Investissement privé au Maroc : la CGEM plaide pour un choc de simplification et un modèle axé sur la valeur
Mehdi Tazi, président de la CGEM, lors du Forum Entrepreneurs en mouvement, le 17 octobre 2026 à Casablanca © CGEM
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Pendant deux décennies, l’économie marocaine a consolidé son attractivité internationale grâce à des infrastructures de premier plan et une main-d’œuvre qualifiée accessible. Cette dynamique a permis aux exportations de franchir le cap des 470 milliards de dirhams en 2025, tirées notamment par l’essor spectaculaire du secteur automobile. Toutefois, lors de l’événement, Mehdi Tazi souligne les limites intrinsèques de ce schéma : une stratégie fondée principalement sur le coût horaire s’expose en permanence à une concurrence internationale plus agressive.
Sans renoncer aux acquis d’attractivité, le président du patronat exhorte le tissu économique à monter en gamme, à densifier l’intégration locale et à stimuler l’innovation. Il s’agit de reproduire dans les filières émergentes la logique de chaîne de valeur qui a fait le succès de l’aéronautique et de l’automobile, où un réseau étendu de fournisseurs locaux gravit autour de grands donneurs d’ordre.
Révolution administrative : remplacer l’autorisation par la responsabilité
Pour libérer les énergies entrepreneuriales, la CGEM demande un basculement méthodologique radical dans les relations entre l’État et l’entreprise. Au cœur des blocages récurrents réside la lenteur de la délivrance des autorisations administratives, perçue comme un frein majeur à la concrétisation des projets d’investissement. Le patronat formule ainsi une exigence limpide : instaurer des cahiers des charges transparents fixant les règles du jeu en amont.
Dans cette configuration, l’investisseur lance son projet en se conformant aux exigences établies, l’État intervenant uniquement a posteriori pour vérifier le respect du cadre réglementaire et sanctionner d’éventuels manquements. Là où les autorisations demeurent indispensables pour des raisons réglementaires strictes, la CGEM préconise la fixation de délais de réponse formellement opposables à l’administration, avec l’obligation d’argumenter tout rejet. Un refus non motivé ou un retard injustifié pénalise en effet la croissance globale et l’emploi.
Rentrée économique : la CGEM fixe ses priorités pour la période 2026-2029
Au-delà de la simplification des démarches, le manifeste élaboré par la CGEM aborde les leviers structurels de la compétitivité : énergie, fiscalité, logistique et foncier. Sur le plan énergétique, la confédération juge possible d’approvisionner les industriels en électricité verte à environ 50 centimes le kilowattheure, réduisant de moitié la facture énergétique actuelle des usines.
Concernant la fiscalité et le régime douanier, le patronat réclame le remboursement sans délai des crédits de taxe et trop-perçus fiscaux afin de redonner de la trésorerie immédiate aux structures productives.
De plus, Mehdi Tazi pointe l’aberration tarifaire qui survient lorsque les intrants industriels subissent des droits de douane supérieurs à ceux appliqués aux produits finis importés, une distorsion qui pénalise directement la fabrication locale. Pour accompagner les TPME, la CGEM préconise le renforcement des financements en fonds propres, des garanties bancaires accrues et la réservation de 30% de la commande publique.
Cap sur les marchés d’avenir et synergie avec le gouvernement
Cette vision prospective de l’investissement s’inscrit dans un agenda politique et international favorable. L’exécutif dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri trouve dans les propositions patronales un écho direct aux promesses économiques formulées par son ministre de l’Économie et des Finances, Fouzi Lekjaa. La CGEM entend s’appuyer sur la relance de la banque de projets industriels pour rapprocher les opportunités des investisseurs en mesure de les concrétiser.
Par ailleurs, de nouveaux gisements de croissance se dessinent dans le ferroviaire autour du pôle de Benguerir, la défense, l’intelligence artificielle, la souveraineté hydrique ainsi que les chantiers liés à l’organisation de la Coupe du monde 2030. A l’international, l’Afrique constitue une priorité stratégique via l’accélération de la ZLECAF pour redynamiser le commerce intra-continental, tandis qu’en Europe, le Maroc entend faire valoir sa valeur ajoutée face à la montée des contraintes réglementaires et de la préférence communautaire.
Les pluies d’automne ont porté le taux moyen de remplissage des barrages du Royaume à 65,51% au 10 octobre 2026, contre 32,68% un an plus tôt.
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