Jusqu’où le dessalement peut-il soutenir la demande en eau ?
Station de dessalement © DR
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Longtemps centrée sur la mobilisation de la ressource à travers les barrages, la politique de l’eau au Maroc amorce aujourd’hui un tournant décisif. Face à l’intensification du stress hydrique et à la variabilité climatique, le Royaume adopte une approche plus globale, intégrée et diversifiée. Lors du MAP Town Hall, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a détaillé les contours de cette mutation, qui repose sur un triptyque clair : mobiliser, économiser et diversifier.
Avec 17 stations de dessalement en activité produisant 410 millions de m³ par an, et un objectif de 1,7 milliard de m³ à l’horizon de deux décennies, le Maroc affiche ses ambitions. Mais au-delà des infrastructures, c’est un véritable changement de paradigme qui s’opère, où chaque goutte compte.
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De la mobilisation à l’intégration : un changement de paradigme
La première transformation majeure de la politique nationale de l’eau réside dans le passage d’une logique de mobilisation à une logique intégrée. Pendant des décennies, l’effort a porté sur la construction d’infrastructures pour capter et stocker l’eau. Aujourd’hui, cette approche est complétée par une vision systémique.
Le Maroc ne se contente plus de mobiliser ses ressources conventionnelles. Il intègre désormais les ressources non conventionnelles, comme le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées. Cette évolution traduit une volonté d’adaptation face à un contexte marqué par la raréfaction de la ressource.
Dans le même temps, les délais de réalisation des projets hydrauliques ont été considérablement réduits, passant de plusieurs années à quelques mois dans certains cas, témoignant d’une accélération inédite de l’action publique.
Dessalement : pilier émergent de la sécurité hydrique
Le dessalement s’impose aujourd’hui comme l’un des axes les plus structurants de cette nouvelle politique. Avec une capacité actuelle de 410 millions de m³ par an, le Maroc vise une montée en puissance progressive pour atteindre 1,7 milliard de m³ à long terme.
Ce développement permet de sécuriser une part importante de l’approvisionnement en eau potable. À terme, près de 60% des besoins en eau potable pourraient être couverts par le dessalement, réduisant ainsi la pression sur les barrages et les nappes phréatiques.
Mais l’ambition ne s’arrête pas là. Une partie de cette eau dessalée sera également dédiée à l’agriculture, avec plusieurs centaines de millions de m³ orientés vers l’irrigation. Une évolution stratégique dans un pays où l’agriculture reste fortement dépendante de l’eau.
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L’efficacité au cœur de la stratégie
Au-delà de l’augmentation de l’offre, la politique nationale mise fortement sur la réduction des pertes et l’amélioration de l’efficacité. Dans les réseaux de distribution, les pertes peuvent atteindre entre 15% et 40%, un niveau jugé trop élevé.
Pour y remédier, le Maroc engage une modernisation des infrastructures et met en place des sociétés régionales multiservices chargées d’optimiser la gestion de l’eau. L’objectif est de ramener ces pertes à environ 20%, un seuil plus soutenable.
Dans le secteur agricole, des progrès significatifs ont déjà été réalisés. Près de 850.000 hectares sont désormais équipés en irrigation localisée, une technique permettant de réduire considérablement la consommation d’eau. À terme, l’objectif est d’étendre ce modèle à un million d’hectares.
Cette transition vers une agriculture plus économe s’accompagne également d’innovations technologiques, comme les compteurs intelligents ou le recours à des semences moins gourmandes en eau.
Le pari du « mix hydrique »
L’une des grandes innovations de la stratégie marocaine réside dans la mise en place d’un véritable « mix hydrique ». L’idée est simple : combiner différentes sources d’approvisionnement pour garantir la sécurité de l’eau.
Aux barrages s’ajoutent désormais :
• Le dessalement.
• La réutilisation des eaux usées.
• Les transferts inter-bassins.
• Les politiques d’économie de l’eau.
Ce modèle permet de répartir les risques et d’éviter une dépendance excessive à une seule source. Il s’inscrit dans une logique de résilience, essentielle dans un contexte de changement climatique.
Le projet d’ « autoroute de l’eau », qui vise à transférer des ressources entre bassins hydrauliques, illustre parfaitement cette approche intégrée.
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Sensibilisation et changement des comportements
La réussite de cette politique ne repose pas uniquement sur les infrastructures. Elle dépend également de l’implication des citoyens et des acteurs économiques.
Des campagnes de sensibilisation sont ainsi mises en place pour encourager une utilisation plus responsable de l’eau. L’objectif est clair : faire de la préservation de la ressource une responsabilité collective.
Car au-delà des technologies et des investissements, la gestion de l’eau reste aussi une question de comportements. Réduire le gaspillage, adopter des pratiques plus durables, optimiser les usages : autant de leviers indispensables pour garantir l’efficacité de la stratégie.
Eau, agriculture et sécurité alimentaire : un équilibre à trouver
La politique nationale de l’eau est étroitement liée aux enjeux agricoles. L’agriculture représente le principal consommateur d’eau, ce qui pose la question de l’équilibre entre production alimentaire et préservation des ressources.
Selon les projections, près d’un milliard de m³ supplémentaires pourraient être mobilisés d’ici 2030 pour soutenir le secteur agricole. Mais cette augmentation doit s’accompagner d’une meilleure productivité de l’eau.
L’enjeu est de passer d’une logique de volume à une logique de valeur, en favorisant des cultures plus adaptées au contexte hydrique. Cette transition est essentielle pour garantir la sécurité alimentaire sans compromettre les ressources futures.
Une gouvernance à renforcer
Enfin, la transformation du modèle hydrique implique une évolution de la gouvernance. La gestion de l’eau devient de plus en plus complexe, nécessitant une coordination entre plusieurs acteurs et secteurs.
Le recours à la science, à la data et aux systèmes d’information apparaît comme un levier clé. Une meilleure connaissance des ressources permet d’anticiper les pénuries, d’optimiser les allocations et d’éviter les surexploitations.
Dans ce contexte, la planification stratégique et la coopération internationale jouent également un rôle central, notamment à travers le soutien de partenaires techniques et financiers.
Une transition encore en chantier
Si le Maroc a engagé une transformation ambitieuse de sa politique de l’eau, les défis restent nombreux. Le changement climatique, la croissance démographique et les besoins économiques continueront de peser sur les ressources.
Mais en diversifiant ses sources, en améliorant son efficacité et en impliquant l’ensemble des acteurs, le Royaume pose les bases d’un modèle plus résilient.
Une chose est sûre : dans un pays confronté à la rareté de l’eau, l’avenir ne dépendra plus seulement de la quantité disponible, mais de la manière dont elle est gérée.
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