Un spectacle de Tbourida suffirait à expliquer au monde entier que le cheval occupe une place à part au Maroc. Il y a le bruit des sabots, les cavaliers en tenue traditionnelle, la poudre qui éclate et tout un public qui retient son souffle. Cette image, on la connaît depuis notre plus tendre enfance. Ce qu’on connaît moins, c’est les coulisses du secteur avec des éleveurs, des soigneurs, des emplois, des investissements et une filière qui pèse aujourd’hui 8 milliards de dirhams et fait vivre plus de 30.000 personnes. Et pendant que certains perpétuent des gestes transmis depuis des générations, d’autres misent sur l’intelligence artificielle et les équipements de pointe. Le cheval marocain a beau avoir une longue histoire derrière lui, son avenir est déjà en train de s’écrire.

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C’est tout de même fou cet amour qu’ont certaines tribus pour leurs chevaux. « Je serais prête à les nourrir avant moi s’il le faut », nous déclare Malika à la tête d’une sorba de l’Oudaya, dans la région de Rabat-Témara. Le cheval occupe une place particulière au Maroc, en particulier le Barbe. Cette race, profondément ancrée dans l’histoire de l’Afrique du Nord, est connue pour son endurance, sa rusticité et son pied sûr. Pendant des siècles, ce cheval a accompagné les hommes sur des terrains difficiles, porté des cavaliers au combat et traversé les époques sans perdre sa place dans la vie du Royaume.

On le reconnaît à sa tête au profil droit ou légèrement bombé, son encolure puissante et ses membres secs. Vif au travail, tout en restant docile, il a aussi marqué l’histoire du cheval bien au-delà des frontières marocaines. A partir du XIVe siècle, des chevaux nord-africains sont exportés vers l’Europe, notamment depuis Tanger. Ils rejoignent les écuries royales et contribuent, au fil des croisements, à façonner plusieurs lignées. Le Godolphin Barb, l’un des trois étalons fondateurs du Pur-Sang anglais, reste l’exemple le plus célèbre de cette influence.

Cette histoire se retrouve aussi dans les relations diplomatiques. Offrir un cheval, ce n’est pas simplement faire cadeau d’un animal, c’est transmettre un symbole de prestige, de puissance et de savoir-faire. Des présents envoyés aux cours européennes aux dons diplomatiques plus récents, le cheval a longtemps servi d’ambassadeur au Maroc.

La Tbourida : art équestre traditionnel et ferveur tribale

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Spectacle de Tbourida lors du Salon du Cheval 2026 © Ayoub Jouadi / LeBrief

C’est sans doute dans la Tbourida que le lien entre le Maroc et le cheval se voit le mieux. Quand les cavaliers s’élancent côte à côte, que les chevaux accélèrent et que les coups de feu partent dans un même mouvement, tout se joue en quelques secondes. Il faut de la maîtrise, beaucoup d’entraînement et une confiance absolue entre le cavalier et sa monture. Le moindre décalage suffit à briser l’ensemble.

Ce spectacle, que les Marocains retrouvent lors des moussems, des fêtes populaires, du Salon du cheval, est un art qui se transmet de génération en génération. Le 15 décembre 2021, l’UNESCO l’a d’ailleurs inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, consacrant une pratique profondément ancrée dans l’histoire du Royaume.

Une véritable reconnaissance car une sorba, menée par son moqaddem, ne se prépare pas en un jour. « Il faut entraîner les chevaux, entretenir les selles, préparer les tenues, soigner chaque détail… » nous explique Malika. La Tbourida fait ainsi vivre tout un monde d’artisans : selliers, brodeurs, ferronniers et spécialistes des équipements équestres. Les selles travaillées, les ornements et les vêtements traditionnels participent à l’identité de chaque troupe et témoignent de savoir-faire qui a traversé les siècles.

Du Gharb aux Doukkala, du Tadla à l’Oriental et au Souss, la Tbourida rassemble des cavaliers venus de différentes régions, avec leurs habitudes, leurs chevaux et leurs traditions. Les moussems restent des rendez-vous incontournables, où l’on vient autant pour le spectacle que pour retrouver une part de son histoire. La discipline a aussi son versant compétitif, avec notamment le « Grand Prix de Sa Majesté le Roi Mohammed VI de Tbourida ». Une autre manière de faire vivre cette tradition, sans lui faire perdre ce qui la rend si particulière : cette poignée de secondes où tout doit tomber juste, jusqu’au dernier coup de baroud.

Une machine à 8 milliards de dirhams au service du monde rural

Mais le cheval marocain, ce n’est pas seulement une histoire de tradition et de belles images. C’est aussi une économie qui fait vivre du monde, beaucoup de monde. Selon les chiffres de la Société royale d’encouragement du cheval (SOREC) et du ministère de l’Agriculture, la filière représente quelque 30.000 emplois directs et indirects et génère 8 milliards de dirhams de retombées économiques, soit environ 0,6% du PIB national.

Avant de s’arrêter sur ces chiffres, attardons-nous sur les éleveurs qui attendent parfois des mois avant de voir naître un poulain, sur les soigneurs qui s’occupent des chevaux au quotidien, sur les artisans qui fabriquent selles et équipements, sur les entraîneurs, sur les vétérinaires et toute une chaîne de métiers qui dépend, de près ou de loin, de l’animal. Le Royaume compte près de 1,7 million d’équidés, tandis que plus de 2.500 éleveurs sont directement engagés dans cette activité. Autant dire que le cheval ne fait pas seulement partie du décor, il fait aussi tourner une économie, avec ses emplois, ses dépenses et ses contraintes.

Pour accompagner tout ce petit monde, il y a un acteur incontournable : la SOREC. Créée en 2003 et placée sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, elle pilote depuis 2011 la stratégie nationale du secteur équestre. Son travail ne se limite pas aux courses et aux hippodromes. Elle intervient aussi auprès des éleveurs, participe à l’amélioration des races, organise les courses et les jeux hippiques et assure le développement des infrastructures dédiées au cheval.

En gros, elle suit une bonne partie de la chaîne, de l’élevage jusqu’aux pistes, en passant par la formation et l’accompagnement des professionnels. Un rôle qui prend tout son sens quand on sait que derrière chaque cheval engagé dans une compétition, il y a des années de travail, des soins, de l’alimentation et des investissements que le public ne voit pas forcément.

Filière équestre ou les 8 milliards au galop
Art équestre au Salon du Cheval 2026 © Ayoub Jouadi/LeBrief

Et ces dernières années, la facture a plutôt tendance à grimper. Avec la sécheresse et la hausse du prix des aliments pour bétail, élever un cheval coûte plus cher. Il faut le nourrir, le soigner, entretenir son lieu de vie et continuer à investir, même lorsque les conditions sont moins favorables. Pour les éleveurs, particulièrement dans le monde rural, ces dépenses peuvent vite devenir difficiles à absorber. Un poulain ne grandit pas en quelques semaines et un élevage ne peut pas se mettre en pause en attendant que les prix baissent.

C’est dans ce contexte que la SOREC a renforcé son accompagnement, notamment avec un programme de subvention de l’aliment composé granulé lancé en juin 2022. Cette aide vient s’ajouter aux primes à la naissance, aux aides accordées aux naisseurs et à la gratuité de la saillie dans les haras nationaux. L’idée est de donner un peu d’air aux éleveurs, tout en les encourageant à poursuivre leur activité.

Les premiers chiffres témoignent d’une progression de l’élevage. Sur les cinq principales races suivies par la filière (Barbe, Arabe-Barbe, Pur-sang arabe, Pur-sang anglais et Anglo-Arabe), le nombre de naissances annuelles a augmenté de plus de 28%. Depuis 2011, les effectifs de chevaux Barbe ont, eux, progressé de plus de 50%. Ce regain est important pour une race qui occupe une place particulière dans l’histoire équestre du Maroc. Mais faire naître davantage de chevaux ne suffit pas, encore faut-il assurer leur suivi, accompagner les éleveurs et leur permettre de valoriser leur travail. Car préserver une race, c’est aussi maintenir les conditions économiques qui permettent de continuer à l’élever.

C’est justement l’un des objectifs du contrat-programme 2024-2030 signé entre la SOREC et l’Etat. Un milliard de dirhams doit être mobilisé sur la période, dont 68% financés directement par l’Etat. Deux axes sont particulièrement ciblés : le développement des races Barbe et Arabe-Barbe, d’un côté, et la structuration de la filière Tbourida, de l’autre.

Il ne s’agit donc pas seulement de préserver des chevaux, mais aussi de soutenir tout ce qui les entoure : les élevages, les professionnels, les savoir-faire et les troupes qui font vivre la tradition. Le défi sera de transformer ces engagements en résultats durables sur le terrain, notamment pour les éleveurs qui doivent composer chaque jour avec le coût de l’alimentation, les contraintes climatiques et les dépenses liées à leurs animaux.

Le cheval pourrait également trouver de nouveaux débouchés loin des élevages et des hippodromes. Une convention de trois ans entre la SOREC et l’Agence nationale des eaux et forêts prévoit de développer le tourisme équestre écologique dans les parcs nationaux et les zones protégées du Royaume. Au fond, l’idée a de quoi séduire : découvrir les paysages marocains à cheval, proposer de nouvelles expériences aux visiteurs et créer des activités supplémentaires pour les professionnels. Le tourisme équestre pourrait ainsi rapprocher deux univers qui ont beaucoup à gagner à travailler ensemble, celui du cheval et celui de la découverte des territoires. Encore faut-il que cette ambition se traduise par des offres concrètes, bien encadrées et, surtout… accessibles !

Car si l’équitation reste une activité qui fait rêver, son coût peut rapidement la mettre hors de portée d’une partie du public. Pour que le projet profite réellement aux territoires, il faudra donc penser à la fois aux infrastructures, aux itinéraires, à la formation des accompagnateurs et au prix proposé aux visiteurs.

Les courses hippiques, elles aussi, font tourner la machine. « Chaque année, le Maroc organise plus de 2.000 courses hippiques sur ses sept hippodromes, de Casablanca à Marrakech, en passant par Rabat, Meknès ou El Jadida », explique le Dr El Habib Marzak, commissaire du Salon du Cheval d’El Jadida, à LeBrief. Plus de 4.000 chevaux prennent part aux compétitions.

Derrière chaque rendez-vous, il y a des entraîneurs, des jockeys, des soigneurs, des propriétaires et des éleveurs qui espèrent voir leur travail récompensé. Une course est évidemment un spectacle, mais c’est aussi un débouché pour les chevaux et une occasion de mesurer leur niveau. Pour les élevages, les performances en piste peuvent contribuer à donner de la valeur à certaines lignées et à faire connaître le travail accompli au fil des générations. C’est aussi ce qui permet à la filière de maintenir une activité régulière, au-delà des grands rendez-vous comme le Salon du Cheval.

Et le circuit marocain ne s’arrête plus aux frontières du Royaume. Les paris sur 18 courses marocaines de Pur-sang anglais sont proposés sur le marché européen, tandis que l’hippodrome Casa-Anfa accueille le Meeting international du Maroc. Cette ouverture donne davantage de visibilité aux courses organisées dans le pays et permet de les inscrire dans un environnement hippique plus large. Elle témoigne aussi des ambitions de la filière, qui cherche à faire reconnaître ses compétitions et à attirer l’attention de professionnels étrangers.

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Synthèse des indicateurs clefs de la filière équine marocaine © LeBrief

Les haras nationaux et l’INC

Un cheval ne s’élève pas, ne se soigne pas et ne se prépare pas à une compétition tout seul. Derrière lui, il y a des métiers parfois méconnus, qui demandent de la technique, de la patience et un vrai savoir-faire. C’est justement pour former ces professionnels que « l’Institut national du cheval Prince Héritier Moulay El Hassan » a vu le jour à Rabat.

Créé par l’OFPPT sur instructions royales, l’établissement a été inauguré le 23 septembre 2013 par le prince héritier Moulay El Hassan. Avec ses près de 73.000 m² et un investissement de 187,7 millions de dirhams, il a été pensé comme un centre de référence pour les métiers du cheval, au Maroc comme à l’échelle africaine. L’institut peut accueillir jusqu’à 650 apprenants et propose plusieurs formations spécialisées, de la maréchalerie à la sellerie, en passant par l’hippologie, l’entraînement et la cavalerie.

Sur place, les élèves disposent d’ateliers, de salles informatiques, de laboratoires de langues, mais aussi de carrières et de manèges pour se former au plus près des réalités du métier. L’institut accueille également des manifestations sportives et artistiques. Une façon de faire vivre les lieux au-delà des cours et de rapprocher les futurs professionnels du monde équestre.

A Marrakech, la formation passe aussi par la voie des arts équestres. Le haras national, fondé en 1913 pour fournir des montures à la cavalerie militaire, a changé de visage au fil des décennies. Passé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture en 1947, il a été entièrement reconstruit et modernisé entre 2009 et 2014 par la SOREC. Aujourd’hui spécialisé dans les races Barbe et Arabe-Barbe, il abrite environ 55 étalons reproducteurs et coordonne neuf stations de monte régionales.

Depuis 2011, le haras abrite également l’Ecole nationale des arts équestres du Maroc. Les élèves y suivent trois années de formation, avec une première année commune puis deux années de spécialisation en voltige en cercle, voltige en ligne ou dressage en liberté. Des disciplines qui demandent autant de maîtrise technique que de confiance entre l’artiste et le cheval.

Ce qui rend cette école particulièrement intéressante, c’est aussi son travail avec l’Association marocaine d’aide aux enfants en situation précaire (AMESIP). Le projet permet à des jeunes issus de milieux défavorisés, dont certains ont été repérés sur la place Jemaa El Fna, de se former aux arts équestres et d’envisager un autre avenir professionnel.

Le Maroc compte cinq haras nationaux, à Bouznika, El Jadida, Marrakech, Meknès et Oujda, gérés par la SOREC. Avec leurs 45 stations de monte, ils assurent un travail de proximité auprès des éleveurs, notamment dans les zones rurales. Sélection des reproducteurs, accompagnement technique, caravanes de sensibilisation et journées consacrées à l’élevage.

Car préserver le cheval marocain ne consiste pas seulement à conserver des races ou à entretenir des traditions. Il faut aussi transmettre les gestes, former la relève et permettre aux éleveurs de poursuivre leur travail. C’est à cette condition que le patrimoine équestre pourra continuer à vivre, bien au-delà des pistes et des spectacles.

L’intelligence artificielle et l’IoT dans les écuries

Le cheval a beau être associé à des traditions qui traversent les siècles, la filière, elle, regarde aussi vers l’avenir. Et celui-ci passe de plus en plus par le numérique. C’est ce qu’a montré la troisième édition du Digital Horse Day, organisée en marge du Salon du cheval d’El Jadida par le pôle digital du ministère de l’Agriculture, dirigé par Loubna El Mansouri, en partenariat avec la SOREC, dirigée par Omar Skalli. Derrière les démonstrations technologiques, une idée assez simple : mieux connaître les chevaux, suivre leur état de santé, faciliter le travail des équipes et éviter les pertes. Bref, faire entrer les écuries dans une nouvelle façon de travailler.

Parmi les outils présentés, l’ERP Equin s’attaque à un problème très concret : la gestion quotidienne des haras. Reproduction, soins vétérinaires, alimentation, entraînement, stocks… toutes ces informations peuvent être regroupées sur une même plateforme. Les équipes disposent ainsi d’une vue d’ensemble et passent moins de temps à jongler entre les suivis et les inventaires. Déployée dans des haras pilotes à Bouznika et El Jadida, la solution affiche, selon les premiers bilans d’exploitation sur 18 à 24 mois, une baisse de 30% des coûts et des efforts de gestion, ainsi qu’une réduction de 20% des pertes de stock.

Le numérique ne sert pas uniquement à mieux gérer les écuries. Il peut aussi aider à surveiller les chevaux eux-mêmes. C’est le principe d’E-Horse, un dispositif reposant sur des capteurs qui permettent de suivre en temps réel plusieurs paramètres, comme la fréquence cardiaque, la respiration, la température corporelle ou encore les mouvements du cheval et de sa selle. L’intérêt est de repérer plus rapidement certains signes inhabituels et de mieux anticiper les problèmes de santé. Pour les professionnels, ces données viennent compléter l’observation quotidienne, sans remplacer le regard de ceux qui connaissent leurs animaux.

Autre outil présenté, MotionXpert s’intéresse au duo formé par le cavalier et sa monture. Grâce à des capteurs de mouvement, la technologie analyse leur posture et fournit un retour vocal en temps réel pour accompagner l’apprentissage. L’objectif est d’aider à corriger certains gestes et à améliorer la coordination, avec des applications possibles dans l’entraînement comme dans la performance sportive.

Mais cette petite révolution numérique ne se limite pas aux professionnels. Au Salon du cheval, les enfants ont aussi droit à leur version de la technologie. Dans le Village enfants, une animation en réalité augmentée leur permet de colorier un cheval sur une feuille, puis de le voir prendre vie en trois dimensions dans un univers virtuel. Une manière ludique de faire découvrir le monde équestre aux plus jeunes, en mêlant dessin, jeu et numérique.

Pour les éleveurs et les passionnés, le pôle digital mise également sur Equibot, un assistant conversationnel multilingue qui répond aux questions sur les races équines, la santé animale, la réglementation ou encore les sports équestres. L’outil fonctionne en darija, en arabe et en français, tandis qu’une version en amazighe est en préparation. L’idée est de rendre l’information plus accessible, sans obliger les utilisateurs à chercher longtemps les réponses à leurs questions.

D’un côté, donc, des capteurs, des logiciels de gestion et des données pour mieux suivre les chevaux, de l’autre, des outils destinés à faciliter l’accès à l’information et à faire découvrir cet univers à un public plus large. Le numérique ne remplace ni le savoir-faire des éleveurs ni la relation entre le cavalier et sa monture. Il apporte plutôt de nouveaux moyens de les accompagner. Reste désormais à voir comment ces solutions seront déployées à plus grande échelle et jusqu’où elles pourront transformer, concrètement, le quotidien de la filière.

Le Salon du Cheval d’El Jadida

Chaque année, à El Jadida, le cheval attire bien plus que les passionnés d’équitation. Il y a les familles venues assister aux spectacles, les amateurs de Tbourida, les cavaliers, les éleveurs, mais aussi des professionnels venus de loin pour rencontrer leurs partenaires et découvrir ce qui se fait ailleurs. En 17 éditions, le Salon du Cheval s’est imposé comme un rendez-vous incontournable du monde équestre en Afrique et dans le monde arabe. Organisée sous patronage royal, la manifestation prend place au Parc des expositions Mohammed VI, un site de 29 hectares qui accueille, le temps du Salon, tout un univers autour du cheval.

Les chiffres de la dernière édition donnent une idée de cette ampleur : plus de 160.000 visiteurs, 700 cavaliers et 1.100 équidés. Le Salon attire également les professionnels, avec plus de 100 exposants venus de 50 pays, tandis que 600 journalistes internationaux assurent sa couverture. Au-delà des spectacles et des compétitions, le rendez-vous est devenu un lieu de rencontres et d’échanges pour les acteurs de la filière, qui y présentent leurs activités, nouent des contacts et cherchent de nouveaux débouchés.

Mais le Salon ne regarde pas uniquement vers l’international, il fait aussi la part belle aux régions du Maroc, à travers un espace qui leur est consacré. Les douze régions du Royaume y présentent leur artisanat, leurs spécialités gastronomiques, leurs coopératives et leurs tenues traditionnelles. On y découvre notamment des créations comme le caftan Al Kharib de Marrakech-Safi. Une manière de rappeler que le cheval s’inscrit dans des cultures locales bien différentes, et que tout un patrimoine artisanal et humain gravite autour de lui.

Côté sport, le Salon a également franchi un cap important avec le « Grand Prix de saut d’obstacles de Sa Majesté le Roi Mohammed VI », disputé dans le cadre du Morocco Royal Tour, a obtenu le label CSI5*-W, l’un des niveaux les plus élevés du circuit international. Cette reconnaissance place la compétition marocaine parmi les rendez-vous de premier plan du saut d’obstacles et offre une visibilité supplémentaire aux cavaliers comme à l’organisation.

L’élevage occupe lui aussi une place importante dans le programme. La Coupe des éleveurs marocains de Pur-Sang arabe, le Concours international modèles et allures, ou encore les Coupes des Champions consacrées aux races Barbe et Arabe-Barbe permettent de mettre en valeur le travail des éleveurs. Car avant de briller sur une piste, un cheval est le résultat de choix, de soins et de nombreuses années de travail. Ces concours sont aussi l’occasion de comparer les lignées, de valoriser les races et de faire connaître le savoir-faire marocain.

Reste une question : comment faire évoluer un événement qui a déjà acquis une telle place dans le calendrier équestre ? Pour comprendre les ambitions du Salon, ses évolutions et les perspectives de la filière, LeBrief a échangé avec le Dr El Habib Marzak, commissaire du Salon du Cheval d’El Jadida. Son regard permet de revenir sur le chemin parcouru, mais aussi sur ce qu’il reste à construire pour que le cheval continue de peser dans l’économie et le patrimoine du Royaume.

Dr El Habib Marzak, Commissaire du Salon du Cheval d’El Jadida à LeBrief :

« Ce qui a le plus changé en 17 éditions, c’est l’élargissement du public. Le Salon s’est imposé très tôt comme le rendez-vous annuel des professionnels de la filière. Il accueille aujourd’hui un public beaucoup plus large : des passionnés, des familles, des visiteurs qui viennent découvrir un spectacle ou une compétition sans être forcément cavaliers […]. Nous avons accompagné ce mouvement avec un village enfants, des soirées de spectacles ouvertes à tous et un accès au Salon à 20 dirhams pour les adultes et 10 dirhams pour les enfants.

La valeur se crée sur plusieurs maillons à la fois. L’élevage en est le socle, avec cinq grandes races et des naissances en hausse […]. Viennent ensuite les courses hippiques, très structurées avec plus de 2.000 courses par an, le sport, la Tbourida, et tout ce qui gravite autour. Les maillons qui demandent selon moi le plus de structuration sont le tourisme équestre, qui reste émergent, et la professionnalisation des métiers autour du cheval […]. L’objectif est de faire grandir le Salon sans perdre ce qui fait sa singularité ».

Au Maroc, le cheval a une histoire derrière lui, mais aussi tout un avenir à construire. Le Barbe, la Tbourida, les artisans qui fabriquent les selles et les équipements traditionnels, tout un patrimoine continue de vivre, transmis d’une génération à l’autre. En parallèle, la filière se modernise. Les centres de formation se développent, les infrastructures se mettent au niveau des grandes compétitions internationales et de nouveaux outils numériques font leur entrée dans les haras. L’intelligence artificielle et les capteurs connectés ne sont plus réservés à d’autres secteurs. Ils commencent aussi à trouver leur place dans le secteur équestre.

Pour les années à venir, une partie du travail est déjà engagée. Le contrat-programme 2024-2030 prévoit un milliard de dirhams pour accompagner la filière, avec une attention particulière portée aux races Barbe et Arabe-Barbe, mais aussi aux troupes de Tbourida et à leur encadrement.

Le tourisme équestre constitue une autre piste de développement. Avec l’Agence nationale des eaux et forêts, la SOREC entend favoriser des activités autour du cheval dans les parcs nationaux et les espaces protégés. De quoi ouvrir de nouvelles perspectives aux professionnels, tout en faisant découvrir autrement les paysages du Royaume.

Reste maintenant à faire en sorte que la modernisation profite aussi aux éleveurs sur le terrain. Logiciels de gestion, passeports numériques et outils de suivi de la santé des chevaux doivent progressivement trouver leur place dans les pratiques quotidiennes. Pour une filière qui compte quelque 2.500 éleveurs actifs, le défi est de rendre ces technologies réellement accessibles et utiles, y compris dans le monde rural.

Préserver les traditions sans rester figé dans le passé, moderniser les pratiques sans perdre les savoir-faire : c’est tout l’équilibre que le Maroc cherche à construire. Car si le cheval fait partie de l’histoire du Royaume, la manière de l’élever, de le soigner et de le valoriser continue, elle aussi, d’évoluer.

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