Cybersécurité : le Maroc est-il prêt face aux nouvelles menaces ?
Affiche de l'AUSIMètre 2026 © LeBrief
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La cybersécurité n’est plus un sujet réservé aux directions informatiques. Elle est désormais devenue une question de gouvernance, de souveraineté et de compétitivité. L’accélération de la transformation numérique, la généralisation des services connectés et l’essor de l’intelligence artificielle multiplient les opportunités… mais aussi les risques.
Présentée à Rabat par l’Association des utilisateurs des systèmes d’information au Maroc (AUSIM), avec PwC, la troisième édition de l’AUSIMètre dresse un état des lieux de la maturité cyber des organisations marocaines. Pour LeBrief, Mohamed Saad, président de l’AUSIM, et Jamal Basrire, associé chez PwC, analysent les progrès réalisés, les lacunes persistantes et les défis qui attendent encore le Royaume.
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Une cybersécurité qui devient une priorité stratégique
Le premier constat est sans appel : la cybersécurité s’impose désormais au plus haut niveau des organisations.
« Aujourd’hui, la cybersécurité s’est invitée au niveau de la direction générale et des conseils d’administration », affirme Mohamed Saad.
Selon le président de l’AUSIM, cette évolution constitue l’un des principaux enseignements de l’édition 2026 du baromètre. Les administrateurs sont désormais mieux informés des risques numériques et davantage disposés à soutenir financièrement les projets de sécurisation.
« Les administrateurs sont plus sensibilisés et plus volontaires à libérer des budgets pour que les entreprises puissent se prémunir contre ces risques », explique-t-il.
Au-delà des investissements, la gouvernance progresse également. Les organisations structurent davantage leurs politiques cyber tandis que le cadre réglementaire continue d’évoluer afin de suivre les transformations technologiques.
Pour Mohamed Saad, cette adaptation est indispensable dans un contexte où l’intelligence artificielle bouleverse profondément les usages.
« L’intelligence artificielle est un allié, mais elle est aussi là pour accentuer l’industrialisation du cybercrime », prévient-il.
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Le risque zéro n’existe pas
Les progrès enregistrés ne signifient pas que le Maroc est totalement protégé. Bien au contraire. « Aucune nation n’est assez armée. On ne peut pas se dire qu’un jour on atteindra le niveau de zéro risque », insiste Mohamed Saad.
Pour lui, les cybercriminels innovent en permanence et utilisent des outils toujours plus sophistiqués, notamment grâce à l’intelligence artificielle. La réponse doit donc être continue. « Le secteur privé, le secteur public et le secteur semi-public doivent être en innovation permanente pour mettre en place les bonnes pratiques, la bonne réglementation, former les ressources humaines et renforcer la gouvernance », explique-t-il.
Cette logique repose davantage sur la résilience que sur une protection absolue. « L’objectif est d’être résilient quand bien même un jour on est attaqué », résume-t-il.
Le président de l’AUSIM souligne également que cette mobilisation dépasse largement les entreprises. « La DGSSI, la CNDP, le ministère de la Transition numérique… tous les acteurs sont mobilisés pour faire face à ce fléau », rappelle-t-il.
Cybersécurité : le Maroc est-il armé face aux menaces invisibles ?
Le Maroc progresse mais reste à une croisée des chemins
Même constat chez PwC.
Pour Jamal Basrire, qui accompagne l’AUSIMètre depuis sa création, les indicateurs montrent une progression constante de la maturité cyber. « Depuis trois ans, on voit clairement une amélioration significative de cette maturité au Maroc », affirme-t-il.
Cette évolution se traduit notamment par une hausse des investissements. « Plus d’un tiers des répondants investissent désormais plus de 7 % de leur budget informatique dans la cybersécurité, ce qui n’était pas le cas il y a deux ans », souligne-t-il.
Les dirigeants jouent également un rôle de plus en plus actif. « On est aujourd’hui dans une prise de conscience complète, avec une implication croissante des dirigeants », observe l’associé de PwC. Pour autant, le Royaume doit encore franchir plusieurs étapes. « Le Maroc est aujourd’hui à une croisée des chemins », estime Jamal Basrire.
Selon lui, la transformation vers le cloud reste un enjeu majeur. « Le cloud est un prérequis à l’utilisation de nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle », rappelle-t-il. Même si le Royaume accuse encore un léger retard sur ce sujet, il se montre optimiste. « On sent un vrai changement cette année, notamment avec le développement d’offres de cloud souverain », ajoute-t-il.
La richesse du Maroc, ce sont ses talents
Au-delà des infrastructures, la question des compétences reste centrale. Le baromètre met en évidence une pénurie persistante de profils spécialisés. « Le marché est unanime : il existe encore un déficit de talents », reconnaît Jamal Basrire.
Pour autant, il porte un regard très positif sur la jeunesse marocaine. « Je constate une sensibilisation très forte aux enjeux cyber, en particulier chez les jeunes », affirme-t-il. Les établissements marocains forment aujourd’hui des profils particulièrement recherchés à l’international.
« Nous avons investi au Maroc parce que nous y trouvons des populations extrêmement bien formées », explique le responsable de PwC. L’entreprise favorise d’ailleurs la mobilité entre le Maroc et la France afin de développer ces compétences. Mais, selon lui, le véritable défi des prochaines années dépasse la seule expertise technique. « Le déficit n’est pas tant sur le niveau technique que sur le professionnalisme, la rigueur et la vision managériale de la cybersécurité », analyse-t-il.
Pour Mohamed Saad, enfin, la cybersécurité concerne aussi les citoyens. Qu’ils vivent dans les grandes villes ou dans les zones les plus reculées, tous doivent être sensibilisés aux risques liés aux usages numériques. « Nous devons tous être mobilisés pour que chaque citoyen sache à quel niveau il est exposé aux risques cyber, sur Internet, sur son mobile et partout », conclut-il.
Face à des menaces toujours plus sophistiquées, les deux experts convergent sur un point : la cybersécurité ne peut plus être considérée comme un simple sujet informatique. Elle est devenue un enjeu collectif qui conditionne la confiance numérique, la souveraineté et la compétitivité du Maroc.
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