Unoc3 : le futur des océans se décide à Nice
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L’océan, recouvrant 70% de la surface terrestre et abritant 80% de la biodiversité connue, joue un rôle essentiel dans la régulation climatique, la sécurité alimentaire et la création d’emplois. Pourtant, depuis l’irruption de l’ère industrielle, ses écosystèmes sont soumis à des pressions croissantes : surpêche, pollutions plastiques et chimiques, réchauffement et acidification. Face à cette dégradation accélérée, la France et le Costa Rica organisent la troisième Unoc pour réorienter la trajectoire mondiale et galvaniser les acteurs autour des solutions écologiques et économiques pour le monde marin.
Objectifs et enjeux de l’Unoc3
La troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc3) vise à accélérer la mise en œuvre de l’ODD 14, adopté en 2015, qui fixe des cibles concrètes comme l’élimination des subventions néfastes à la pêche, la réduction de la pollution marine, la protection de la haute mer, et la lutte contre la pêche illégale. Malgré les engagements initiaux (suppression des subventions d’ici à 2020 et réduction de la pollution d’ici à 2025), peu de progrès concrets sont observés, avec le recyclage stagnant autour de 10% et la pollution plastique en forte progression.
L’un des volets importants de l’Unoc3 est la ratification du traité BBNJ (sur la biodiversité en haute mer). Adopté en 2023, il doit atteindre 60 ratifications pour entrer en vigueur. À Nice, la France a annoncé que ce seuil serait dépassé dans les semaines suivantes, ouvrant ainsi la voie à son activation en septembre, un signal fort pour une gouvernance océanique multilatérale renforcée.
Les grandes priorités diplomatiques
Les participants sont attendus sur des engagements concrets autour du traité sur la pollution plastique (avec un accord final prévu en août à Genève), le moratoire sur l’exploitation des fonds marins et la fin des subventions à la surpêche. Le but est de créer une dynamique pour l’économie bleue durable, en impliquant industries et communautés locales.
Le Forum économique mondial estime qu’il faut 175 milliards de dollars par an pour réaliser l’ODD 14. Actuellement, seulement 25 milliards y sont consacrés. Le Costa Rica a lancé un appel à 100 milliards de nouveaux financements publics et privés, mais la France insiste que l’Unoc3 n’est pas avant tout un moulin à financement, mais un moment politique et diplomatique structurant.
Acteurs et dynamique : le multilatéralisme à l’œuvre
Au-delà des États, l’Unoc3 réunit scientifiques, ONG, secteur privé, populations autochtones, communautés locales… L’édition 2025 repose sur un One Ocean Science Congress, un forum économique à Monaco, des ateliers portuaires et des mobilisations citoyennes comme la Marche bleue à Nice. Ces interactions visent à créer un langage commun et des coalitions durables entre acteurs.
Avec 10.000 participants, 167 pays et 60 chefs d’État présents (notamment la Chine, les États-Unis représentés par un adjoint à l’environnement), la France entend faire de l’Unoc3 « l’Accord de Paris de l’océan ». Si les États-Unis n’envoient pas de représentant de haut niveau, Emmanuel Macron a rappelé l’importance de concentrer l’élan diplomatique, même sans participation américaine directe.
Focus sur l’Afrique et la vision marocaine
Lors du sommet « L’Afrique pour l’Océan », la princesse Lalla Hasnaa a lu un message du roi Mohammed VI réaffirmant que l’océan est un levier de souveraineté alimentaire, résilience climatique, sécurité énergétique et cohésion territoriales. Le Souverain a insisté sur l’importance de l’économie bleue (aquaculture, énergies renouvelables offshore, biotechnologies, tourisme responsable) et de la cohésion Sud‑Sud et régionale pour valoriser les littoraux africains.
Le Roi appelle à une vision africaine commune pour la mer, à une meilleure sécurisation des routes maritimes, au partage des chaînes de valeur, et à un dialogue stratégique autour de l’Initiative des États Africains Atlantiques, incluant un corridor énergétique (gazoduc). Le message est que l’Afrique doit parler d’une seule voix sur la scène océanique mondiale.
Une feuille de route pour l’avenir
L’Unoc3 clôturera ses travaux avec une déclaration diplomatique consensuelle (faible en obligations, mais précieuse symboliquement) accompagnée du Plan d’action de Nice, un inventaire d’engagements volontaires renforcés. Si Greenpeace critique certaines omissions (absence de mention explicite du moratoire BBNJ ou de réduction du plastique), le plan d’action offre une base concrète pour tenir les gouvernements responsables.
L’UE débloque 300 millions d’euros pour préserver les océans
L’Unoc3 se veut tremplin vers la COP30 au Brésil (novembre 2025), intégrant l’océan dans les dynamiques climat, biodiversité, désertification et pollution plastique. Le succès se mesurera à la mise en œuvre des engagements, à l’entrée en vigueur du traité BBNJ et à l’accélération du financement bleu. Comme l’affirme Olivier Poivre d’Arvor, si le BBNJ entre en vigueur, cela marquera « l’acte d’un multilatéralisme océanique crédible ».
Si l’Unoc3 ne produira peut‑être pas d’accord contraignant, elle aura le mérite de poser un jalon politique fort et de renforcer les coalitions entre États, scientifiques, ONG et secteurs privés. L’enjeu est d’agir maintenant, pour que les mots sur la mer ne restent pas seulement des mots.
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