Crise du logement, dissolution et obsession marocaine : le grand vertige espagnol

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Crise du logement, dissolution et obsession marocaine : le grand vertige espagnolLe premier ministre Pedro Sánchez (de dos) s'adresse au leader de Vox, Santiago Abascal © (EFE/JP Gandul)

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Le gouvernement Sánchez vient de sauter sous la pression croissante de la rue espagnole, prise au piège d’une crise du logement explosive. Incapable de faire valider ses décrets d’urgence face au blocage des conservateurs et des indépendantistes catalans, Madrid s’enfonce dans l’incertitude et se prépare à de nouvelles élections anticipées le 29 novembre. Mais comme souvent de l’autre côté du Détroit, quand le feu brûle au palais de la Moncloa, certains dirigeants n’hésitent pas à dégainer la carte marocaine pour détourner les regards de leurs propres fractures internes. Décryptage d’une politique espagnole au bord de la crise de nerfs.

Pour comprendre la tempête qui secoue l’Espagne, il faut regarder du côté d’une femme de 87 ans. Oui, il faut balayer devant sa porte d’abord, comme dirait l’adage. L’histoire de Maricarmen Abascal est devenue en quelques jours l’étincelle d’un brasier social national. Installée depuis 1956 dans son appartement du quartier madrilène de Retiro, cette octogénaire vivant avec une petite retraite a vu la société immobilière Urbagestión, qualifiée de fonds vautour, faire exploser son loyer de 500 à 2.650 euros par mois.

Le 23 septembre dernier, malgré les protestations du voisinage, la police a défoncé sa porte et l’a évacuée sur une civière direction l’hôpital. Ces images choc ont soulevé une vague d’indignation. Dès le 26 septembre, la Puerta del Sol à Madrid s’est couverte de tentes avec le mouvement « 26-S », rappelant à s’y méprendre le ras-le-bol du 15-M. Et même si la pression populaire a fini par contraindre le propriétaire à laisser Maricarmen réintégrer son logement avec un loyer décent, la colère sociale était déjà trop vive pour s’éteindre.

L’impasse parlementaire de Sánchez et le saut dans l’inconnu

Pris en tenaille par la rue qui réclamait un toit décent, le premier ministre Pedro Sánchez a tenté un coup d’éclat politique. Son gouvernement de coalition a présenté en urgence deux décrets-lois prévoyant le gel des loyers, l’interdiction des expulsions de ménages vulnérables jusqu’en 2030 et des freins à la spéculation immobilière.

Espagne : Sánchez dissout le Parlement et convoque des élections anticipées

C’était sans compter sur la réalité du Parlement espagnol. Le 2 octobre, l’opposition de droite du Parti populaire (PP) et de Vox, rejointe par les indépendantistes catalans de Junts per Catalunya, a sèchement rejeté les décrets. Privé de majorité et désavoué, Pedro Sánchez a pris la parole le 5 octobre au matin pour annoncer la dissolution des Chambres et la convocation de législatives anticipées pour le 29 novembre. L’Espagne s’engage ainsi dans un nouveau scrutin général au milieu d’un climat social délétère.

Quand Madrid patine, le Maroc sert de paratonnerre

Au Maroc, nous observons ce spectacle politique avec un œil particulièrement averti. Pourquoi ? Parce qu’à chaque fois que la politique espagnole s’embourbe dans ses contradictions sociales, une partie de la classe politique ibérique ressort son vieux réflexe conditionné : instrumentaliser le voisin du Sud.

A peine la date des élections annoncée, Santiago Abascal, le chef du parti d’extrême droite Vox, s’est précipité sur les plateaux de télévision pour qualifier Pedro Sánchez de « candidat du Maroc ». Agitant la crise migratoire survenue à Sebta fin juillet, l’extrême droite accuse sans complexe le gouvernement espagnol de céder à un prétendu « chantage » marocain et réclame la militarisation des frontières.

Pour les observateurs à Rabat, le procédé est usé jusqu’à la corde. Incapables d’offrir des réponses concrètes à la jeunesse espagnole qui ne trouve plus à se loger ou aux personnes âgées expulsées de chez elles, les populistes madrilènes cherchent à braquer les projecteurs sur un ennemi extérieur imaginaire. Le Maroc n’est pour rien dans la boulimie spéculative des fonds immobiliers à Madrid, ni dans le jeu cynique des alliances parlementaires au Congrès espagnol.

En poussant l’Espagne vers les urnes le 29 novembre, la crise du logement révèle les failles béantes du modèle espagnol. Reste à savoir si les électeurs ibériques se laisseront une fois de plus distraire par ces gesticulations anti-marocaines, ou s’ils exigeront enfin des comptes à leurs propres dirigeants sur leurs vrais problèmes du quotidien.

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