AMO : une avancée sociale qui alourdit la facture des médicaments
Image d'illustration AMO © CNSS
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Selon les données rassemblées et analysées par le Conseil, les dépenses d’origine CNSS ont connu une progression remarquable. En effet, elles sont passées de 1,17 milliard de dirhams en 2014 à 8,28 milliards en 2024, soit une multiplication par sept.
Dans le même temps, le nombre de personnes couvertes par la CNSS a fortement augmenté. Entre 2021 et 2024, la caisse est passée d’environ 8,6 millions d’assurés à 24,7 millions, un bond lié directement aux étapes successives du chantier de généralisation de l’AMO.
Sur le versant des organismes de prévoyance, les dépenses supportées par la CNOPS sont également en hausse, quoique dans des proportions plus modestes : de 1,97 milliard à 3,58 milliards sur la même période. Le total des dépenses remboursées par les gestionnaires de l’AMO (hors médicaments en vente libre) avoisine 11,86 milliards de dirhams pour 2024.
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Comment l’explosion des dépenses s’est-elle produite ?
Plusieurs mécanismes expliquent cette explosion comptable, selon le rapport. D’abord, la multiplication des bénéficiaires fait mécaniquement augmenter la demande et, par conséquent, les volumes consommés et les dépenses.
Ensuite, l’intégration progressive de populations jusque-là couvertes par l’aide publique (RAMED) dans un régime contributif a modifié le profil de consommation : des personnes qui n’accédaient que rarement au système formel commencent à consulter et à se soigner via des prescriptions prises en charge.
Enfin, la structure même du marché (forte dépendance aux importations, concentration des intermédiaires et rigidités réglementaires) amplifie les pressions sur les prix et les coûts de distribution.
Le Conseil attire également l’attention sur l’architecture de la distribution pharmaceutique. En 2024, le marché pèse près de 26 milliards de dirhams et se caractérise par une concentration marquée des acteurs en amont et en aval.
Six grands groupes contrôlent une part écrasante de la distribution en gros, et une part significative des flux transite par un nombre réduit d’opérateurs, principalement situés dans les grands bassins urbains.
Ces caractéristiques structurelles peuvent limiter la pression concurrentielle sur les prix et réduire l’efficacité des marges tout au long de la chaîne (importateurs – répartiteurs – officines). Le Conseil met en garde contre les effets cumulés d’une demande croissante et d’un marché faiblement concurrentiel.
Le rapport identifie aussi des déséquilibres extérieurs. En 2024, les importations pharmaceutiques dépassent 10,6 milliards de dirhams contre environ 1,6 milliard pour les exportations, traduisant un déficit commercial structurel qui pèse sur la dynamique de prix et la résilience du secteur face aux chocs internationaux (taux de change, ruptures d’approvisionnement, hausse des coûts logistiques).
Cette dépendance augmente la vulnérabilité du système de santé à des facteurs exogènes et complique la maîtrise des dépenses publiques dédiées aux remboursements.
Que recommande le Conseil ?
À la lumière de ces constats, le Conseil de la concurrence propose plusieurs pistes d’action destinées à rééquilibrer le marché et à protéger à la fois l’accès aux soins et la viabilité financière du système : réviser en profondeur le mécanisme de fixation des prix et de rémunération des distributeurs, instaurer des systèmes de rémunération mixtes mieux adaptés aux réalités économiques (notamment pour les médicaments coûteux), réduire les délais d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour favoriser la concurrence, renforcer la digitalisation et la transparence des flux, et distinguer clairement le traitement réservé aux produits locaux et aux produits importés. L’objectif affiché est d’améliorer la disponibilité, l’accessibilité et la soutenabilité financière des traitements.
Ces recommandations s’accompagnent d’un constat politique : le chantier de la généralisation de la protection sociale, voulu comme un pilier de l’État social, a des retombées budgétaires massives qu’il faudra piloter finement.
Les autorités publiques, souligne le rapport, doivent anticiper l’évolution de la demande et calibrer les ressources publiques en conséquence, sous peine de voir l’effort d’inclusion sociale perdre de son efficience si les coûts ne sont pas maîtrisés.
Le rapport rappelle enfin la nécessité d’une gouvernance sectorielle renforcée, incluant régulation des prix, contrôle des marges et suivi des pratiques commerciales.
Quel impact pour l’usager ?
À court terme, la généralisation devrait améliorer l’accès aux traitements pour des millions de Marocains qui, auparavant, renonçaient aux soins ou recouraient à des circuits informels. Mais ce bénéfice risque d’être tempéré si l’augmentation des dépenses se traduit par des restrictions d’accès (liste de médicaments remboursables plus limitée) ou par une pression accrue sur les finances publiques qui imposerait des économies. Le rapport du Conseil appelle donc à concilier équité et efficience : protéger les plus fragiles sans pour autant créer des rentes qui alourdissent indéfiniment la facture collective.
Le secteur privé et les officines sont aussi au cœur du débat. Si la demande croissante est une opportunité commerciale, plusieurs pharmaciens et grossistes alertent sur des marges faibles et des tensions de trésorerie, en particulier pour certains établissements de proximité dont la rentabilité est faible.
Le rôle et la rémunération des différents maillons (importateurs, répartiteurs, pharmacies) doivent être repensés pour garantir à la fois un maillage territorial fiable et une distribution sûre et continue des médicaments, selon le Conseil.
Sur le plan comparatif, la dépense annuelle moyenne par personne au Maroc reste, selon les éléments recueillis par le Conseil, bien en deçà de celle de plusieurs pays développés. La dépense par habitant affichait environ 642 dirhams en 2024, contre des niveaux beaucoup plus élevés en Allemagne, en France ou aux États-Unis.
Ce décalage traduit à la fois un usage encore modéré de certains traitements et un potentiel de rattrapage à mesure que l’accès se densifie, ce qui, à son tour, alimente la hausse globale des dépenses. La trajectoire marocaine devra donc être gérée pour éviter l’« inflation » des consommations sans valeur médicale ajoutée.
La généralisation de l’AMO est donc une avancée sociale majeure, mais elle confronte désormais le pays à un défi industriel, économique et réglementaire : comment garantir l’accès effectif aux médicaments sans fragiliser les équilibres financiers des gestionnaires publics ni installer des oligopoles coûteux ? Le Conseil de la concurrence livre un diagnostic précis et des recommandations opérationnelles ; il appartient désormais aux pouvoirs publics, aux caisses gestionnaires et aux acteurs privés de traduire ces propositions en réformes concrètes, au risque, sinon, de voir la facture continuer d’augmenter, au détriment de la capacité du système à protéger les citoyens.
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