Mais à quoi joue l’Algérie ?
Ahmed Attaf, ministre des Affaires étrangères de l'Algérie © DR
A
A
A
A
Selon Cherkaoui Roudani, l’attitude d’Alger par rapport à la médiation révèle une « ambiguïté que tout observateur sérieux ne peut ignorer ». D’un côté, l’Algérie affirme soutenir une médiation strictement onusienne, de l’autre, elle rejette toute démarche régionale ou bilatérale incluant le Maroc.
Or, rappelle l’expert, « la médiation onusienne ne s’oppose pas à la dynamique régionale, elle en dépend ». Le Conseil de sécurité, dans sa résolution 2797, évoque les « voisins concernés » et les acteurs régionaux, reconnaissant ainsi le rôle structurant du dialogue maghrébin dans tout processus de stabilisation.
Pour Roudani, une dissonance persiste : « On ne peut pas revendiquer le multilatéralisme à New York tout en refusant la discussion à Alger, Rabat ou dans une capitale maghrébine ». Selon lui, le Maroc demeure cohérent : le cadre politique relève de l’ONU, tandis que la stabilité géopolitique s’inscrit dans l’espace maghrébin. En rejetant la médiation régionale au nom du multilatéralisme, l’Algérie élude sa « responsabilité historique dans la stabilité du Maghreb » et fragilise les conditions d’un consensus durable.
Des alliances extérieures qui deviennent un piège stratégique
La diplomatie algérienne s’est appuyée ces dernières années sur des alliances avec la Russie, la Chine et certains pays africains pour tenter d’influer sur le dossier. Pour Cherkaoui Roudani, ces alliances ne posent pas un problème en soi : « L’Algérie est souveraine dans ses choix ». Le point de tension réside plutôt dans la manière dont elles sont utilisées.
L’expert constate qu’Alger mobilise ces partenariats dans une logique de contrepoids destinée à freiner une dynamique onusienne soutenue par les grandes puissances. Une posture qui pourrait placer l’Algérie « en décalage avec la trajectoire du système international », aujourd’hui orientée vers des solutions régionales, pragmatiques et axées sur la stabilité et la connectivité.
La résolution 2797 illustre ce mouvement : absence de l’Algérie lors du vote, abstention — « dans un langage diplomatique favorable au Maroc » — de la Russie et de la Chine. Selon Roudani, s’enfermer dans une ligne rigide revient pour Alger à « adopter une logique de blocage plutôt que de contribution », au risque d’isoler le pays dans un paysage géopolitique en recomposition.
Lire aussi: Sahara : Omar Hilale souligne la portée historique du soutien américain
Le spécialiste estime que l’imposition progressive du plan marocain d’autonomie crée une situation nouvelle à laquelle l’Algérie devra tôt ou tard se repositionner. « Nous sommes déjà dans une réalité où le plan d’autonomie marocain s’impose comme la seule et unique base de règlement politique », rappelle-t-il.
Selon lui, deux options s’offrent désormais à Alger : accompagner la dynamique internationale en devenant un partenaire d’un Maghreb stabilisé, connecté à l’Atlantique, à l’Afrique de l’Ouest et à la Méditerranée ; ou rester en retrait, dans une logique de confrontation coûteuse sur les plans diplomatique, stratégique et financier.
Pour prétendre jouer un rôle dans une éventuelle médiation, l’Algérie devrait d’abord accepter la « réalité consacrée par le Conseil de sécurité » : le paramètre central du règlement n’est plus la contestation de la souveraineté marocaine, mais la mise en œuvre d’une autonomie avancée dans ce cadre. Refuser cette évolution la placerait « en décalage avec la communauté internationale et avec la résolution 2797 ».
Résolution 2797 : un tournant géopolitique majeur
Pour Roudani, la résolution 2797 marque « un cap irréversible ». Elle clarifie la doctrine onusienne en privilégiant une solution réaliste, pragmatique et durable, fondée sur l’autonomie sous souveraineté marocaine. La logique du référendum relève désormais « du passé diplomatique ».
Cette évolution crée ce que l’expert décrit comme un « choc narratif » pour Alger, longtemps attachée à présenter le dossier comme un « processus inachevé de décolonisation ». Pourtant, la pratique onusienne, les positions des grandes puissances et le droit international ont dépassé cette lecture, recentrant le dossier sur les enjeux régionaux et géopolitiques.
L’Algérie se retrouve ainsi face à deux options : maintenir une interprétation figée ou s’aligner sur la dynamique internationale, qui appelle Alger et le Polisario à négocier sur l’unique base retenue, le plan d’autonomie.
Lire aussi: Sahara : l’ONU attend la nouvelle version du plan d’autonomie marocain
La rupture des relations diplomatiques en 2021, présentée par Alger comme un acte de fermeté, apparaît plutôt comme un handicap stratégique. En coupant tout canal officiel avec Rabat, l’Algérie s’est privée d’un outil essentiel au moment même où la communauté internationale insiste sur la responsabilité des acteurs régionaux.
Cette posture crée un paradoxe : « D’un côté, l’Algérie revendique un rôle central dans le dossier. De l’autre, elle ferme la porte au pays qui en constitue le cœur, le Maroc », souligne Roudani.
Pendant ce temps, le Maroc a poursuivi sa trajectoire : nouvelles reconnaissances, investissements renforcés dans les provinces du Sud et consolidation de partenariats stratégiques. Pour Alger, les coûts apparaissent plus élevés : paralysie du Maghreb, absence d’avancées régionales et image d’acteur de blocage plutôt que de médiation.
Selon Cherkaoui Roudani, l’avenir du Maghreb dépendra de la capacité de l’Algérie à comprendre que « la véritable bataille n’est plus territoriale, mais géoéconomique et régionale ». Infrastructures, énergie, intégration et sécurité constituent désormais les enjeux centraux. Dans cette configuration, le Maroc pourrait apparaître non comme un rival, mais comme un « partenaire naturel ».
L’expert rappelle que la main du Maroc reste tendue, comme l’a souligné le roi Mohammed VI dans son discours du 31 octobre, appelant à dépasser les « vicissitudes du passé » pour bâtir un avenir commun.
Le roi Mohammed VI présidera, vendredi 9 octobre 2026, l’ouverture de la première session de la première année législative de la 12e Législature, au siège du Parlement à Rabat.
Rédaction LeBrief - 8 octobre 2026L’ANME a annoncé la tenue de son assemblée générale ordinaire le 27 octobre 2026, à l’issue d’une réunion de son bureau exécutif organisée mercredi 7 octobre.
Rédaction LeBrief - 8 octobre 2026Le PPS confie à son bureau politique la gestion des consultations pour former le gouvernement, sous conditions politiques et programmatiques claires.
Rédaction LeBrief - 7 octobre 2026L’USFP valide une participation au prochain gouvernement, sous réserve de l’approbation de son Conseil national prévu samedi 10 octobre à Rabat.
Mouna Aghlal - 7 octobre 2026Le Comité central du PPS mandate son bureau politique pour poursuivre les consultations gouvernementales, sous conditions politiques et programmatiques clairement définies.
Wissal Bendardka - 6 octobre 2026La nouvelle cheffe du gouvernement Fatima Ezzahra El Mansouri dispose de 14 jours pour ajuster le PLF 2027 avant son dépôt au Parlement, fixé au 20 octobre.
Wissal Bendardka - 6 octobre 2026Politique - Le gouvernement fait le point sur la réforme de l'enseignement supérieur et son impact sur la recherche scientifique.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique - Le prince héritier Moulay El Hassan est nommé coordinateur des bureaux et services de l’État-Major Général des FAR par le roi Mohammed VI.
Ilyasse Rhamir - 2 mai 2026Politique - Le Conseil de gouvernement approuve des décrets sur la pêche continentale et les OPCVM pour une meilleure organisation sectorielle.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique - Le CCG réaffirme son appui à la marocanité du Sahara lors de la 8e réunion ministérielle conjointe.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique – Comment la télémédecine transforme l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales ou enclavées ?
Sabrina El Faiz - 12 mars 2026Élections législatives 2026 : suivez en direct le vote, la participation, les principaux faits de la journée et l’annonce des résultats.
Ilyasse Rhamir - 23 septembre 2026