Dirham-dollar : les marchés éternuent, faut-il diagnostiquer une pneumonie ?
Billets de dirhams marocains © Getty Images
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Il suffit que le dollar grimpe pour que les connaisseurs se multiplient. Les uns regardent du côté des échanges, d’autres pointent les conventions signées, tandis que les tensions internationales viennent compléter le tableau. Logique ! Mais entre une baisse observée sur quelques jours et un problème économique durable, il y a un pas que le professeur Nabil Adel invite à ne pas franchir trop vite.
« Une semaine ou dix jours, ce n’est pas vraiment un enjeu », estime-t-il. Pour lui, l’analyse d’une monnaie ne peut pas se résumer à suivre ses variations quotidiennes et à chercher immédiatement un responsable. Les marchés bougent, les anticipations évoluent et les cours réagissent à différents facteurs. Ce n’est pas forcément le signe qu’une économie est en train de dérailler.
L’économiste ne nie pas l’existence de mouvements défavorables. Il rappelle simplement qu’ils peuvent avoir de multiples explications, parfois conjoncturelles, et qu’ils ne justifient pas tous le même niveau d’inquiétude. Un mouvement de quelques jours n’est en rien une baisse qui se prolonge pendant plusieurs mois.
« La durée du mouvement compte davantage que l’agitation qu’il provoque à court terme ». Tant que la baisse ne s’installe pas, difficile d’y voir, à elle seule, la preuve d’un déséquilibre.
Pour expliquer son raisonnement, Nabil Adel emprunte une comparaison assez parlante. « Les marchés éternuent », résume-t-il. Et un éternuement ne signifie pas nécessairement qu’une grippe, une bronchite ou une pneumonie se prépare.
Dirham-dollar : faut-il vraiment s’inquiéter ?
L’image de l’éternuement a le mérite de remettre les choses à leur place. Une variation du taux de change peut être le résultat d’un événement ponctuel, d’un mouvement sur une matière première ou d’une évolution des anticipations. Un grand opérateur peut, par exemple, connaître une chute sur un marché avant de retrouver rapidement son niveau de départ. Dans ce cas, l’épisode ne suffit pas à caractériser une tendance durable.
L’économiste ne plaide pas pour autant en faveur d’une lecture naïve des marchés. Il ne s’agit pas de détourner le regard, encore moins de considérer que toute baisse est insignifiante. Il faut observer, comprendre et expliquer, mais il faut aussi éviter de transformer chaque mouvement de change en alerte économique.
Son raisonnement repose sur le fait que les petites variations quotidiennes relèvent largement de la dynamique des marchés, tandis qu’un phénomène persistant peut finir par poser une véritable question de politique économique. Autrement dit, avant de tirer des conclusions, encore faut-il savoir si l’on observe un éternuement ou une pneumonie.
Mais alors, à partir de quand faut-il commencer à s’inquiéter ? Pr. Nabil Adel évoque le seuil de 25% pour caractériser une crise de change. Mais au-delà de ce chiffre, c’est surtout la durée du phénomène qui retient son attention. « Il faut vraiment que le phénomène prenne un caractère de persistance », insiste-t-il.
La nuance est importante dans le cas du dirham. Une dépréciation face au dollar peut alimenter les inquiétudes, mais elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à une crise de change.
Le Golfe et les exportations sous surveillance
Pour autant, certains facteurs méritent d’être suivis de près. Pr. Adel cite notamment la persistance de la crise dans le Golfe, susceptible d’affecter deux points sensibles de l’économie marocaine : les hydrocarbures importés et les recettes tirées des exportations.
Si les tensions internationales entraînent un renchérissement de l’énergie, la facture des importations marocaines peut s’alourdir. Les besoins en devises peuvent alors augmenter, tandis que les entreprises et les consommateurs subissent les conséquences d’une énergie plus chère.
Le second facteur concerne la demande mondiale. Un ralentissement de l’économie internationale pourrait peser sur les exportations marocaines et, par conséquent, sur les recettes en devises. Dans un tel scénario, les tensions sur le marché des changes pourraient devenir plus difficiles à absorber.
Mais l’économiste tient à distinguer ces risques des causes effectivement à l’œuvre au moment de l’entretien. « Aujourd’hui, au moment où je vous parle, ce ne sont pas ces éléments qui se réalisent, mais c’est plus une tension sur les marchés des changes », précise-t-il.
Pour illustrer ses propos, l’économiste compare l’évolution économique à une course. Observer le départ d’un coureur ne permet pas de savoir comment il terminera l’épreuve. Il faut regarder sa progression, son rythme et sa capacité à tenir la distance. Le même principe s’applique à une monnaie : quelques journées de baisse ne suffisent pas à déterminer la trajectoire qui se dessine.
Cette prudence dans l’interprétation ne signifie donc pas qu’il n’y a rien à comprendre. Au contraire, il faut chercher les explications, suivre les indicateurs et vérifier si les mouvements se prolongent. Simplement, il ne faut pas confondre la nécessité d’analyser une variation avec la certitude qu’elle annonce une crise.
Le contexte actuel invite d’ailleurs à suivre les cours dans les deux sens. Après la dépréciation enregistrée au début du mois, le dirham s’est redressé à la mi-octobre. Le 13 octobre, Bank Al Maghrib fixait le cours de référence du dollar à 9,754 dirhams, contre 9,977 dirhams le 7 octobre. Ce rebond rappelle qu’une baisse peut être suivie d’un mouvement inverse, sans que cela suffise à régler toutes les questions de fond.
Il faut donc garder le sens des proportions. Les marchés peuvent éternuer, mais le plus important est de savoir si le rhume passe ou s’il s’installe.
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