SIAM 2026 : le cheptel national reprend des couleurs à l’approche de l’Aïd
Au SIAM 2026 à Meknès, des moutons exposés illustrent le redressement du cheptel national à l’approche de l’Aïd al-Adha © LeBrief / Ayoub Jouadi
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En marge du SIAM 2026 à Meknès, les éleveurs affichent un optimisme mesuré à quelques semaines de Aïd al-Adha. Le salon, dont la 18e édition se tient du 20 au 28 avril 2026 sous le thème « Durabilité de la production animale et souveraineté alimentaire », sert cette année de vitrine à une filière qui dit avoir retrouvé de l’air après plusieurs campagnes difficiles.
Les chiffres avancés par le ministère de l’Agriculture donnent le ton. Le Maroc dispose désormais d’un cheptel d’environ 33 millions de têtes toutes espèces confondues, après un recensement officiel réalisé en 2025 et arrêté à 32.832.573 têtes, réparties entre ovins, caprins, bovins et camelins. Le secteur de la production animale représente, par ailleurs, 35% du PIB agricole et fait vivre près de 1,2 million d’éleveurs.
Ce redressement ne doit rien au hasard. L’État a engagé, depuis 2025, un programme exceptionnel de reconstitution du cheptel national, avec une enveloppe de 3 milliards de dirhams à fin 2025, puis 3,2 milliards supplémentaires en 2026 pour soutenir directement les éleveurs engagés dans la préservation des femelles reproductrices.
Le ministère a aussi mis en avant une campagne sanitaire préventive pour protéger 17 millions de têtes d’ovins et de caprins, ainsi qu’un travail sur l’alimentation animale et l’accompagnement technique des exploitants.
À l’échelle macroéconomique, le HCP souligne de surcroît qu’au premier trimestre 2026, l’activité agricole a progressé de 14,8% dans un contexte de pluviométrie excédentaire de 86,6% par rapport à une année normale, un environnement qui a mécaniquement soulagé une partie des éleveurs.
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Un redressement visible sur le terrain, mais encore fragile pour les éleveurs
Hassan Bouzaidi, éleveur de la commune de Ouled Lhajj, résume en une formule, pour LeBrief, le sentiment d’une partie des professionnels : « Les moutons sont là, les éleveurs sont là, le bétail est là. Il n’y a rien d’anormal. »
L’éleveur juge les prix « assez abordables » et estime qu’il n’y a « pas de cherté cette année ». Mais derrière cette amélioration, il rappelle qu’« il faut aussi penser aux éleveurs ».
« Moi, par exemple, je n’ai rien vendu l’année dernière, à cause de l’interdiction. Donc ces moutons, je les ai depuis l’année passée », rappelle-t-il.
Ali Jabbour, éleveur de la commune de Ouled Ghziyel, adopte le même constat général. « Le cheptel est assez bon cette année, et les prix varient selon ce que cherche chaque consommateur », explique-t-il, voyant dans les deux tranches d’aide publique un soutien décisif.
Il précise que la première tranche a couvert chaque tête, « qu’elle soit mâle ou femelle », alors que la deuxième a exclu les mâles. Par ailleurs, le choix de ne pas célébrer l’Aïd l’année dernière a été « une bonne décision », selon cet éleveur, car il a permis de reconstituer les troupeaux et d’éviter un départ massif des ruraux vers la ville : auparavant, dit-il, certains éleveurs commençaient à « fuir la campagne pour trouver du travail dans la ville » et délaissaient l’élevage. Une réalité souvent invisible : la stabilité du cheptel dépend aussi de la capacité des ménages ruraux à rester économiquement arrimés à l’activité pastorale.
Plus au sud, venant de la province de Tata, Omar El Hussain apporte une nuance importante, celle des disparités géographiques. « Pour parler de la race emblématique de notre région, D’man, le cheptel est assez bien. Mais il faut aussi comprendre que dans les régions du sud et sud-est, surtout dans les oasis, nous n’avons pas eu autant de pluies que les autres régions du Maroc. Nous avons encore des manques », souligne-t-il.
L’éleveur reconnaît que l’aide de l’État a joué un rôle, mais il insiste sur les surcoûts spécifiques aux zones oasiennes : « Dans les oasis, la race que nous élevons ne pâture pas directement aux champs, il faut tout lui apporter, et donc ça nous fait des dépenses supplémentaires en termes de nourriture. L’aide n’a donc pas été suffisante ».
Un cheptel national en amélioration ne signifie donc pas des conditions homogènes sur tout le territoire. La disponibilité de l’eau, l’accès à l’orge et le coût de l’aliment composent encore, dans le Sud, une équation plus lourde qu’ailleurs, selon El Hussain.
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Offre abondante, marché sous tension : l’équation des prix à l’approche de l’Aïd
Pour Abderrahmane Mejdoubi, président de l’Association nationale des éleveurs ovins et caprins (ANOC), le cheptel national a traversé cette période dans de « bonnes conditions » grâce, notamment, aux décisions prises après l’appel royal à ne pas sacrifier pour l’Aïd l’an dernier et à la stratégie du ministère fondée sur le non-abattage des femelles. « Nous avons ainsi dépassé les 30 millions de têtes, toutes espèces confondues entre moutons et chèvres », affirme-t-il, en saluant un effort collectif entre éleveurs et tutelle. Cette reconstitution intervient après sept années de sécheresse et dans un contexte où le ministère revendique une amélioration de la productivité et de la sécurité sanitaire du secteur.
Selon Mejdoubi, la question du marché ne se limite toutefois pas à l’abondance de l’offre, pourtant estimée entre 6 et 7 millions de têtes disponibles pour l’Aïd cette année. Dans un contexte où le cheptel national avoisine désormais les 33 millions de têtes, un niveau inédit depuis plusieurs années, la formation des prix reste étroitement liée aux circuits de commercialisation et aux coûts intermédiaires.
Le président de l’ANOC insiste ainsi sur un levier jugé déterminant : le lieu d’achat. Il recommande aux consommateurs de se diriger vers les marchés hebdomadaires, les « rahba », où la concurrence joue pleinement et où l’offre est directement visible. « Ils y trouveront une offre allant du moins cher au plus élevé », souligne-t-il, rappelant que dans ces espaces, la confrontation directe entre vendeurs limite les marges excessives.
Cette recommandation s’inscrit dans un contexte de relative accalmie des prix, après plusieurs campagnes marquées par de fortes tensions. Selon les éleveurs consultés par LeBrief pendant le SIAM 2026, le prix du mouton oscille actuellement entre 1.500 et 5.000 dirhams, avec une moyenne située autour de 3.000 à 4.000 dirhams pour un animal standard, soit une baisse pouvant atteindre 1.000 dirhams par rapport à l’année précédente. Une évolution qui peut s’expliquer en partie par le niveau élevé de l’offre, mais aussi par une demande encore prudente, dans un contexte de pouvoir d’achat contraint.
Dans ce schéma, les intermédiaires continuent de jouer un rôle clé dans la formation des prix. Leur intervention, particulièrement marquée à l’approche de l’Aïd, peut entraîner des écarts significatifs entre le prix à la ferme et le prix final payé par le consommateur.
« Nous souhaitons que le consommateur achète directement auprès du producteur, pour court-circuiter les intermédiaires qui réalisent de gros bénéfices à ses dépens », plaide Mejdoubi.
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Au-delà de la structure du marché, les coûts de production continuent de peser sur la filière. L’alimentation animale reste le principal poste de dépense : un mouton consomme en moyenne 1,5 kg d’aliments par jour, auxquels s’ajoutent paille et fourrage, dont les prix demeurent élevés malgré l’amélioration des pâturages liée aux précipitations récentes.
À cela s’ajoutent les coûts de transport, directement affectés par la hausse des prix des carburants, avec un gasoil avoisinant 13 dirhams le litre au printemps 2026.
Dans ce contexte, les autorités ont mis en place 34 marchés organisés à travers le territoire pour fluidifier la commercialisation et rapprocher producteurs et consommateurs, selon Mejdoubi. L’objectif est non seulement de limiter les distorsions de prix mais aussi de garantir une transparence accrue dans les transactions.
Malgré ces mécanismes, l’équilibre du marché reste fragile. Si l’offre est aujourd’hui jugée suffisante pour couvrir la demande nationale, celle-ci demeure sensible aux variations de prix et aux comportements d’achat de dernière minute, souvent marqués par une hausse spéculative. Les professionnels appellent ainsi à une anticipation des achats pour éviter les tensions habituelles des derniers jours précédant l’Aïd.
Dans ce cadre, Mejdoubi se veut toutefois rassurant. Il espère que l’inflation poursuivra son ralentissement à court terme et que les prix resteront « à la portée de tous ». Une projection qui dépendra autant de la discipline du marché que du maintien de l’équilibre entre une offre abondante et une demande encore mesurée.
La photographie du cheptel national à l’approche de l’Aïd révèle donc un secteur en phase de stabilisation, soutenu par des conditions climatiques plus favorables et un appui public conséquent. Toutefois, les mécanismes de marché continuent de peser lourdement sur le prix final, faisant de cette campagne 2026 un test déterminant pour la durabilité du redressement engagé.
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