Sommet de l’UA : sécurité, climat, diplomatie… comment le Maroc s’impose dans le jeu africain ?

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Union africaineDrapeaux du Maroc et de l'Union africaine © DR

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Réunis à Addis-Abeba pour le 39ᵉ sommet de l’Union africaine, les dirigeants africains ont tenté de répondre à une accumulation de crises sécuritaires, démocratiques et climatiques. Dans ce contexte sous tension, le Maroc, représenté par Aziz Akhannouch, a consolidé son influence continentale, porté par une diplomatie active et une vision panafricaine impulsée par le roi Mohammed VI.

Réunis les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine ont tenu leur 39ᵉ sommet ordinaire dans un climat marqué par l’accumulation de crises sécuritaires, politiques et humanitaires. Du Sahel à l’est de la République démocratique du Congo, en passant par le Soudan, les lignes de fracture du continent se sont imposées au cœur des débats, tout comme la question de la gouvernance démocratique et de la résilience climatique.

Face à ces défis, les dirigeants africains ont tenté de réaffirmer la centralité du multilatéralisme. Présent à Addis-Abeba, le secrétaire général de l’ONU António Guterres a dénoncé une situation « indéfendable en 2026 », rappelant l’absence persistante de l’Afrique parmi les membres permanents du Conseil de sécurité.

Lire aussi : Sommet de l’Union africaine : le Maroc réaffirme son leadership continental

Une nouvelle présidence et des priorités claires

Le sommet a acté la prise de fonction du président burundais Évariste Ndayishimiye à la tête de l’UA pour l’année 2026, succédant à l’Angolais João Lourenço. Pour son mandat, le nouveau président a placé l’accès durable à l’eau et la sécurité hydrique au centre de l’agenda continental, un thème révélateur de l’urgence climatique : plus de 400 millions d’Africains restent privés d’eau potable.

Mais au-delà de l’eau, ce sont surtout les questions sécuritaires qui ont dominé les échanges. La prolifération des groupes armés au Sahel, qualifiée de « plus gros problème » par le président de la Commission de l’UA Mahmoud Ali Youssouf, illustre l’ampleur du défi. L’organisation a réaffirmé sa politique de « tolérance zéro » face aux changements anticonstitutionnels de pouvoir, tout en poursuivant un dialogue prudent avec plusieurs régimes militaires.

Dans cette optique, l’UA a annoncé la création prochaine d’une « plateforme commune » regroupant dix-huit pays autour des enjeux sécuritaires, sans en préciser pour l’instant les contours. Parallèlement, les chefs d’état-major de la Cédéao doivent se réunir à Freetown, fin février, afin d’évaluer leur contribution à la force régionale de lutte antiterroriste.

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Focus sur la colonisation et l’esclavage

L’organisation s’est également dite « déterminée à faire taire les armes ». Si certains conflits ont été peu abordés publiquement, le chef du département Affaires politiques, Paix et Sécurité, Adeoye Bankole, a rappelé l’urgence d’un accès humanitaire élargi et d’une meilleure coordination internationale, notamment pour éviter que la guerre au Soudan ne déstabilise davantage les pays voisins. Face aux critiques visant l’inefficacité du Conseil de paix et de sécurité, il a assuré que celui-ci restait « actif et agile », multipliant les missions de terrain.

Sur l’est de la RDC, Évariste Ndayishimiye a insisté sur l’application stricte des accords de paix, tandis que Mahmoud Ali Youssouf a réaffirmé la volonté de l’UA de piloter elle-même la médiation, sans la déléguer aux partenaires extérieurs.

Enfin, les dirigeants africains ont reconnu la colonisation comme « crime contre l’humanité » et renouvelé leur solidarité avec le peuple palestinien. Dans la foulée, le président ghanéen John Dramani Mahama a annoncé que son pays déposerait, en mars 2026, une résolution à l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies visant à qualifier la traite des esclaves africains de « plus grave crime contre l’humanité ».

Le Maroc, une diplomatie active et assumée

Dans ce contexte tendu, le Maroc a cherché à projeter une image de stabilité et d’engagement panafricain. Représenté par le chef du gouvernement Aziz Akhannouch, le Royaume a réaffirmé sa volonté de contribuer activement à l’action africaine commune.

Moment fort du sommet : l’élection du Maroc pour un troisième mandat au Conseil de paix et de sécurité de l’UA, pour une durée de deux ans. Une décision interprétée comme un signal clair de confiance de la part des États membres, et comme la reconnaissance d’une diplomatie marocaine jugée pragmatique, notamment sur les dossiers sécuritaires.

Rabat défend une approche articulant paix, développement et coopération Sud-Sud. À Addis-Abeba, Aziz Akhannouch a souligné que cette nouvelle élection « traduit la crédibilité du Royaume » et son attachement à des solutions africaines aux problèmes africains.

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Des foyers de crise toujours brûlants

Malgré les appels à l’unité, les perspectives restent assombries par la persistance des conflits. Au Sahel, l’expansion des groupes terroristes continue de fragiliser des États déjà éprouvés. En RDC, les affrontements armés compliquent toute tentative de stabilisation durable. Au Soudan, la guerre civile, entrée dans sa troisième année, a poussé l’UA et l’ONU à réclamer un cessez-le-feu immédiat.

Face à ces situations, l’organisation panafricaine peine encore à imposer des mécanismes efficaces de prévention et de règlement des conflits, notamment en raison de ressources financières limitées et d’une forte dépendance aux partenaires extérieurs.

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Intégration économique et partenariats internationaux

Le sommet a également remis en lumière les lenteurs de la Zone de libre-échange continentale africaine, censée dynamiser le commerce intra-africain. Barrières non tarifaires, infrastructures insuffisantes et tensions politiques freinent encore sa mise en œuvre.

Sur le plan international, la présence de la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, venue promouvoir le « plan Mattei » pour l’Afrique, a ravivé le débat sur la nature des partenariats extérieurs. Plusieurs dirigeants ont insisté sur la nécessité de coopérations équilibrées, respectueuses de la souveraineté africaine.

Dans ce paysage, le Maroc se présente comme un trait d’union entre l’Afrique, l’Europe et le monde arabe, plaidant pour des partenariats gagnant-gagnant, notamment sur les questions migratoires, énergétiques et économiques.

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Une UA à l’épreuve de ses ambitions

À l’issue du sommet, une feuille de route pour accélérer l’Agenda 2063 a été adoptée. Mais les défis demeurent immenses : financements insuffisants, divisions politiques et crises sécuritaires persistantes. Plus que jamais, l’UA est attendue sur sa capacité à traduire ses engagements en actions concrètes.

Pour le Maroc, cette rencontre aura servi de vitrine diplomatique et de levier d’influence. En consolidant sa présence au sein des instances importantes et en multipliant les initiatives sectorielles, le Royaume entend s’affirmer comme un acteur structurant du projet panafricain. Reste à savoir si, collectivement, les États africains parviendront à transformer cette dynamique en avancées tangibles pour les populations du continent.

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