Législatives : de 2021 à 2026, les chiffres du bilan gouvernemental

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Législatives 2026 : 7.288 candidatures déposées pour 395 siègesEléction législative 2026 © Image générer par IA

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De 2021 à 2025, les portefeuilles attribués aux trois formations de la coalition gouvernementale ont connu des évolutions mesurables en matière d’inflation, de couverture sanitaire, d’enseignement supérieur, d’emploi et d’eau. Les données font apparaître des progrès sur plusieurs capacités publiques, tout en révélant des écarts persistants entre les indicateurs nationaux et les conditions perçues ou vécues par une partie des ménages. Bilan.

Depuis la mise en place du gouvernement issu des élections législatives de 2021, le Rassemblement national des indépendants (RNI), le Parti authenticité et modernité (PAM) et le Parti de l’Istiqlal composent la majorité gouvernementale. Dans la lecture retenue pour cette analyse, deux portefeuilles sont rattachés au RNI (les Finances et la Santé), deux au PAM (l’Emploi et l’Enseignement supérieur) et un à l’Istiqlal, celui lié à l’Eau et à l’Équipement. Cette répartition correspond à la configuration gouvernementale mise en place en 2021.

Cette comparaison doit cependant être lue comme un suivi de portefeuilles, et non comme une démonstration de causalité directe entre l’action d’un parti et l’évolution d’un indicateur. Les politiques publiques sont interdépendantes. L’inflation a été influencée par le choc international des prix et par la politique monétaire de Bank Al-Maghrib, le marché du travail dépend aussi de l’agriculture et de la conjoncture privée, tandis que la crise de l’eau est directement liée à plusieurs années de sécheresse. Les chiffres permettent donc surtout de mesurer l’évolution de certaines capacités et de certains résultats durant la période de la coalition.

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Finances : la désinflation n’efface pas le choc des prix

Sur le front macroéconomique, la trajectoire des prix constitue l’un des changements les plus visibles de la période. Après le choc inflationniste de 2022 et 2023, le Maroc est revenu à une inflation moyenne de 0,9% en 2024 puis de 0,8% en 2025, selon le Fonds monétaire international (FMI). Dans le même temps, la croissance réelle du PIB est remontée à 4,9% en 2025, après 3,8% en 2024. Ces données traduisent une nette normalisation des principaux agrégats macroéconomiques, sans pour autant signifier que les prix ont retrouvé leur niveau d’avant le choc.

La trajectoire des finances publiques a elle aussi été marquée par les chocs successifs. Les données publiées par le FMI indiquent une dette du gouvernement équivalant à 72,2% du PIB en 2021, 69,5% en 2022, 71,6% en 2023 et 70,6% en 2024. Cette série doit être lue avec les précautions habituelles liées aux révisions statistiques et aux conventions comptables utilisées pour les finances publiques.

Face à l’envolée internationale des prix de l’énergie et des produits alimentaires, les autorités ont également mobilisé le budget pour amortir le choc. En 2022, le ministère de l’Economie et des Finances a renforcé les crédits consacrés à la compensation afin de limiter l’impact de la hausse internationale du butane, du sucre et de la farine de blé tendre sur les prix intérieurs. Des crédits supplémentaires ont notamment été ouverts pour maintenir les prix subventionnés face à l’augmentation des cours mondiaux.

La baisse de l’inflation ne peut néanmoins être attribuée au seul ministère des Finances. Bank Al-Maghrib a relevé ses taux directeurs à plusieurs reprises pendant le cycle inflationniste, tandis que l’évolution des cours mondiaux de l’énergie et des denrées alimentaires a également joué un rôle dans le reflux de la pression sur les prix. Le suivi du portefeuille des Finances permet donc d’identifier les instruments budgétaires mobilisés, mais pas d’isoler la responsabilité du ministère dans l’évolution finale de l’inflation.

Le contraste avec la perception des ménages reste particulièrement important. Au quatrième trimestre 2023, 87% des ménages interrogés par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) estimaient que leur niveau de vie s’était dégradé au cours des douze mois précédents. Au premier trimestre 2024, ils étaient encore 82,5% à déclarer une détérioration sur les douze derniers mois. Surtout, 90,7% ne s’attendaient pas à pouvoir épargner au cours des douze mois suivants.

Cette différence entre désinflation et pouvoir d’achat est essentielle. Une inflation plus faible signifie que les prix augmentent moins rapidement ; elle n’implique pas que les prix accumulés pendant les années de forte inflation aient diminué. C’est pourquoi les indicateurs macroéconomiques peuvent s’améliorer alors que les ménages continuent de ressentir la hausse du coût de l’alimentation, du logement et des autres dépenses courantes. Le HCP relevait encore un indice de confiance des ménages de 46,5 points au quatrième trimestre 2024, en légère progression par rapport aux 44,3 points du même trimestre de 2023.

Santé : l’extension de la couverture face aux contraintes du système

Dans la santé, l’évolution la plus spectaculaire concerne l’extension de la couverture médicale. Selon le FMI, la part de la population couverte par l’Assurance maladie obligatoire (AMO) est passée de 42% en 2021 à 88% en 2025. Cette progression constitue l’un des changements structurels majeurs du système de protection sociale sur la période.

Les indicateurs de capacité du secteur public ont également évolué. Le nombre de médecins dans le secteur public a augmenté au cours de la période, tandis que le nombre de personnes rapporté à un médecin et celui rapporté à un lit hospitalier ont diminué. Pris isolément, ces chiffres indiquent une amélioration de la capacité théorique du système rapportée à la population.

Ils ne suffisent toutefois pas à mesurer la qualité ou l’accessibilité effective des soins. Dans son étude de 2026 consacrée à l’efficience des dépenses publiques dans la santé et l’éducation, le FMI relève que le Maroc reste confronté à des pénuries de personnel, à de fortes disparités territoriales et à des insuffisances en matière d’infrastructures. Le Fonds relève également un écart d’efficience dans la dépense sanitaire, estimé autour de 27%, ce qui signifie que des résultats supérieurs pourraient, selon son modèle, être obtenus avec des ressources comparables grâce à une utilisation plus efficace des moyens disponibles.

Le problème est donc moins celui d’une absence de progression que celui de la conversion de cette progression quantitative en service effectivement accessible. Une hausse de la couverture assurantielle ne garantit pas, à elle seule, qu’un assuré puisse obtenir rapidement un rendez-vous, trouver le professionnel nécessaire à proximité ou accéder à un équipement spécialisé. Le FMI insiste notamment sur les écarts régionaux dans la disponibilité des personnels et sur les contraintes logistiques qui persistent dans le système public.

Cette distinction entre couverture et qualité vaut également pour l’évaluation de la politique hospitalière. L’investissement dans les infrastructures, le renforcement des ressources humaines, la réforme du financement et la digitalisation constituent des chantiers distincts. Le FMI estime d’ailleurs que les dépenses d’investissement en santé restent caractérisées par des taux d’exécution qui peuvent limiter l’impact de crédits pourtant inscrits au budget.

Enseignement supérieur : l’extension de l’accès ne règle pas la question de l’insertion

Le portefeuille de l’Enseignement supérieur, attribué au PAM dans la configuration gouvernementale de 2021, a connu une augmentation continue des effectifs. Pour l’année universitaire 2024-2025, le ministère évaluait à environ 1,307 million le nombre total d’étudiants de l’enseignement supérieur. Le taux de scolarisation des 18-22 ans atteignait 48,8%, contre 46,1% en 2021-2022.

L’extension de l’offre universitaire s’est également poursuivie. En mai 2026, le gouvernement faisait état d’une première phase de la nouvelle carte universitaire comprenant 26 établissements, tandis que 23 autres étaient annoncés pour les phases suivantes. Cette politique vise notamment à rapprocher l’offre de formation des territoires et à absorber la hausse attendue du nombre de bacheliers et d’étudiants.

Les ressources humaines ont elles aussi évolué. Le nombre d’étudiants par enseignant-chercheur permanent a diminué après avoir atteint un niveau plus élevé au début de la période. Le ministère avait par ailleurs indiqué une augmentation du nombre de postes consacrés aux enseignants-chercheurs, passés de 700 à environ 1.760 en trois ans.

Ces données permettent de documenter une augmentation des capacités d’accueil, mais pas automatiquement une amélioration des performances du système. Dans son analyse de 2026, le FMI souligne que le Maroc reste confronté à des résultats d’apprentissage faibles, à des inégalités territoriales et à un décalage entre certaines formations universitaires et les compétences recherchées par le marché du travail. L’étude identifie également un important écart d’efficience des dépenses publiques d’éducation, estimé autour de 37% pour 2024.

Emploi : plus de créations en 2025, mais un chômage des jeunes toujours élevé

La comparaison entre enseignement supérieur et emploi met en évidence une difficulté structurelle. Selon les statistiques annuelles du HCP, l’économie marocaine a créé 193.000 emplois en 2025, contre 82.000 en 2024. Les services ont représenté 123.000 créations nettes, la construction 64.000 et l’industrie 46.000, tandis que l’agriculture, la forêt et la pêche ont perdu 41.000 emplois.

Le taux de chômage national a légèrement diminué, passant de 13,3% en 2024 à 13% en 2025. Mais cette baisse agrégée masque des évolutions très différentes selon les catégories. Le chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans est passé de 36,7% à 37,2%. Celui des femmes a atteint 20,5%, contre 19,4% un an auparavant. Le sous-emploi est également monté de 10,1% à 10,9%.

La création nette d’emplois en 2025 constitue donc un indicateur positif du point de vue strictement quantitatif, mais elle ne suffit pas à résoudre les difficultés du marché du travail. Le rythme des créations, leur répartition sectorielle et leur capacité à absorber les jeunes entrants constituent des dimensions distinctes.

Le gouvernement a répondu à cette pression par une nouvelle feuille de route pour l’emploi adoptée en 2025. Celle-ci repose notamment sur une approche articulant l’offre et la demande de travail et sur un dispositif de coordination entre plusieurs départements ministériels. Le gouvernement a aussi annoncé une enveloppe exceptionnelle de 14 milliards de dirhams pour les mesures d’emploi en 2025.

L’enjeu de l’évaluation est donc désormais de relier les moyens engagés aux résultats observables ; créations d’emplois durables, recul du chômage des jeunes, progression de la participation des femmes au marché du travail, réduction du sous-emploi et insertion des diplômés. Sur plusieurs de ces indicateurs, les niveaux restent élevés malgré l’amélioration de 2025.

Eau : accélération des infrastructures dans un contexte de sécheresse

Le secteur de l’eau constitue probablement le cas où l’écart entre investissement public et contrainte structurelle est le plus visible. Le Maroc a traversé plusieurs années de sécheresse, exerçant une pression sur les barrages, les nappes phréatiques et les disponibilités destinées à l’agriculture. La réponse des pouvoirs publics a consisté à accélérer des projets déjà programmés et à développer de nouvelles capacités de dessalement, de transferts et d’interconnexion des bassins.

En 2025, la capacité nationale de dessalement dépassait 300 millions de mètres cubes par an. Le gouvernement indiquait également que de nouvelles ressources produites par dessalement permettaient déjà de couvrir une part importante de l’alimentation en eau potable de plusieurs villes de la région Casablanca-Settat, tandis que Safi était alors intégralement alimentée par de l’eau dessalée.

Dans le nord, le projet d’interconnexion Oued El Makhazine-Dar Khrofa devait permettre de transférer environ 100 millions de mètres cubes vers Tanger. Le programme plus large d’interconnexion entre les bassins du Sebou, du Bouregreg et de l’Oum Er-Rbia constitue l’un des axes de la stratégie visant à déplacer les volumes disponibles vers les zones les plus exposées au stress hydrique.

Les infrastructures nouvelles s’accompagnent aussi d’une progression de l’accès. Selon le HCP, 82,9% des ménages disposaient en 2024 d’un raccordement au réseau d’eau potable. De son côté, l’Office national de l’électricité et de l’eau potable indiquait pour 2025 un taux d’accès au service d’eau potable de 98,9% en milieu rural dans son périmètre de desserte. Les deux indicateurs ne recouvrent pas exactement la même définition ; le premier concerne le raccordement des ménages, le second l’accès au service dans le périmètre de l’opérateur. Ils ne doivent donc pas être comparés directement comme s’ils mesuraient la même réalité.

La question de fond reste néanmoins celle de la soutenabilité. L’OCDE souligne que l’agriculture représente près de 90% de l’utilisation des ressources en eau au Maroc et que les niveaux de prix peuvent encourager une consommation excessive. L’organisation estime que l’effort d’infrastructure doit être accompagné de réformes portant sur l’efficacité de l’irrigation, la tarification, la gestion des nappes et la réutilisation des eaux usées.

Les chiffres disponibles montrent ainsi que la politique de l’eau s’est déplacée vers une logique de diversification des ressources à travers des barrages supplémentaires, plus d’interconnexions, le dessalement et, progressivement, la réutilisation. Ils ne signifient pas pour autant que le déficit hydrique structurel a été résolu. La disponibilité future reste liée à la pluviométrie, alors que l’efficacité de l’usage de l’eau dépend largement de la demande agricole, du prix, de l’état des réseaux et de la capacité à préserver les ressources souterraines.

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Ce que les indicateurs permettent réellement d’établir

Mis bout à bout, les cinq domaines étudiés montrent une même logique ; la période 2021-2025 a été marquée par une augmentation de plusieurs capacités publiques, mais aussi par la persistance de contraintes qui ne peuvent être résumées par un seul indicateur.

Dans les finances publiques, le Maroc a absorbé le choc inflationniste avant de revenir à un niveau d’inflation nettement plus faible, tandis que la croissance a repris en 2025. Dans la santé, la couverture de l’assurance obligatoire s’est fortement élargie et plusieurs indicateurs de capacité du secteur public ont progressé. Dans l’enseignement supérieur, les effectifs et l’offre universitaire ont augmenté. Sur le marché du travail, 193.000 emplois ont été créés en 2025. Dans l’eau, les autorités ont accéléré des infrastructures destinées à diversifier l’approvisionnement.

Mais les mêmes données révèlent les limites de ces transformations. La désinflation ne reconstitue pas les revenus ou l’épargne érodés pendant la hausse des prix. L’élargissement de l’assurance-maladie ne supprime pas les pénuries de personnel ni les disparités territoriales. La hausse du nombre d’étudiants ne règle pas automatiquement la question des apprentissages ou de l’adéquation aux besoins du marché du travail. La création d’emplois en 2025 n’a pas empêché le chômage des jeunes de progresser. Et la construction de nouvelles infrastructures hydrauliques ne supprime pas la vulnérabilité du pays à la sécheresse ni les problèmes d’efficacité d’utilisation de la ressource.

À l’approche de la fin de la législature, ces indicateurs fournissent ainsi une base plus solide que les seules annonces politiques pour suivre l’évolution des politiques publiques. Ils permettent de mesurer ce qui a changé depuis 2021, mais aussi ce qui reste à résoudre ; l’amélioration du revenu disponible des ménages, l’efficience des services de santé et d’éducation, l’insertion des jeunes et des femmes sur le marché du travail, et la soutenabilité de la gestion de l’eau.

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