G7, 51 ans d’un club en quête d’impact
G7 au Kananaskis au cœur des Rocheuses canadiennes © Sipa / AP / Adrian Wyld
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C’est dans un décor de carte postale, à Kananaskis au cœur des Rocheuses canadiennes, que le G7 tient son sommet 2025. 51 ans après sa création, le groupe rassemble toujours les grandes puissances industrielles occidentales : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni, plus l’Union européenne. Mais le contexte a bien changé.
La montée en puissance des pays émergents, la fragmentation géopolitique et les crises à répétition ont fragilisé le poids de ce « club riche » dans l’arène mondiale. Pour sa présidence tournante, le Canada entend bousculer les habitudes. Pas de communiqué commun final, mais une série de déclarations thématiques. L’idée est de redonner au G7 une efficacité pragmatique, dans un monde où le consensus est de plus en plus difficile.
D’un choc pétrolier à l’autre : la genèse d’un club d’influence
L’histoire du G7 commence dans la tourmente économique. En 1973, le premier choc pétrolier bouleverse les équilibres mondiaux. À l’initiative du président français Valéry Giscard d’Estaing et du chancelier allemand Helmut Schmidt, un sommet informel est organisé en 1975 au château de Rambouillet. L’objectif est de permettre aux dirigeants des six plus grandes économies industrialisées (G6 à l’époque) de se coordonner face à la crise. L’idée d’un dialogue direct, sans bureaucratie, sans déclaration finale obligatoire, s’impose comme un modèle.
Dès 1976, le Canada rejoint le groupe, qui devient le G7. En 1997, la Russie y est intégrée, donnant naissance au G8. Mais l’annexion de la Crimée en 2014 par Moscou entraîne son exclusion, et le groupe redevient le G7. Depuis, il s’est concentré sur les enjeux économiques, climatiques et sécuritaires, tout en défendant un ordre international fondé sur les règles. Cependant, cette logique occidentale est de plus en plus contestée par des puissances comme la Chine, l’Inde, ou la Turquie, qui dénoncent un entre-soi daté.
Le poids du G7 dans l’économie mondiale illustre ce recul : en 1980, ses membres représentaient plus de 65% du PIB mondial, en 2025, ils en pèsent moins de 45%. Malgré cela, le groupe conserve une capacité d’entraînement normative, notamment en matière de fiscalité internationale, de régulation financière ou de transition climatique. Il reste aussi un espace où les grandes puissances peuvent accorder leurs violons même si la partition devient de plus en plus dissonante.
Kananaskis 2025 : un sommet sous haute tension
La 51ᵉ édition du G7 intervient dans un climat mondial particulièrement tendu. La guerre en Ukraine, les frappes israéliennes contre l’Iran, les violences à Gaza, mais aussi l’inflation persistante, les dérèglements climatiques ou la montée des régimes autoritaires pèsent sur les discussions. Dans ce contexte, Ottawa a fait le choix d’une approche minimaliste, mais ciblée : pas de communiqué final qui exigerait une unanimité impossible, mais une série de déclarations précises sur certains sujets. Le but est d’éviter les blocages tout en produisant des engagements concrets.
Au menu de cette édition : le soutien à l’Ukraine, la réponse aux catastrophes naturelles, la lutte contre la désinformation, les dangers liés à l’intelligence artificielle, ou encore l’encadrement de l’ingérence étrangère dans les démocraties. Volodymyr Zelensky, président ukrainien, est attendu ce mardi pour réaffirmer l’urgence du soutien occidental. Mais les divergences internes sont palpables : si les Européens veulent durcir les sanctions contre la Russie, Washington se montre plus prudent, à quelques mois de la présidentielle américaine.
Sur le dossier iranien, les tensions sont vives. La récente frappe israélienne sur un site nucléaire près d’Ispahan a relancé les inquiétudes d’un embrasement régional. Le Premier ministre israélien a appelé les membres du G7 à « durcir le ton » contre Téhéran, tandis que plusieurs voix, notamment en Europe, appellent à la retenue et à la protection des civils à Gaza. Ces contradictions internes minent la cohérence du message du G7, déjà accusé par certains pays du Sud d’avoir deux poids, deux mesures.
En parallèle, le Canada tente de valoriser des enjeux plus consensuels. Le sommet met notamment l’accent sur la coopération climatique : une déclaration commune sur la lutte contre les feux de forêt, la protection des océans et l’adaptation aux événements extrêmes est attendue. Sur l’IA, le G7 souhaite poser des balises éthiques, alors que le développement rapide des technologies génératives inquiète de plus en plus d’experts.
Le Canada mise sur une diplomatie inclusive et thématique
Pour Mark Carney, Premier ministre canadien depuis 2024 et ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre, ce sommet est l’occasion de s’imposer sur la scène internationale. Il tente de positionner son pays comme un médiateur crédible, capable de rassembler au-delà des clivages. Sa méthode est d’éviter les grandes déclarations creuses, et privilégier des résultats concrets, par thème. Il s’inspire en cela de la formule adoptée au sommet de Charlevoix en 2018, qui avait déjà connu des tensions notamment entre Donald Trump et les autres membres.
Le choix du lieu est aussi symbolique : Kananaskis avait déjà accueilli le G8 en 2002, à l’époque dans un contexte post-11 septembre, marqué par la guerre en Afghanistan. En 2025, c’est une autre guerre, celle en Ukraine, qui structure les priorités. Mais au-delà de la sécurité, le Canada veut faire du G7 un forum d’innovation : numérique, climatique, économique. La journée élargie de mardi réunira plus de vingt pays invités, dont le Brésil, l’Inde, le Mexique, l’Afrique du Sud ou encore l’Indonésie. Une ouverture vers le Sud global que le Canada juge indispensable.
Les relations bilatérales occupent aussi une place importante. La rencontre prévue entre Mark Carney et Donald Trump, favori pour la présidentielle américaine, vise à désamorcer les tensions commerciales nées de nouveaux droits de douane sur l’aluminium et l’automobile. Ottawa souhaite un nouvel accord avant leur entrée en vigueur le 9 juillet. De son côté, la présence du Premier ministre indien Narendra Modi marque une tentative de réconciliation après la crise diplomatique provoquée par l’assassinat d’un militant sikh au Canada en 2023. L’Inde est perçue comme un partenaire décisif dans la stratégie indo-pacifique d’Ottawa, mais aussi comme un pont vers les économies émergentes.
Moyen-Orient : le G7 alerte sur une possible escalade incontrôlable
Enfin, la logistique du sommet a été pensée comme un outil de communication : à Banff, base arrière de la rencontre, les infrastructures de presse mettent en scène une nature spectaculaire et une hospitalité canadienne soignée. Un contraste assumé avec les dossiers brûlants traités en salle, mais aussi un moyen pour Carney de montrer que le Canada peut, malgré sa taille modeste, jouer un rôle stabilisateur à l’échelle mondiale.
51 ans après sa naissance, le G7 tente de se réinventer à Kananaskis. Plus qu’un forum d’élites, il veut redevenir un espace d’action ciblée, à même de produire des réponses concrètes aux crises du XXIe siècle. Le pari canadien d’un sommet sans déclaration finale, mais riche en décisions thématiques, reflète cette volonté d’adaptation.
Reste à voir si cette flexibilité pourra suffire à restaurer la légitimité d’un groupe contesté, qui cherche à exister dans un monde devenu polycentrique. Pour Mark Carney comme pour ses homologues, l’enjeu est clair, prouver que le G7 a encore un rôle à jouer, non par sa puissance brute, mais par sa capacité à impulser, coordonner et innover.
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