Un « IA-uscrit » plutôt qu’un manuscrit : le pari d’un nouveau prix littéraire
Livre ; image d'illustration ©DR
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Ouvert le 20 octobre, le Prix Pascal se présente comme le premier concours littéraire consacré aux œuvres de fiction coécrites avec une intelligence artificielle. L’initiative est portée par trois entrepreneurs, Philippe Rodriguez, Albin Serviant et Gilles Mentré.
Le concours s’adresse à toute personne, sans condition de nationalité, de résidence ou d’expérience professionnelle, à condition de proposer une œuvre inédite en français. Les candidats doivent soumettre un manuscrit de 300.000 signes au maximum, accompagné d’un résumé de leur projet et d’un dossier technique précisant les outils utilisés, les modèles d’IA et les consignes (prompts) ayant participé à l’écriture.
ChatGPT, Claude, Gemini, Mistral ou encore LLaMA sont notamment acceptés. L’utilisation de ces outils doit être déclarée, mais le concours ne cherche pas à récompenser une technologie en particulier : il entend juger avant tout la qualité du texte.
Les organisateurs imposent une exigence de fond. Les œuvres doivent contribuer à un enjeu écologique, social ou éthique, en proposant une approche originale, en alertant sur un problème ou en apportant une piste de réponse.
Dix finalistes doivent être retenus avant la désignation du lauréat, attendue début décembre. Celui-ci bénéficiera d’une publication et d’une campagne de visibilité médiatique. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 30 novembre.
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Le scandale du Goncourt en toile de fond
Le lancement intervient dans un contexte tendu pour l’édition française. En septembre, le roman C’était ça ou mourir, de l’auteur haïtiano-canadien Thélyson Orélien, avait été retiré de la course au prix Goncourt après des accusations concernant le recours à l’intelligence artificielle.
Le livre avait auparavant remporté le prix du roman Fnac. Après plusieurs démentis de l’auteur, son éditeur canadien, Boréal, a finalement confirmé que l’IA avait été utilisée dans le processus d’écriture, avant d’annoncer la fin de sa collaboration avec lui.
Cette affaire a ravivé les interrogations sur les limites acceptables de l’assistance algorithmique dans la littérature. Faut-il distinguer un auteur qui utilise l’IA pour effectuer des recherches ou retravailler un passage de celui qui lui délègue une grande partie de la rédaction ? Et comment établir cette distinction de manière fiable ?
Le Prix Pascal prend une direction différente : plutôt que de chercher à écarter les textes ayant recours à l’IA, il en fait le principe même de son concours. La déclaration des outils et des méthodes d’écriture doit permettre au jury d’examiner les œuvres en connaissance de cause.
Qui est l’auteur quand la machine participe à l’écriture ?
Cette initiative ne règle toutefois pas la question centrale : qu’est-ce qui fait la valeur littéraire d’un texte lorsque sa production repose en partie sur une intelligence artificielle ?
Le règlement prévoit une évaluation esthétique, narrative et stylistique des manuscrits. Mais même si le résultat est jugé convaincant, la contribution respective de l’humain et de la machine reste déterminante pour comprendre la nature de l’œuvre. Une IA peut générer des phrases, proposer une intrigue ou imiter un style ; cela ne suffit pas, à lui seul, à établir l’originalité littéraire du résultat.
La question est également juridique. En France, le droit d’auteur protège les créations originales portant l’empreinte de la personnalité de leur auteur humain. Un texte entièrement généré par une IA ne bénéficie donc pas automatiquement de la même protection qu’une œuvre humaine. La place exacte de l’intervention humaine peut devenir déterminante.
En revendiquant la coécriture humain-machine, le Prix Pascal ouvre ainsi un débat qui dépasse la seule compétition littéraire. Il reste à voir si son jury parviendra à distinguer une véritable démarche de création d’un texte simplement produit à l’aide d’un modèle de langage. Car déclarer l’utilisation de l’IA apporte de la transparence, mais ne garantit ni l’originalité ni la qualité d’un roman.
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