PISA 2025 : pourquoi l’école marocaine peine-t-elle à suivre ?

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PISA 2025 : pourquoi l’école marocaine peine-t-elle à suivre ?Image d'illustration © DR

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Le Maroc affiche des résultats en recul dans plusieurs domaines évalués par PISA 2025. Derrière les chiffres, le consultant en éducation Abderrahmane Lahlou estime que le problème tient aussi au décalage entre ce que l’école marocaine enseigne et ce que l’évaluation internationale cherche à mesurer. Il appelle à revoir les curricula, la formation des enseignants et la gouvernance du système éducatif.

Les résultats du Maroc dans l’édition 2025 de l’enquête PISA de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) relancent le débat sur l’efficacité du système éducatif national. Avec un score de 358 points en sciences, 321 en mathématiques et 355 en compréhension de l’écrit, le Royaume reste confronté à d’importantes difficultés dans les compétences évaluées.

Pour Abderrahmane Lahlou, consultant en éducation au cabinet ABWAB, ces résultats ne peuvent toutefois pas être lus uniquement comme le reflet du niveau des élèves. Il estime qu’il existe un décalage profond entre les apprentissages dispensés dans le système scolaire marocain et les compétences sollicitées par PISA.

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« PISA teste et évalue des choses que nous n’apprenons pas à l’école », affirme-t-il. Selon lui, les mauvais résultats doivent donc être interprétés à la lumière de la nature même des épreuves, qui mobilisent davantage la capacité d’analyse, de raisonnement et de transfert des connaissances vers des situations concrètes.

Un décalage entre le programme scolaire et PISA ?

Pour Abderrahmane Lahlou, la compréhension de l’écrit constitue l’un des meilleurs exemples de ce décalage. Il estime que l’enseignement marocain reste largement centré sur la maîtrise de la langue, les règles grammaticales, la lecture et la compréhension linguistique, alors que PISA sollicite des compétences plus larges.

« Ce n’est pas de la lecture et de la langue », soutient-il, en décrivant des exercices dans lesquels les élèves doivent notamment comparer plusieurs textes et en tirer des conclusions sur un phénomène donné.

Dans ce type de situation, explique le consultant, l’élève doit mobiliser des connaissances qui dépassent largement la seule maîtrise linguistique. La culture générale, la capacité à analyser des informations provenant de différentes sources et la faculté à établir des liens entre plusieurs disciplines deviennent déterminantes.

Il oppose ainsi cette approche à un modèle scolaire qu’il juge encore très compartimenté au Maroc, dans lequel la lecture, les mathématiques et les sciences sont enseignées séparément.

« On est encore dans un curriculum très basique, très archaïque, où on apprend la lecture toute seule, le calcul tout seul et les sciences toutes seules », estime-t-il.

Selon lui, certains des systèmes éducatifs qui obtiennent les meilleurs résultats internationaux ont davantage développé une approche transdisciplinaire, dans laquelle les connaissances sont utilisées pour comprendre des situations concrètes et des problématiques de la vie quotidienne.

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En mathématiques, appliquer plutôt que restituer

Le même constat, selon lui, s’applique aux mathématiques.

Le système scolaire marocain enseigne notamment l’algèbre, la géométrie ou encore la trigonométrie. Mais les exercices de PISA demandent, selon Abderrahmane Lahlou, de combiner ces connaissances afin de résoudre des problèmes inspirés de situations réelles.

L’élève peut ainsi être amené à mobiliser plusieurs notions mathématiques pour répondre à une problématique liée à une superficie ou à une situation du monde agricole.

« Les enfants ne font pas ça », résume le consultant.

Son analyse rejoint donc une question centrale : l’école prépare-t-elle suffisamment les élèves à utiliser leurs connaissances plutôt qu’à simplement les restituer ?

Pour Lahlou, c’est précisément sur ce point que se situe une partie du problème. Les élèves peuvent maîtriser certaines notions enseignées en classe sans nécessairement être préparés à les transférer dans des situations nouvelles.

Sciences : une autre conception de la compétence

Le domaine scientifique pose, lui aussi, cette question du contenu des apprentissages et de celui de l’évaluation.

Le Maroc obtient 358 points en sciences dans PISA 2025. Le consultant relève notamment que l’évaluation de cette édition comporte des dimensions liées à la pensée computationnelle, à la logique et au codage.

Il considère que cela crée un nouveau décalage avec le contenu traditionnellement enseigné aux élèves marocains.

« En sciences, les élèves font de la biologie et un peu de géologie », explique-t-il, estimant que l’intégration de compétences computationnelles dans l’évaluation accentue l’écart entre le curriculum et les compétences demandées.

Pour lui, le problème est donc moins celui d’un manque intrinsèque de capacités des élèves que celui d’un système qui ne les prépare pas suffisamment à certaines formes de raisonnement évaluées internationalement.

Il qualifie ce décalage de « mismatching » entre le curriculum et l’évaluation.

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Engagement : attention aux déclarations des élèves

L’un des résultats mis en avant dans l’analyse de PISA 2025 concerne également l’engagement des élèves. Une proportion importante d’élèves marocains déclare faire preuve de persévérance et de motivation dans leur parcours scolaire.

Abderrahmane Lahlou appelle toutefois à interpréter ces données avec prudence.

Il s’est intéressé aux questions utilisées pour mesurer cet engagement, notamment celles portant sur la persévérance face à une difficulté ou sur le plaisir d’aller à l’école.

« Ce sont des questions d’auto-valorisation. Un élève ne va jamais se tirer une balle dans le pied », affirme-t-il.

Selon lui, le caractère déclaratif de ces réponses peut créer un biais. Il estime que la motivation réelle d’un élève dépend de nombreuses conditions : l’environnement familial, la qualité de l’encadrement, les enseignants, les conditions d’apprentissage ou encore le sentiment d’être accompagné individuellement.

« La grande tare, justement, au Maroc, c’est la motivation », estime-t-il, en référence notamment à l’envie des élèves d’apprendre et de fréquenter l’école publique.

L’environnement familial et scolaire au cœur du problème

Pour le consultant, les performances scolaires doivent également être replacées dans leur environnement social.

Dans certaines périphéries urbaines et dans les zones rurales, il estime que les familles disposent de moyens limités pour accompagner les enfants dans leur parcours scolaire. Les parents peuvent eux-mêmes être peu familiarisés avec les exigences scolaires, tandis que les écrans, les téléphones et les jeux occupent une place croissante dans le quotidien des jeunes.

L’école, de son côté, n’échappe pas aux difficultés.

Les infrastructures et les équipements se sont améliorés, reconnaît-il, notamment grâce aux investissements réalisés par le ministère, mais il considère que les conditions d’apprentissage restent inégales selon les territoires.

La question des enseignants est, à ses yeux, déterminante.

« Le levier principal sur lequel le Maroc devrait agir, c’est le vrai recrutement des enseignants, des bons enseignants », affirme-t-il.

Il insiste également sur la formation continue et l’accompagnement des enseignants une fois en poste. Pour lui, la formation ne doit pas seulement transmettre des compétences techniques en pédagogie et en didactique. Elle doit aussi permettre à l’enseignant de devenir un véritable moteur de transformation pour l’élève.

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Les écoles pionnières : un premier niveau, pas une finalité

Abderrahmane Lahlou évoque également les réformes engagées ces dernières années, notamment l’enseignement explicite et le développement des écoles pionnières.

Il reconnaît que ces établissements peuvent fonctionner mieux que d’autres, notamment grâce aux investissements en matériel et en équipements. Mais il considère que leur niveau actuel correspond davantage à un socle minimal qu’à une transformation complète du modèle éducatif.

« L’école pionnière est meilleure que l’école, mais elle est juste au minimum du standard », estime-t-il, parlant d’un « SMIG éducatif » proposé aux élèves.

Pour lui, l’enjeu consiste désormais à dépasser cette étape. Il faudrait passer d’un modèle centré sur les fondamentaux à une école capable également de développer la culture, l’ouverture, l’épanouissement et la personnalité des élèves.

Le risque, selon lui, serait de rester durablement dans un modèle scolaire minimaliste destiné uniquement à « sauver les meubles ».

Repenser les curricula et la gouvernance

Pour améliorer durablement les compétences en lecture, en mathématiques et en sciences, Abderrahmane Lahlou plaide pour une utilisation accrue des évaluations nationales.

Il cite notamment le Programme national d’évaluation des acquis (PNEA) et appelle à renforcer le rôle du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique.

« Il faut donner de la crédibilité et de la respectabilité à ce conseil », estime-t-il, considérant que ses évaluations peuvent fournir des indicateurs adaptés au contexte marocain.

Le consultant défend également une réforme globale plutôt qu’une succession de mesures isolées. Curriculum, recrutement et formation des enseignants, accompagnement des élèves et gouvernance devraient, selon lui, être traités simultanément.

« Les curricula n’ont pas évolué depuis longtemps, il faut les revoir et les repenser », affirme-t-il.

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Vers un nouveau paradigme éducatif ?

Pour Abderrahmane Lahlou, l’enjeu dépasse finalement les résultats d’une enquête internationale. Il s’agit de considérer l’éducation non plus uniquement comme un secteur social, mais comme un levier de développement économique et social.

« Ils sont en train de bâtir le capital humain du Maroc du prochain avenir », résume-t-il, appelant à une mobilisation qui dépasse le seul ministère de l’Éducation.

Il plaide ainsi pour une implication coordonnée de plusieurs départements, notamment ceux chargés des affaires sociales, des finances, de l’équipement et de la culture.

Sa proposition va également plus loin : développer davantage les établissements partenariaux et renforcer la place du secteur privé, tout en améliorant sa régulation.

Selon lui, cette diversification pourrait contribuer à faire émerger de nouveaux modèles de gouvernance éducative.

Au-delà de la controverse sur la pertinence ou non de certains indicateurs de PISA, les résultats de 2025 posent donc une question de fond au Maroc : quel type d’élève l’école souhaite-t-elle former ?

Un élève capable de restituer les connaissances acquises ou un élève capable de les mobiliser, de les croiser et de les appliquer à des situations nouvelles ?

Pour Abderrahmane Lahlou, le changement de paradigme est devenu indispensable. Le véritable défi ne serait donc pas seulement d’améliorer le score du Maroc lors de la prochaine édition de PISA, mais de transformer en profondeur les conditions dans lesquelles les élèves apprennent, raisonnent et développent leurs compétences.

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