1000 milliards… Pékin vient de franchir un seuil historique. L’excédent commercial de la Chine dépasse pour la première fois les 1.000 milliards de dollars, un record qui illustre la force continue de la machine exportatrice chinoise.
La Chine est première exportatrice mondiale depuis 2009 et, malgré la guerre commerciale relancée par Donald Trump depuis son investiture, et un marché intérieur fragilisé par la crise immobilière et la faible consommation, l’empire du Milieu a su continuer d’écouler ses produits. Il s’est adapté, redirigeant ses exportations vers l’Union européenne, l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine ou le Moyen-Orient.
L’Union européenne, elle, affiche un déficit commercial record vis-à-vis de la Chine : environ 310 milliards de dollars en 2024, dépassant pour la première fois celui des États-Unis, estimé à 302 milliards. La situation est devenue telle qu’Emmanuel Macron vient d’appeler Pékin à « redresser le tir », exhortant Bruxelles à recourir à des tarifs douaniers punitifs si rien ne change.
Cet excédent n’est pas le fruit d’un hasard. C’est le résultat d’une stratégie industrielle pensée de longue date. La Chine a fondé son développement sur une compétitivité exportatrice, un contrôle rigoureux des coûts de production et une capacité manufacturière massive avec ses 1,3 milliard d’habitants, autant d’atouts qui font d’elle « l’atelier du monde ». Les exportations de novembre 2025 ont même rebondi de 5,9% sur un an, tandis que les importations progressaient timidement, signe d’un modèle économique encore largement tourné vers l’international.
Dès son investiture, lorsqu’il a voulu rééquilibrer les échanges globaux via les droits de douane, c’est en priorité vers la Chine que Trump a tiré. Mais la réponse chinoise, réorientation vers d’autres marchés, diversification, renforcement des chaînes d’approvisionnement et enfin contrôle des exportations de terres rares, a largement neutralisé l’effet des mesures protectionnistes et l’a contraint à revenir à la table des négociations en écoutant davantage les demandes de Xi Jinping. Le président chinois, qui semblait avoir anticipé cette crise, est resté inflexible. D’ailleurs, leur premier échange officiel depuis son accession au pouvoir n’a eu lieu que le 19 septembre 2025, et ce malgré l’invitation de Trump à sa cérémonie d’investiture et les multiples signaux d’ouverture qu’il avait envoyés durant la montée des tensions tarifaires. La pression commerciale seule ne suffit pas à contenir l’ogre chinois, tant celui-ci maîtrise la production et la logistique mondiale et calcule minutieusement ses coups quand l’agitation est à son comble de l’autre côté de l’Atlantique.
Ce bras de fer pèse lourd pour les économies importatrices. L’argent afflue vers la Chine, concentrant les réserves de devises et les capacités d’investissement dans un seul pays. Pour les États-Unis et l’Europe, cela signifie une perte de souveraineté industrielle, une dépendance accrue à des chaînes lointaines, une fragilité stratégique en cas de crise.
Pour autant, la confrontation ne signifie pas renoncement total à la coopération. Ce lundi, Trump a surpris son monde en autorisant la vente des puces H200 d’Nvidia vers la Chine, un virage complet après des mois d’interdictions. Malgré les déclarations belliqueuses de ses « China hawks », l’administration américaine a décidé d’ouvrir ce marché, à condition que les clients soient « approuvés » et que Washington prélève une taxe sur les ventes. Ce revirement démontre que, même au cœur d’une guerre commerciale et technologique, les intérêts industriels et financiers peuvent l’emporter. Toutefois, il faut rester lucide, c’est généralement Pékin qui impose les termes dans ce nouvel arrangement. L’interdépendance industrielle demeure forte, mais l’équilibre est maintenant ajusté en fonction des priorités chinoises.
Avec le franchissement du seuil de 1.000 milliards de dollars d’excédent commercial, la Chine adresse un message limpide au reste du monde : la bascule est en cours, et chacun doit choisir comment encaisser le choc. L’enjeu est clair : éviter d’être submergé, mais savoir tirer avantage du réalignement global tout en renforçant sa souveraineté. Loin de l’impulsivité légendaire du capitaine Haddock, dont Trump se fait volontiers l’écho dans sa manière d’exercer le pouvoir, il faudra rester souple, stratège, fin diplomate et capable de capter les opportunités tout en préservant son autonomie… Un exercice où le Maroc a su se montrer plutôt habile ces dernières années.
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