Subventions aux cliniques privées : de quoi parle le ministre ?
Le ministre de la Santé, Amine Tahraoui, auditionné par la Commission des secteurs sociaux à la Chambre des représentants, mercredi à Rabat, sur la réforme du système de santé © DR
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En l’espace de quelques jours, la question des subventions aux cliniques privées est devenue un symbole des tensions structurelles qui traversent la santé marocaine : déficit de transparence, rivalités entre secteurs et crainte d’une privatisation déguisée de la prise en charge sanitaire. Face à la montée des critiques, les acteurs du secteur ont tenu à réagir publiquement, réfutant toute aide financière et appelant le ministère à publier des preuves concrètes.
« Aucune clinique privée n’a jamais bénéficié de subventions publiques »
Au Parlement, Amine Tahraoui a reconnu les maux du secteur, notamment un manque criant de ressources humaines, des infrastructures hospitalières vétustes, ainsi qu’un déficit chronique de financement et de profondes disparités territoriales. Ce constat intervient alors que le gouvernement tente d’accélérer la réforme du système sanitaire dans le cadre de la généralisation de la protection sociale.
Toutefois, une décision a enflammé la scène médiatique et les représentants du secteur : la suspension des subventions accordées aux cliniques privées. Cette déclaration a immédiatement suscité l’incompréhension, laissant entendre que des fonds publics auraient été alloués à des établissements privés.
Face à ces propos, l’Association nationale des cliniques privées (ANCP) a exprimé, dans une lettre ouverte adressée au ministère, sa profonde surprise. Son président, le professeur Rédouane Samlali, y affirme catégoriquement qu’« aucune clinique privée n’a jamais bénéficié de subventions publiques, ni pour son fonctionnement ni pour ses investissements ». Des propos appuyés par des médecins du privé, qui assurent « qu’ils ne savent tout simplement pas de quoi parle le ministre et que le secteur n’a jamais reçu de quelconques subventions ».
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L’ANCP réclame donc que le ministère publie « la liste intégrale des établissements ayant perçu un quelconque soutien public, ainsi que les montants alloués, afin de mettre un terme définitif aux spéculations ». L’association redoute que cette confusion ne ternisse l’image d’un secteur qui, selon elle, participe activement à la prise en charge des patients marocains et au désengorgement des hôpitaux publics.
Akdital monte au créneau : un modèle d’autofinancement revendiqué
Ce lundi, le groupe Akdital a publié un communiqué dans lequel il tient à clarifier qu’il n’a « jamais bénéficié d’un soutien public ou gouvernemental à l’investissement, ni de manière directe ni indirecte ». Le texte précise que toutes les informations financières d’Akdital sont publiques, consultables auprès de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) et de la Bourse de Casablanca. Coté en bourse depuis 2022, le groupe affirme financer ses projets exclusivement par l’autofinancement, l’emprunt bancaire et les levées de fonds.
Akdital se dit néanmoins conforme à la Charte de l’investissement, ce qui pourrait, en théorie, le rendre éligible à certains dispositifs publics, sans jamais en avoir profité. L’entreprise revendique une contribution citoyenne à la santé nationale, avec plus de 41 établissements répartis dans 24 villes, y compris dans des régions éloignées telles qu’Errachidia, Laâyoune ou Essaouira. Ces investissements, générateurs de milliers d’emplois, s’inscrivent, selon Akdital, dans le cadre de la modernisation du système de santé et de l’équité territoriale dans l’accès aux soins.
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En appelant, à son tour, à la publication de la liste officielle des bénéficiaires de subventions, Akdital rejoint l’ANCP sur un point essentiel : seule une transparence totale permettra de restaurer la confiance du public. Au‑delà des déclarations et des démentis, cette affaire révèle l’urgence de refonder le contrat de confiance entre l’État, les acteurs privés et les citoyens. Le système de santé marocain, confronté à d’importants défis humains et financiers, ne peut se permettre d’être affaibli par des polémiques récurrentes.
Le Maroc s’est engagé dans une réforme historique visant à garantir un accès universel et équitable aux soins. Pour y parvenir, la complémentarité entre le public et le privé est indispensable. Mais cette complémentarité ne pourra s’épanouir que dans un climat de transparence totale et de responsabilité partagée. La polémique des subventions, loin d’être un simple malentendu, agit comme un révélateur : elle souligne à quel point la santé publique marocaine a besoin, non seulement de moyens, mais aussi de clarté et de confiance pour progresser.
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