De l’inventaire carbone à la transition environnementale : la SRM Souss-Massa traduit les engagements climatiques en pratiques institutionnelles

La gouvernance environnementale est désormais l’un des piliers fondamentaux de la gestion des services publics, dans un contexte marqué par les profondes mutations que connaît le monde en matière de climat, d’énergie et de ressources naturelles. Dans cette perspective, le bilan carbone réalisé par la Société régionale multiservices Souss-Massa revêt une importance stratégique. Il traduit une vision institutionnelle qui fait de la connaissance scientifique, de la mesure rigoureuse, de la transparence et de l’amélioration continue les fondements de la prise de décision, tout en témoignant de l’engagement de l’entreprise dans une trajectoire de développement intégrant pleinement la dimension environnementale au cœur de la gouvernance et de la gestion responsable.

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Tribune

Mohammed Tafraouti

Ecologiste marocain, président du Centre perspectives environnementales pour l'information et Développement durable

Temps de lecture : Publié le 28/07/2026 à 14:54
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Cette initiative va bien au-delà de la simple réalisation d’un inventaire des émissions de gaz à effet de serre. Elle constitue un véritable outil stratégique permettant de mieux appréhender l’empreinte environnementale des différentes activités, de disposer d’une base scientifique pour orienter les investissements, optimiser la consommation d’énergie et des ressources, améliorer l’efficacité opérationnelle et accompagner la transition vers une économie sobre en carbone, conformément aux objectifs du développement durable.

Cette réalisation s’inscrit dans un contexte international marqué par une accélération des efforts de décarbonation. Depuis l’Accord de Paris sur le climat et l’adoption des Objectifs de développement durable, la transition vers une économie bas carbone s’est imposée comme un levier essentiel de la lutte contre le changement climatique. Dans le même temps, les institutions publiques et les entreprises privées intègrent de plus en plus les indicateurs de performance environnementale dans leurs dispositifs d’évaluation et de transparence, ceux-ci étant désormais considérés comme des critères majeurs de qualité de la gouvernance et d’efficacité de la gestion.

Au niveau national, cette démarche s’inscrit pleinement dans la vision stratégique du Royaume du Maroc en matière de transition énergétique, dans la Stratégie nationale de développement durable ainsi que dans les engagements climatiques du pays, qui placent la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’amélioration de l’efficacité énergétique au cœur des politiques de développement. Elle illustre également la capacité des établissements publics régionaux à traduire ces orientations en actions concrètes et en projets mesurables et évaluables.

À l’échelle régionale, la région de Souss-Massa fait face à des défis croissants liés au stress hydrique, à l’augmentation de la demande en eau et en énergie ainsi qu’aux effets du changement climatique sur les écosystèmes et les activités économiques. Dans ce contexte, le bilan carbone acquiert une dimension stratégique en fournissant une base scientifique permettant d’élaborer des politiques plus efficaces de gestion des ressources naturelles et de renforcer la capacité des infrastructures à s’adapter aux évolutions climatiques.

Ce projet témoigne également d’une prise de conscience institutionnelle avancée selon laquelle la protection de l’environnement est indissociable de la qualité des services publics. L’eau potable, l’électricité et l’assainissement liquide constituent des services essentiels pour les citoyens, tout en étant des secteurs dont les activités influencent directement la consommation énergétique et les émissions de gaz à effet de serre. L’amélioration de leur performance environnementale représente ainsi un investissement en faveur de la préservation des ressources et de l’amélioration de la qualité de vie.

La Société régionale multiservices Souss-Massa consolide cette orientation en s’appuyant sur une méthodologie scientifique rigoureuse couvrant l’ensemble des sources d’émissions directes et indirectes, conformément à la norme ISO 14064. Les résultats font l’objet d’une vérification indépendante garantissant leur fiabilité, leur traçabilité et leur transparence. Ce choix traduit l’ancrage d’une véritable culture institutionnelle dans laquelle la mesure, l’évaluation et l’amélioration continue constituent les principaux leviers de pilotage de la performance environnementale.

La véritable valeur du bilan carbone réside également dans sa capacité à orienter l’action future. Il a ainsi permis l’élaboration d’une feuille de route de décarbonation fondée sur la maîtrise de la consommation énergétique, le développement des énergies renouvelables, l’amélioration de la performance des infrastructures, l’accélération de la transformation numérique, le renforcement de l’efficacité opérationnelle ainsi que la mobilisation des ressources humaines et des partenaires autour d’une culture de responsabilité environnementale.

Cette initiative revêt une portée plus profonde encore, en illustrant l’évolution du concept même de service public au Maroc. La gouvernance environnementale devient désormais une composante à part entière de la gouvernance administrative et financière, tandis que la performance climatique s’impose progressivement comme un indicateur majeur de la qualité de gestion et de la capacité des institutions à relever les défis de demain. Une gestion efficiente des ressources naturelles, la réduction des émissions et l’investissement dans des solutions durables constituent aujourd’hui les fondements d’institutions plus résilientes et mieux préparées aux mutations mondiales.

Ce projet ouvre ainsi de nouvelles perspectives à la Société régionale multiservices Souss-Massa pour consolider sa position parmi les établissements publics de référence en matière de gestion environnementale. Il démontre que la transition vers une économie bas carbone commence par des initiatives institutionnelles fondées sur la science, portées par les principes de la bonne gouvernance et capables de transformer les engagements internationaux et nationaux en actions concrètes produisant des bénéfices tangibles pour l’environnement, la société et l’économie.

Enfin, le bilan carbone contribue à instaurer une culture institutionnelle où la planification, l’investissement et la prise de décision reposent sur la performance environnementale. Il renforce ainsi la confiance des citoyens, soutient la dynamique du développement durable et traduit une responsabilité collective envers le climat et les générations futures.

Entretien exclusif : « Le bilan carbone reflète une vision institutionnelle qui fait de la performance environnementale une composante de la qualité du service public »

Dans le contexte de cette transformation institutionnelle et afin de concrétiser son engagement en faveur de l’intégration de la dimension environnementale dans la gouvernance des services publics, la Société régionale multiservices Souss-Massa a réalisé son premier bilan carbone couvrant l’ensemble de ses activités dans les secteurs de l’électricité, de l’eau potable et de l’assainissement liquide. Ce projet traduit une vision stratégique fondée sur la rigueur scientifique, la transparence, l’efficacité énergétique et l’alignement sur les orientations nationales et internationales en matière d’action climatique. Afin d’éclairer les enjeux, les objectifs et les perspectives de cette initiative, nous nous sommes entretenus avec M. Mohamed AMERZAG, directeur général de la Société régionale multiservices Souss-Massa.

Question : Que représente le bilan carbone 2025 pour la Société régionale multiservices Souss-Massa ?

Le directeur général :

Le bilan carbone constitue une étape stratégique dans le processus de renforcement de la gouvernance de notre entreprise. Il traduit notre volonté d’intégrer les considérations environnementales et climatiques à tous les niveaux de la gestion et de la prise de décision. La mesure des émissions de gaz à effet de serre nous fournit une base scientifique solide pour mieux comprendre l’impact de nos activités et orienter les investissements vers des projets favorisant une plus grande efficacité énergétique et une meilleure durabilité.

Cette initiative reflète également une prise de conscience croissante selon laquelle la qualité du service public dépend aussi de sa capacité à préserver les ressources naturelles, à réduire les émissions et à offrir des prestations répondant aux exigences du développement durable.

Question : Quelles sont les raisons qui ont conduit l’entreprise à accorder une place aussi importante à la dimension environnementale dans sa stratégie ?

Le directeur général :

L’accélération des changements climatiques impose à toutes les institutions, en particulier aux services publics, d’adapter leurs modes de fonctionnement aux nouveaux défis. Les secteurs de l’eau, de l’électricité et de l’assainissement sont étroitement liés à la consommation d’énergie et à la gestion des ressources naturelles. L’intégration de la dimension environnementale constitue donc un choix stratégique qui renforce l’efficacité de la gestion tout en garantissant la pérennité des services.

Nous considérons que l’investissement en faveur de l’environnement est également un investissement dans la qualité de vie, la sécurité des ressources et la capacité de l’entreprise à relever les défis futurs.

Question : Dans quelle mesure ce projet s’inscrit-il dans les orientations nationales et internationales en matière de climat ?

Le directeur général :

Nous avons veillé à ce que ce projet repose sur les meilleures références internationales, notamment à travers la quantification des émissions conformément à la norme ISO 14064 et la vérification indépendante des résultats selon une méthodologie rigoureuse garantissant leur fiabilité et leur transparence.

Le projet est également pleinement conforme aux engagements du Royaume du Maroc en matière d’action climatique, de transition énergétique et de stratégie nationale de développement durable. Il traduit ces orientations en actions concrètes à l’échelle régionale, renforçant ainsi la contribution de l’entreprise aux objectifs nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de promotion d’une économie bas carbone.

Question : Ce bilan carbone constitue-t-il un simple exercice technique ou une véritable vision de gestion de l’entreprise ?

Le directeur général :

Le bilan carbone est avant tout un outil stratégique de planification et d’aide à la décision, bien plus qu’un simple exercice technique. Il nous permet d’identifier avec précision les sources d’émissions, de hiérarchiser les priorités, d’évaluer l’impact des projets et de mesurer objectivement les résultats des programmes d’efficacité énergétique.

Il fournit également des indicateurs précieux pour améliorer les politiques internes, optimiser la gestion des ressources et renforcer la culture de la performance environnementale au sein de l’entreprise, dans le respect des principes de la bonne gouvernance.

Question : Quelles sont les principales mesures prévues dans votre feuille de route pour la décarbonation ?

Le directeur général :

Notre feuille de route repose sur plusieurs axes complémentaires : l’amélioration de l’efficacité énergétique, le développement du recours aux énergies renouvelables, la modernisation des infrastructures, le renforcement de l’efficacité opérationnelle ainsi que l’intégration de solutions numériques innovantes pour le suivi de la performance environnementale.

Nous accordons également une importance particulière à la formation des ressources humaines, à la diffusion d’une culture de responsabilité environnementale et à l’implication de l’ensemble de nos partenaires, car la réussite de la transition écologique repose sur une mobilisation collective qui dépasse le seul cadre de l’entreprise.

Question : La région de Souss-Massa est confrontée à des défis environnementaux croissants, notamment en matière de ressources en eau. Comment cette situation influence-t-elle les orientations de l’entreprise ?

Le directeur général :

Les spécificités de la région de Souss-Massa confèrent à ce projet une dimension particulière, compte tenu des défis liés au stress hydrique, à l’augmentation de la demande en services essentiels et aux effets du changement climatique.

Dans cette perspective, nous développons des solutions visant à améliorer l’efficacité de l’utilisation des ressources, à réduire la consommation énergétique et à accompagner les efforts de protection des écosystèmes ainsi que de préservation durable des ressources en eau, en cohérence avec la stratégie de développement régional.

Question : Quel rôle attribuez-vous à la transparence dans la réussite de cette démarche ?

Le directeur général :

La transparence constitue l’un des fondements de la gouvernance environnementale. C’est pourquoi nous avons veillé à ce que le bilan carbone repose sur des données traçables et vérifiables, soumises à un processus de contrôle rigoureux conforme aux normes internationales.

Cette approche renforce la confiance de l’ensemble des parties prenantes, fournit des indicateurs objectifs d’évaluation des performances et favorise une amélioration continue, conformément aux meilleures pratiques internationales.

Question : Parallèlement à la réalisation du bilan carbone, l’entreprise met en œuvre un projet stratégique d’extension de la station d’épuration des eaux usées. Dans quelle mesure ce projet illustre-t-il votre engagement en faveur de la transition écologique et de l’économie circulaire ? Quel sera son impact sur la sécurité hydrique et la réduction de l’empreinte carbone ?

Le directeur général :

Le projet d’extension de la station d’épuration constitue l’un des projets stratégiques illustrant l’engagement de l’entreprise en faveur de la transition écologique et de l’économie circulaire. L’installation actuelle dessert une population équivalente à 2,123 millions d’habitants et traite en moyenne 78 000 m³ d’eaux usées par jour. La nouvelle extension ajoutera une capacité équivalente à 1,1 million d’habitants, avec une capacité supplémentaire de traitement de 66 000 m³ par jour.

Grâce à cet investissement, la capacité totale de traitement atteindra 144 000 m³ par jour, permettant d’accompagner la croissance urbaine et démographique, d’améliorer les services d’assainissement et de renforcer la protection des ressources hydriques et des écosystèmes.

L’un des principaux bénéfices du projet réside dans l’augmentation de la production d’eaux usées traitées destinées à la réutilisation, qui passera de 30 000 à 66 000 m³ par jour. Cette évolution réduira la pression exercée sur les ressources en eau conventionnelles et fournira une ressource alternative pour l’irrigation des espaces verts et d’autres usages compatibles avec les principes de l’économie circulaire.

Le projet contribuera également à réduire l’empreinte carbone du secteur de l’assainissement en limitant le recours aux ressources hydriques conventionnelles, en diminuant l’énergie nécessaire au captage et au transport de l’eau, en améliorant les performances du traitement et en préparant l’intégration future de solutions d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables. Il renforcera ainsi la contribution de l’entreprise aux objectifs nationaux du Maroc en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation aux changements climatiques.

L’investissement global s’élève à environ 905 millions de dirhams. La mise en service de l’extension est prévue au cours de l’année 2026, faisant de ce projet un investissement stratégique conciliant sécurité hydrique, protection de l’environnement, amélioration de la qualité des services publics et promotion d’un développement plus durable et plus résilient dans la région de Souss-Massa.

Question : Quel message souhaitez-vous adresser pour conclure cet entretien ?

Le directeur général :

Le monde connaît aujourd’hui une profonde transformation de sa conception du développement. La protection de l’environnement, la gestion rationnelle des ressources et l’action climatique sont devenues des composantes essentielles de la construction de l’avenir.

La Société régionale multiservices Souss-Massa s’inscrit pleinement dans cette dynamique avec un esprit de responsabilité et d’innovation, convaincue que le service public joue un rôle déterminant dans la réalisation du développement durable.

Notre ambition est que ce projet constitue une nouvelle étape vers la construction d’une entreprise plus performante, plus résiliente et plus durable, contribuant à la réalisation des objectifs climatiques du Maroc et faisant de la région de Souss-Massa une référence en matière de gouvernance environnementale, au service des citoyens et des générations futures.

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