Le PJD revient… Benkirane rallume le flambeau après les cendres de 2021
En 2021, le « PJD » était passé de 125 à seulement 13 sièges. Le choc avait été tel que beaucoup y voyaient la fin d’une séquence politique entière. Cinq ans plus tard, les législatives de 2026 ont remis le parti sur le devant de la scène. Avec 54 sièges, selon les résultats provisoires annoncés par le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, le PJD s’installe à la quatrième place.
Le Parti authenticité et modernité (PAM) arrive en tête avec 97 sièges, devant le Rassemblement national des indépendants (RNI), avec 66 sièges, et le Parti de l’Istiqlal, avec 65. Le PJD suit avec 54 sièges.
Le paradoxe est là : le PJD ne retrouve pas sa position dominante d’autrefois, mais il revient dans la compétition depuis une place que, cinq ans plus tôt, beaucoup pensaient définitivement hors de portée.
Et c’est précisément cette évolution qui mérite d’être décryptée. Benkirane, l’homme qui a refusé de laisser le flambeau s’éteindre Il est difficile de comprendre le retour du PJD sans s’arrêter sur Abdelilah Benkirane.
Lorsqu’il reprend les rênes du parti après le traumatisme de 2021, il ne retrouve pas une organisation triomphante attendant simplement le prochain rendez-vous électoral. Il hérite d’un parti affaibli, de militants en perte de confiance et d’une image politique profondément ébranlée.
Benkirane choisit alors de revenir à ce qu’il maîtrise le mieux : le contact direct avec les citoyens.
Meetings, discours populaires, proximité avec les électeurs, communication sans intermédiaires et critique du gouvernement depuis les bancs de l’opposition : autant d’éléments qui lui permettent de redonner au PJD quelque chose qu’il avait largement perdu après 2021 : une présence politique visible.
Les Marocains peuvent être partagés sur Benkirane, sur son expérience gouvernementale ou sur son style politique.
Mais un élément ressort du scrutin de 2026 : il a été l’un des principaux acteurs de la reconstruction de la présence politique du parti.
De la défaite au retour de la confiance
Le paradoxe est que le PJD revient dans la compétition alors qu’il se trouve dans l’opposition. Cette position lui a offert un espace politique très différent.
Le parti n’avait plus à défendre un bilan gouvernemental. Il pouvait désormais questionner l’action de l’exécutif, en critiquer les choix et capitaliser sur les préoccupations qui touchent directement les citoyens dans leur quotidien.
Le chiffre annoncé par le ministère de l’Intérieur est, à cet égard, difficile à ignorer : 54 sièges, contre 13 en 2021.
Le parti a donc récupéré une part importante de sa représentation parlementaire, sans pour autant retrouver son ancienne position de première force électorale. C’est précisément là que réside la portée politique du résultat. L’électeur marocain n’a pas définitivement fermé la porte au PJD. Ce qui, après le séisme électoral de 2021, était loin d’être acquis.
Une victoire de Benkirane ?
Peut-on parler d’une victoire de Benkirane ? Peut-être. Mais réduire le résultat au seul homme serait trop simplificateur.
Le PJD ne se résume pas à Benkirane. Il dispose d’une organisation, de militants, de cadres parlementaires, d’une longue expérience gouvernementale et d’un socle électoral qui, malgré l’effondrement de 2021, n’avait jamais complètement disparu.
Mais Benkirane a joué un rôle difficilement contestable : il a contribué à redonner à la base militante le sentiment que le parti pouvait encore se battre et peser dans le jeu politique.
Il a transformé une défaite qui pouvait apparaître comme une fin en un nouveau point de départ. C’est probablement l’une de ses principales contributions à cette nouvelle étape.
L’électeur n’a pas restauré le passé : il a ouvert une nouvelle page
Le retour du PJD ne signifie pas que les législatives de 2026 ont ramené le Maroc à 2016. Le pays a changé. L’électorat a changé. Les priorités ont changé.
Le vote en faveur du parti ne peut pas être expliqué uniquement par Benkirane, ni même exclusivement par un vote sanction contre le gouvernement.
Certains électeurs ont voté pour un candidat, d’autres pour un parti. Certains ont voulu renforcer l’opposition, d’autres ont exprimé leur lecture du bilan gouvernemental. Mais une réalité politique apparaît clairement : le PJD retrouve l’espace qu’il craignait de perdre définitivement, celui du débat parlementaire et politique national. Il n’est pas en tête cette fois-ci. Mais il n’est plus marginal comme il pouvait sembler l’être après 2021.
Le véritable examen commence maintenant
Le retour au Parlement n’est pas l’aboutissement de la bataille. C’est le début d’une épreuve plus exigeante.
Les 54 sièges obtenus par le parti dans les résultats provisoires ne lui donnent pas, à eux seuls, la capacité de reproduire son passé. Ils lui offrent toutefois une nouvelle tribune politique.
Il lui faudra désormais démontrer que son retour ne constitue pas seulement une réaction à la performance du gouvernement, mais qu’il repose également sur un projet politique capable de se projeter dans l’avenir.
Une question plus difficile encore que celle des élections se pose désormais au PJD : que fera-t-il de ce retour ? Construira-t-il une opposition forte et structurée ? Renouvellera-t-il son discours et ses visages ? Apportera-t-il de nouvelles réponses aux questions économiques, aux services sociaux, aux libertés et à la réforme de l’administration ?
Et surtout, sera-t-il capable de transformer la dynamique portée par Benkirane en une institution politique suffisamment solide pour lui survivre ?
C’est à ces questions que se mesurera la véritable portée du retour de 2026, bien davantage qu’au seul nombre de sièges remportés.
Le flambeau est de nouveau allumé
Il y a cinq ans, les débats autour du PJD portaient essentiellement sur l’ampleur de son effondrement. Aujourd’hui, ils portent sur l’ampleur de son retour.
Entre ces deux moments, Benkirane apparaît comme l’un des personnages centraux de cette histoire : un dirigeant revenu auprès d’un parti meurtri, qui lui a redonné une voix et l’a conduit dans une bataille que beaucoup pensaient réduite à une simple tentative de survie.
Les élections n’effacent pas l’expérience de 2021. Elles n’exonèrent pas non plus le parti du bilan de son propre passage au gouvernement.
Mais elles lui ont accordé quelque chose d’essentiel : une seconde chance.
Benkirane, qui fut une figure majeure de l’ascension du parti avant de devenir également associé à la mémoire de sa chute, se retrouve désormais au cœur du récit de sa reconstruction.
Reste maintenant la véritable question : le PJD est-il revenu pour restaurer son passé… ou pour construire un avenir différent ?
La réponse ne se trouvera pas uniquement dans les urnes. Elle se dessinera désormais au Parlement.
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