Richard Attias au Maroc : « Les grandes idées ne manquent jamais, ce qui manque, c’est le passage à l’acte »
Richard Attias, président exécutif de Richard
Attias & Associates, lors du Forum Entrepreneurs en mouvement, le 17 octobre 2026 à Casablanca © LeBrief
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Le Maroc ne doit plus seulement être une destination que le monde visite, mais un pays dont les entreprises et les réussites rayonnent à l’international. C’est le message défendu par Richard Attias devant les entrepreneurs réunis à Casablanca. Fort de plus de 35 ans d’expérience dans l’organisation de rencontres internationales, l’homme d’affaires a livré une lecture de la compétition mondiale à travers quatre expériences, en Arabie saoudite, au Japon, en Chine et en Indonésie. Autant d’exemples pour illustrer ce qui distingue, selon lui, les pays capables de transformer une ambition en puissance économique.
D’emblée, Richard Attias a rappelé son attachement au Royaume, où il dit avoir puisé ses racines et une conception du monde fondée sur l’ouverture. « Les ponts valent toujours mieux que les murs », a-t-il résumé, en faisant de cette conviction un fil conducteur de son intervention.
Son constat part d’un monde en profonde recomposition. Les chaînes de valeur se réorganisent, les capitaux recherchent de nouveaux horizons et l’intelligence artificielle redessine les métiers à une vitesse difficile à anticiper. Dans le même temps, les équilibres géographiques évoluent, avec une place croissante accordée à l’Afrique et à l’Asie. Pour les entreprises, cette transformation impose de revoir leurs stratégies, leurs partenariats et leur capacité à agir rapidement.
Dans ce paysage, le Maroc dispose d’une position singulière, à la croisée de l’Europe et de l’Afrique, de l’Atlantique et de la Méditerranée, du monde arabe et des marchés occidentaux. Richard Attias met également en avant les infrastructures, les filières industrielles tournées vers l’exportation et la stabilité du pays. Des acquis qui doivent, à ses yeux, servir de point de départ à une nouvelle étape : faire émerger des entreprises marocaines capables de s’imposer au-delà des frontières.
L’exécution, condition de la transformation
Première leçon, tirée de l’expérience saoudienne : une vision ne vaut que par la rapidité et la constance de son exécution. Richard Attias revient sur la préparation d’une première édition d’un événement international consacré aux investissements et à l’innovation, organisée en 2017. Malgré le scepticisme initial, la rencontre a attiré des milliers de participants venus du monde entier. La présence d’un robot humanoïde sur scène devait notamment symboliser la volonté du pays de se projeter vers l’avenir.
Au-delà de l’événement, il retient surtout la transformation engagée en Arabie Saoudite, marquée notamment par l’ouverture de nouvelles perspectives aux femmes et l’apparition de nouvelles activités économiques. Le changement, insiste-t-il, ne repose pas uniquement sur l’annonce d’objectifs ambitieux. Il exige un calendrier, des indicateurs chiffrés, des responsabilités clairement définies et un suivi régulier.
Cette logique vaut aussi pour le Maroc. Les priorités nationales doivent se traduire en décisions, en investissements et en emplois. « Le plus difficile n’a jamais été d’avoir l’idée », souligne-t-il en substance, mais de tenir dans la durée et de convertir les promesses en réalisations concrètes.
La deuxième leçon vient du Japon, où Richard Attias a découvert une culture de la préparation et de la rigueur. Lors des réunions précédant un événement à Tokyo, les échanges portaient sur les détails les plus précis, de l’organisation à la présentation des activités économiques. Une minutie qui s’est révélée décisive le jour venu.
Pour les entreprises marocaines, le message est clair : l’excellence ne relève pas d’un exploit ponctuel, mais d’une discipline quotidienne. La vitesse ne peut produire de résultats durables sans méthode, préparation et exigence. Une ambition nationale, aussi forte soit-elle, doit ainsi s’accompagner d’une capacité à améliorer continuellement les processus et à tenir les engagements pris.
S’inspirer de la Chine sans chercher à la copier
La troisième expérience évoquée est celle de Shenzhen, devenue en quelques décennies un pôle technologique majeur. Richard Attias oppose deux approches : celle qui consiste à multiplier les études avant de construire et celle qui privilégie l’expérimentation, suivie d’améliorations successives.
Il ne s’agit pas, précise-t-il, de reproduire mécaniquement le modèle chinois. L’intérêt réside plutôt dans sa capacité à tester rapidement, à apprendre des erreurs et à corriger le tir sans attendre. La proximité entre concepteurs, investisseurs, producteurs et clients joue également un rôle déterminant. En rapprochant les différents acteurs d’un même écosystème, elle accélère la circulation des idées et le passage à l’application.
Le Maroc pourrait tirer parti de cette logique en développant des écosystèmes régionaux dans lesquels les entreprises, les compétences, les financements et les marchés interagissent davantage. La question n’est donc pas uniquement de disposer d’infrastructures ou d’attirer des capitaux, mais de créer les conditions permettant aux projets de se concrétiser plus vite.
L’expérience indonésienne complète cette démonstration. Richard Attias décrit un pays qui cherche à dépasser son statut de vaste marché pour devenir un acteur économique à part entière, capable d’attirer les partenaires internationaux tout en construisant avec eux. La taille d’un pays ne suffit pas, estime-t-il. Sa capacité à fédérer les forces économiques autour d’un projet national et à le porter avec confiance compte tout autant.
Faire émerger des champions marocains
De ces expériences, Richard Attias tire quatre convictions : les alliances constituent un nouveau levier de compétitivité, l’exécution doit primer sur les déclarations d’intention, le Maroc doit faire émerger des champions mondiaux et le capital humain reste son principal avantage.
Sur le premier point, il appelle les entreprises marocaines à multiplier les partenariats avec les grands groupes et les investisseurs internationaux. Le Royaume peut devenir un partenaire de référence pour ceux qui souhaitent investir en Afrique, tout en facilitant les échanges entre le continent et les autres marchés. Cette ambition suppose toutefois de proposer des partenaires solides, capables de transformer les rencontres en projets économiques.
La question des champions nationaux constitue l’autre chantier majeur. Dans l’intelligence artificielle, les énergies renouvelables, l’agriculture ou la santé, le Maroc doit identifier les entreprises susceptibles de prendre une dimension internationale. L’objectif n’est pas seulement de participer à la croissance mondiale, mais de construire des marques dont le nom évoque une expertise et une excellence reconnues.
Pour y parvenir, le pays doit également miser sur sa jeunesse et sur les femmes. Richard Attias décrit une jeunesse marocaine créative, connectée et polyglotte, à laquelle il faut confier des responsabilités plus tôt. Il plaide aussi pour une place pleine et entière des femmes dans l’économie. Aucun pays, rappelle-t-il, ne peut avancer à pleine vitesse en laissant une partie de ses talents à l’écart.
A l’approche des grands rendez-vous internationaux, dont la Coupe du monde 2030, cette ambition prend une dimension particulière. Pour Richard Attias, la visibilité mondiale ne doit pas être une fin en soi. Elle doit servir de preuve de la capacité du Maroc à accueillir, innover et durer, en laissant derrière lui des réalisations économiques et humaines tangibles.
Son appel final tient en une question adressée aux entrepreneurs : quelle est la première action qu’ils vont engager ? Car le Maroc dispose déjà, selon lui, d’une vision, d’une stabilité et d’une position stratégique. Reste à convertir ces avantages en résultats. L’enjeu est de passer d’un pays que l’on visite à un pays que l’on suit, d’un Maroc qui accueille le monde à un Maroc qui fait rayonner ses entreprises dans le monde.
Le Maroc ne manque pas d’investissements. Ce qui lui fait encore défaut, c’est la capacité à les transformer en gains durables de productivité, en entreprises…
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