Qui préservera le patrimoine marocain si les artisans ne sont plus valorisés ?
Tannerie Chouara à Fès © Ayoub Jouadi / LeBrief
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Restaurer un monument historique ne consiste pas seulement à réparer un bâtiment ancien. L’exercice mobilise architectes spécialisés, archéologues, laboratoires et bureaux d’études, mais repose surtout sur le travail des artisans, seuls capables d’intervenir directement sur les matériaux d’origine.
Entre respect des techniques traditionnelles et recours aux innovations technologiques, la préservation du patrimoine exige un subtil équilibre. Pour l’urbaniste Rahmouni, cet équilibre passe avant tout par la transmission des savoir-faire et leur valorisation auprès des jeunes générations.
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« On ne fait pas du nouveau avec de l’ancien »
La restauration patrimoniale répond à des principes bien différents de ceux de la construction classique. Selon Rahmouni, l’objectif n’est pas de reconstruire un monument, mais de préserver son authenticité.
« Quand on fait de la restauration, on ne fait pas du nouveau avec de l’ancien. On préserve l’ancien et, pour cela, il faut connaître les matières ».
Cette connaissance concerne aussi bien la chaux hydraulique que la chaux aérienne, l’argile, la terre, le sable ou d’autres matériaux utilisés dans les constructions historiques. Pour l’urbaniste, seule une parfaite maîtrise de ces éléments permet de garantir une restauration fidèle, tant sur le plan chimique qu’esthétique.
C’est pourquoi le rôle de l’artisan est irremplaçable.
« L’artisan est la personne qui connaît le mieux les matières sur lesquelles nous allons travailler. Nous pouvons l’encadrer, mais c’est lui qui intervient et nous apprenons aussi de son savoir-faire ».
Associer patrimoine et innovation
Si les techniques anciennes restent la base de toute restauration, elles ne suffisent pas toujours à garantir la sécurité et la pérennité des ouvrages. Les équipes de restauration font donc appel à des solutions technologiques lorsque cela s’avère nécessaire.
« Les matériaux anciens ont des limites. Nous avons souvent recours à des technologies extrêmement modernes pour pouvoir sauvegarder ces monuments, sinon nous pouvons les perdre ».
Selon Rahmouni, ces choix sont effectués par les architectes, bureaux d’études, laboratoires et bureaux de contrôle afin de préserver durablement les édifices sans trahir leur identité.
Des formations spécialisées qui portent leurs fruits
Le Maroc a progressivement renforcé son dispositif de formation dans le domaine du patrimoine. Des archéologues et architectes sont désormais formés dans les établissements nationaux, tandis que l’École nationale d’architecture de Rabat propose, depuis 2007, une spécialisation en conservation du patrimoine en partenariat avec l’École de Chaillot.
Cette formation a permis à plus d’une centaine d’architectes de se spécialiser dans les interventions sur les monuments historiques.
En parallèle, des centres spécialisés forment des artisans restaurateurs, notamment dans les métiers du bois, des peintures polychromes ou encore des éléments décoratifs.
« Nous avons eu la chance de travailler avec ces artisans formés et ils donnent entière satisfaction ».
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Le savoir-faire existe, il faut surtout le valoriser
Pour Rahmouni, le principal défi ne réside pas dans un manque de vocation chez les jeunes, mais dans la reconnaissance accordée aux métiers de l’artisanat patrimonial.
« Je ne pense pas qu’il y ait une perte de savoir. C’est simplement que ce savoir n’est pas valorisé. Lorsqu’il l’est, les jeunes s’y intéressent ».
L’urbaniste affirme avoir constaté l’engagement et les compétences des nouvelles générations issues des centres de formation. Selon lui, l’enjeu consiste désormais à leur donner une place à la hauteur de leur rôle dans les projets de restauration.
« Ce qui pourrait manquer, c’est surtout l’intérêt que nous pourrions porter à ces jeunes et aux métiers qu’ils exercent, afin de leur donner la place qui leur revient dans les opérations de restauration des bâtiments patrimoniaux ».
Pour Rahmouni, préserver le patrimoine ne consiste donc pas uniquement à sauver des monuments, mais aussi à transmettre et à reconnaître les femmes et les hommes qui possèdent les gestes indispensables à leur conservation.
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