Chronique CADENCE
Sabrina El Faiz Publié le 28/08/26 à 10:51
Temps de lecture

Pas d’argent, pas de cadavre

A A A A A

La santé n’a pas de prix… Ah bin si, on est au Maroc quand même, vous pensiez quoi ? Même ça, ça se paie. Et plutôt deux fois qu’une.

Chez nous, le vrai sésame pour ne pas crever sur le trottoir s’appelle le chèque de garantie. Eh oui, on fait encore dans ça, en 2026 ! Le ministre de la Santé a beau répéter devant les députés que c’est illégal, que l’article 75 de la loi 131.13 l’interdit formellement en cas de tiers payant, et que les coupables risquent jusqu’à cinq ans de prison sous l’article 316 du Code de commerce, dans la vraie vie, les cliniques privées s’en tamponnent complètement.

Vous avez une urgence vitale ? Sortez le chéquier. Prenez le secrétaire général du Mouvement Populaire, Mohamed Ouzzine, alors que sa mère était dans un état critique, la clinique a exigé un chèque. Mieux, ils ont demandé d’aller faire légaliser la signature à la commune pendant qu’elle luttait pour sa vie. Alors si lui qui est pourtant connu, disons-le franchement, n’arrive pas à se débarrasser de ces vieilles habitudes, vous et moi, on n’est pas sortis de l’auberge. L’éthique médicale a de beaux jours devant elle.

Pour les distraits qui ont le mauvais goût d’avoir un accident sans leur chéquier, pas de panique, le privé casablancais a inventé le paiement en nature. Suite à un grave accident de la route, la famille d’un jeune homme se retrouve avec une facture de 230.000 dirhams en réanimation. Impossible de payer. Qu’à cela ne tienne, un anesthésiste leur propose une solution d’économie circulaire très simple : céder les organes du patient, comme le cœur, pour effacer la dette et récupérer le corps juste après. C’est d’une poésie morbide absolue. Nous voilà à nous vendre en pièces détachées pour solder l’ardoise ! Mais sérieusement, ne cherchez plus l’enfer, on s’en rapproche !

Et ne croyez pas que passer l’arme à gauche vous libère de vos créanciers. Mourir sans provision, c’est s’exposer à la prise d’otage post-mortem. Plusieurs cliniques et hôpitaux n’hésitent plus à garder les dépouilles au frais tant que la famille n’a pas réglé les comptes. Pas d’argent, pas de cadavre. Le Réseau marocain pour la défense du droit à la santé s’époumone à rappeler que cette séquestration de macchabée viole le Code pénal, mais le business reste le business. Les tribunaux ou les huissiers de justice ? Trop lents. Rien ne vaut une bonne vieille détention de corps pour faire cracher les héritiers.

Alors, un conseil d’ami, si vous sentez une faiblesse cardiaque, commencez par vérifier votre solde.

pub

2 commentaires

  1. On va éviter de mourrir au Maroc… je suis ulcérée d’entendre des choses chaque jour plus atroces dans ce pays. On parle d’Islam, est-ce qu’on respecte la vie et la mort ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire