Mohammed Benmoussa règle ses comptes avec Nabil Benabdallah et appelle à refonder le paysage politique
Nabil Benabdallah, Secrétaire général du PPS © PPS
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Intitulée « Ma part de vérité », la lettre ouverte de Mohammed Benmoussa à Nabil Benabdallah marque une nouvelle étape dans la rupture entre les deux hommes. Après quatre années passées au sein du PPS, l’ancien membre du parti revient sur son engagement, ses ambitions politiques et les désaccords qui l’ont conduit à quitter la formation.
Dès les premières pages, le ton est donné. Benmoussa reproche au secrétaire général du PPS de s’éloigner des valeurs d’éthique, de transparence et de loyauté qui ont, selon lui, façonné l’histoire du parti depuis Ali Yata et Moulay Ismaïl Alaoui.
Il dénonce notamment les pratiques de certains responsables politiques qui privilégieraient leur carrière et leurs intérêts personnels au détriment de l’intérêt général. Sans renier son parcours, il revendique son engagement sur des dossiers comme celui de la raffinerie Samir et sa lutte contre les conflits d’intérêts.
L’économiste revient également sur sa candidature aux législatives dans la circonscription de Casablanca-Anfa. Il rappelle les difficultés historiques du PPS à s’y imposer et assume sa défaite électorale. Il reconnaît par ailleurs avoir nourri l’ambition de devenir ministre sous les couleurs du parti, une aspiration qu’il présente comme légitime et qu’il affirme n’avoir jamais dissimulée.
Au-delà des critiques personnelles, Mohammed Benmoussa adresse un avertissement politique à Nabil Benabdallah, désormais membre du gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri.
Ayant participé, selon ses déclarations, à l’élaboration du programme gouvernemental 2027-2031 du PPS pendant plus de sept mois, il appelle son ancien parti à respecter les engagements pris devant les électeurs.
Il estime que tout renoncement pourrait accélérer le déclin du PPS et ouvrir un espace politique à une gauche plus radicale. Il exhorte ainsi Benabdallah à assumer pleinement ses responsabilités gouvernementales et à ne pas sacrifier les orientations du parti aux compromis de coalition.
La lettre énumère une longue série de mesures que son auteur souhaite voir engagées ou programmées durant les cent premiers jours du gouvernement Mansouri. Parmi elles figurent la lutte contre l’enrichissement illicite et les conflits d’intérêts, l’élargissement de la couverture médicale, le renforcement des effectifs de santé, la création de 1,4 million d’emplois nets sur la mandature, ou encore une réforme de la fiscalité.
Benmoussa insiste également sur la nécessité d’une intervention publique concernant la raffinerie Samir et d’un encadrement des prix des hydrocarbures, deux revendications qu’il défend depuis plusieurs années.
L’éducation, un premier test pour Nabil Benabdallah
Une partie importante de la lettre est consacrée au nouveau portefeuille ministériel de Nabil Benabdallah, chargé de l’Education nationale, du préscolaire, de la formation professionnelle et de la qualification.
Mohammed Benmoussa juge les premières déclarations du ministre insuffisantes au regard de l’ampleur des défis du système éducatif marocain. Il considère que l’augmentation des budgets et des recrutements, bien que nécessaire, ne saurait constituer à elle seule une politique de réforme.
Il appelle notamment à réduire les effectifs à 30 élèves maximum par classe dans le primaire et le collège, à recruter 18.000 enseignants chaque année et à développer de nouvelles infrastructures scolaires.
Il préconise également une rénovation des programmes pédagogiques, une meilleure formation des enseignants, l’intégration de l’intelligence artificielle dans les apprentissages et la généralisation progressive de l’enseignement de l’amazigh.
L’ancien dirigeant du PPS plaide enfin pour une gouvernance éducative fondée sur des objectifs mesurables, une certification des établissements scolaires et une responsabilisation accrue des académies régionales.
Le Mouvement Damir comme alternative politique
La dernière partie de la lettre dépasse le cadre du PPS pour dresser un constat particulièrement sévère du fonctionnement des partis politiques marocains. Après vingt-trois années passées à l’Istiqlal et quatre au PPS, Mohammed Benmoussa affirme ne plus croire à la possibilité de réformer les formations traditionnelles de l’intérieur.
« Les partis politiques ne sont plus réformables », écrit-il, estimant que leurs dirigeants ont progressivement abandonné les principes idéologiques et les projets de société qui devraient les distinguer.
C’est dans cette perspective qu’il présente les ambitions du Mouvement Damir, qu’il préside. L’organisation entend promouvoir un « nouveau modèle politique » reposant sur trois réformes principales : la modernisation du cadre juridique des partis, la moralisation de la vie publique et la refonte du système électoral.
Parmi les propositions avancées figurent la publication des déclarations de patrimoine des responsables publics, le renforcement de la lutte contre les conflits d’intérêts, la reconnaissance du vote blanc, la numérisation du processus électoral et la mise en place de mécanismes de représentation directe des Marocains résidant à l’étranger.
Benmoussa appelle également les militants, acteurs associatifs, syndicats et personnalités engagées à rejoindre une dynamique de renouvellement du champ politique.
La lettre se termine sur un appel à reconstruire la confiance entre les citoyens et leurs représentants. Pour Mohammed Benmoussa, le départ du PPS ne signifie donc pas un retrait de la vie politique, mais le début d’un nouvel engagement collectif autour du Mouvement Damir.
Reste à savoir si cette rupture, accompagnée d’un réquisitoire contre les partis traditionnels, permettra à son mouvement de transformer ses ambitions en véritable offre politique.
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