SIAM 2026 : l’AgriTech au cœur de la mutation agricole marocaine
L'AgriTech s'impose comme un thème majeur de la 18e édition du Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM) © LeBrief / Ayoub Jouadi
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Dans les allées du SIAM, la montée en puissance de l’AgriTech au Maroc ne relève plus du discours d’intention. Elle prend désormais la forme d’initiatives concrètes, de partenariats structurés et d’outils directement déployés auprès des agriculteurs, des coopératives et des porteurs de projets.
De la coopération maroco-britannique à l’accompagnement de startups régionales, en passant par les solutions numériques présentées par Maroc Telecom, le salon de Meknès a confirmé que la transformation du secteur agricole passe désormais par la donnée, la connectivité, l’ingénierie et l’innovation appliquée.
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L’AgriTech au centre du renforcement du partenariat maroco-brittanique
Cette orientation s’illustre d’abord à travers le renforcement du partenariat agroalimentaire et technologique entre le Maroc et le Royaume-Uni. Présente au SIAM, la délégation britannique a mis en avant des perspectives de coopération qui dépassent le seul cadre commercial.
Lydie Sheehan, attachée régionale pour l’Agriculture, l’Alimentation et les Boissons pour l’Afrique, a souligné l’intensité croissante des échanges entre les deux pays, notamment sur les produits alimentaires, les articles de santé et les produits biologiques.
Cette coopération s’inscrit dans un contexte où les deux pays cherchent à conjuguer leurs atouts respectifs : l’expertise britannique dans la génétique animale et les solutions agri-tech, et le potentiel agricole marocain, confronté à une pression croissante sur l’eau et à des effets de plus en plus marqués du changement climatique. Elle s’appuie sur des savoir-faire technologiques, en particulier dans le domaine de la génétique animale et des solutions agri-tech.
Rob Grinnall, directeur vétérinaire à AgriTech UK, a présenté l’apport de l’expertise britannique dans l’amélioration des performances d’élevage. L’enjeu n’est pas seulement d’accroître les rendements, mais de concevoir des animaux mieux adaptés aux contraintes actuelles : faible consommation d’intrants, meilleure résistance aux maladies et réduction des besoins en ressources.
Dans un pays où l’eau constitue une contrainte majeure pour l’élevage comme pour l’ensemble du secteur agricole, l’intérêt de ces solutions est évident. Des races ovines à croissance rapide, demandant moins d’aliments et moins d’eau, peuvent contribuer à une production plus efficiente.
L’approche génétique présentée au SIAM s’inscrit donc dans une logique d’adaptation. Elle vise à rendre les systèmes d’élevage plus résilients face aux aléas climatiques, tout en répondant aux enjeux sanitaires et à la recherche d’une production mieux sécurisée. L’amélioration de la résistance à certaines maladies, ainsi que le développement de bovins sans cornes, relèvent de cette même logique d’optimisation.
Un vecteur d’entrepreneuriat et de transformation locale
Le SIAM 2026 a également servi de vitrine à l’écosystème universitaire et territorial porté par l’Université Euromed de Fès (UEMF). La cérémonie de clôture du programme « Tamkin Li Tanmia », organisée à Meknès, a mis en lumière les résultats d’un dispositif qui entend faire de l’AgriTech un vecteur d’entrepreneuriat et de transformation locale.
Huit porteurs de projets, parmi les 33 startups accompagnées dans le cadre du programme Tech4Farmers, ont été mis à l’honneur sur le stand dédié de l’Euromed Innovation Center.
Adossé au Pôle régional d’innovation et d’entrepreneuriat AgriTech Fès-Meknès (PRIE), ce programme s’inscrit dans la stratégie nationale Génération Green 2020-2030. Son ambition est d’aller au-delà de la simple incubation de projets. Il cherche à bâtir un véritable écosystème de diffusion du digital et de l’innovation dans l’agriculture, en renforçant les compétences des porteurs de projets, en facilitant l’accès des agriculteurs aux outils numériques et en améliorant la capacité de financement des initiatives naissantes.
Pour l’Agence française de développement (AFD), partenaire du projet, l’enjeu dépasse le seul soutien à des startups. Catherine Bonnaud, directrice de l’agence au Maroc, a insisté sur le fait que l’entrepreneuriat agricole peut devenir un puissant levier de transformation des systèmes agricoles et du développement durable des territoires.
En soutenant ce type de pôle, l’AFD parie sur des écosystèmes où étudiants, chercheurs, entrepreneurs et agriculteurs se rencontrent et co-construisent des réponses aux défis posés par le climat, la productivité et l’accès à l’innovation.
Le président de l’UEMF, Mustapha Bousmina, a, de son côté, mis en avant la portée très concrète du partenariat avec l’AFD. Selon lui, l’appui apporté a donné à de jeunes porteurs de projets les moyens de développer des solutions innovantes, avec un effet direct attendu sur la modernisation de l’agriculture dans la région Fès-Meknès et, au-delà, dans l’ensemble du pays.
L’université entend désormais poursuivre cette dynamique, en cherchant de nouvelles sources de financement pour prolonger le projet et consolider les acquis. Le fait que l’AFD ait également soutenu la mise en place d’une AgriTech dédiée à la lutte contre la raréfaction des pluies montre que la question de l’innovation agricole est de plus en plus liée à celle de l’adaptation climatique.
Le programme Tech4Farmers illustre ainsi le passage d’une logique d’expérimentation à une logique d’accompagnement structuré. Mobilisant 2,7 milliards de dirhams, il a suivi deux cohortes sur 12 mois chacune et couvert l’ensemble du parcours entrepreneurial.
Les chiffres avancés témoignent de l’intensité de l’accompagnement : 60 heures de formation, 20 experts mobilisés, 94 mises en relation et 6.000 heures de coaching. Au-delà des volumes, c’est la nature même du programme qui retient l’attention puisqu’il s’agit d’outiller des projets pour qu’ils puissent grandir dans un secteur où la technicité, la fiabilité des solutions et la capacité d’adoption par les agriculteurs sont décisives.
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Maroc Telecom mise sur la connectivité pour moderniser l’agriculture
Maroc Telecom a, pour sa part, choisi le SIAM 2026 pour présenter un autre visage de l’AgriTech ; celui des infrastructures numériques et des services connectés. En tant que partenaire officiel du salon, l’opérateur a mis en avant des solutions fondées sur l’Internet des objets, l’analyse de données et l’intelligence artificielle. L’idée est de permettre une collecte continue de données agricoles, leur centralisation sur des plateformes sécurisées et leur exploitation pour éclairer les décisions des producteurs.
Concrètement, ces technologies servent à surveiller en temps réel les ressources agricoles, à ajuster l’irrigation selon les besoins des cultures, à mieux gérer l’énergie et à anticiper certains risques.
Au Maroc, où l’eau est devenue l’un des principaux déterminants de la performance agricole, la promesse est forte ; il s’agit de produire plus justement, avec davantage de précision, moins de gaspillage et une meilleure capacité de réaction. L’agriculture de précision, longtemps perçue comme un horizon lointain ou réservé à quelques grandes exploitations, se rapproche ainsi du terrain grâce à la baisse des coûts de certains équipements et à l’extension des réseaux.
Le lancement du « Pack Fellah » par Maroc Telecom s’inscrit dans cette logique de démocratisation. L’offre, pensée pour le monde rural, associe un smartphone accessible et un forfait mobile adapté aux usages agricoles. L’objectif est de réduire la fracture numérique qui continue de séparer de nombreux agriculteurs des usages connectés, alors même que ces outils deviennent essentiels pour accéder à l’information, aux services et aux opportunités de marché.
Sur son stand, l’opérateur a également mis en scène une démonstration des usages de la 5G, des drones intelligents, de l’intelligence artificielle et des « Edge Data Centers » dans l’optimisation des exploitations. Cette mise en avant répond à une conviction de plus en plus partagée où le numérique n’est plus un accessoire du secteur agricole, mais un instrument de pilotage, de compétitivité et de résilience.
Pris ensemble, ces différents signaux montrent que l’AgriTech au Maroc ne se résume plus à une série de démonstrations technologiques présentées dans un salon. Elle s’installe progressivement comme un champ d’action transversal, où se croisent diplomatie économique, recherche, entrepreneuriat, infrastructures numériques et adaptation climatique.
Le SIAM 2026 en a offert une illustration particulièrement nette, celle d’un secteur agricole en quête d’outils capables de concilier productivité, sobriété hydrique, inclusion des jeunes pousses et modernisation des filières.
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