevé que le programme privilégie les notions d’ouverture et de concertation avec les partenaires sociaux sans mentionner explicitement les syndicats, selon son interprétation du document.
Pour Lahcen Nazhi, cette formulation risque de cantonner les échanges à une démarche consultative, sans garantir un processus de négociation débouchant sur des accords. La centrale demande que les partenaires sociaux puissent participer effectivement à l’élaboration des décisions concernant les travailleurs.
L’UMT place également la négociation collective au centre de ses revendications. Elle appelle le gouvernement à garantir le respect des libertés syndicales et à mettre un terme aux licenciements ainsi qu’aux discriminations liés à l’appartenance ou à l’activité syndicale.
La centrale conteste en outre la loi organique relative à l’exercice du droit de grève, adoptée sous le précédent gouvernement. Nourredine Selik estime que ce texte a été adopté sans un dialogue social suffisamment abouti et au détriment des intérêts des travailleurs et des libertés syndicales. L’UMT demande la suspension de son application et l’ouverture de négociations pour parvenir à une législation plus équilibrée, acceptée par les différentes parties.
Sur ce terrain, l’UGTM a mis en avant l’institutionnalisation du dialogue sectoriel dans l’éducation et l’engagement annoncé autour du travail décent. La CDT demande, pour sa part, que le dialogue social soit reconnu comme un véritable mécanisme de négociation plutôt que comme une simple concertation.
Lire aussi : La Samir : El Yamani plaide pour la relance du raffinage
La SAMIR, entre sécurité énergétique et pouvoir d’achat
La question de la société de raffinage SAMIR a également été soulevée par la CDT. La centrale s’est étonnée de l’absence de réponse du programme gouvernemental sur ce dossier, alors que celui-ci évoque la sécurité énergétique et l’importance du raffinage et du stockage nationaux.
Cette interrogation rejoint les préoccupations des syndicats concernant les prix et la protection du pouvoir d’achat, tout en renvoyant à la capacité du pays à sécuriser ses approvisionnements énergétiques. La CDT demande ainsi des éclaircissements sur la place accordée à la relance de la société dans la stratégie gouvernementale.
Ce dossier constitue un point de vigilance supplémentaire pour la centrale, qui souhaite que les orientations affichées en matière de souveraineté énergétique soient accompagnées de réponses plus précises.
Des engagements à l’épreuve de leur mise en œuvre
Les interventions à la Chambre des conseillers font apparaître trois niveaux d’appréciation du programme gouvernemental. L’UMT reconnaît des orientations sociales qu’elle juge prometteuses, mais exige des mesures rapides en matière de rémunération, d’emploi et de libertés syndicales. L’UGTM met davantage en avant les priorités qu’elle considère comme adaptées aux attentes des citoyens, notamment la lutte contre la corruption, la protection du pouvoir d’achat et la consolidation de l’État social. La CDT concentre ses critiques sur les lacunes qu’elle identifie dans le calendrier, les garanties salariales et le processus de dialogue social.
La différence entre ces positions ne doit pas masquer leurs préoccupations communes. Les trois centrales accordent une place importante à l’amélioration des conditions de vie des ménages et aux droits des travailleurs. Elles insistent, chacune à sa manière, sur la nécessité de faire suivre les orientations générales par des décisions concrètes.
L’enjeu pour le gouvernement sera donc de préciser les modalités d’application des engagements annoncés, les échéances retenues et les moyens mobilisés, tout en définissant la place des partenaires sociaux dans leur élaboration et leur suivi. Les déclarations des représentants des syndicats ne préjugent pas des résultats futurs, mais elles dessinent les critères selon lesquels une partie des acteurs sociaux entendra apprécier l’action gouvernementale.
L’armée américaine prévoit des essais de technologies antidrones à Tan-Tan en 2027, avant une évaluation lors d’African Lion, son principal exercice militaire en Afrique.
El Mehdi El Azhary - 22 octobre 2026Le gouvernement prévoit 390 milliards de DH de dépenses, un million d’emplois et une croissance de 5 % à l’horizon 2031.
Aya Ait Chaib - 22 octobre 2026Après avoir quitté le Front de défense de la Samir, Mohamed Benmoussa démissionne du PPS. Deux départs en moins d’un mois qui interrogent sur les raisons de sa rupture.
Rédaction LeBrief - 21 octobre 2026Fatima Ezzahra El Mansouri explique l’éviction de Madiha Khayr du gouvernement et assure qu’aucun soupçon dans la gestion publique ne sera toléré.
Rédaction LeBrief - 21 octobre 2026A la Chambre des conseillers, le RNI a vivement critiqué le programme gouvernemental présenté par Fatima Ezahra El Mansouri devant les deux Chambres du Parlement lundi.
Rédaction LeBrief - 21 octobre 2026Madiha Khayr démissionne de son siège parlementaire après son éviction du gouvernement et la controverse autour d’un ancien dossier judiciaire. Détails.
Rédaction LeBrief - 21 octobre 2026Politique - Le gouvernement fait le point sur la réforme de l'enseignement supérieur et son impact sur la recherche scientifique.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique - Le prince héritier Moulay El Hassan est nommé coordinateur des bureaux et services de l’État-Major Général des FAR par le roi Mohammed VI.
Ilyasse Rhamir - 2 mai 2026Politique - Le Conseil de gouvernement approuve des décrets sur la pêche continentale et les OPCVM pour une meilleure organisation sectorielle.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique - Le CCG réaffirme son appui à la marocanité du Sahara lors de la 8e réunion ministérielle conjointe.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique – Comment la télémédecine transforme l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales ou enclavées ?
Sabrina El Faiz - 12 mars 2026Élections législatives 2026 : suivez en direct le vote, la participation, les principaux faits de la journée et l’annonce des résultats.
Ilyasse Rhamir - 23 septembre 2026