Transformer les ressources naturelles en énergie et l’énergie en emplois
Le Maroc occupe une position singulière. Son ensoleillement, ses ressources éoliennes, ses vastes espaces et sa proximité avec l’Europe lui offrent des conditions exceptionnelles. La mobilisation du foncier permet d’envisager de grands complexes associant solaire, éolien, électrolyse et infrastructures d’exportation. Mais derrière cette ambition industrielle se cache une question essentielle : que changera cette révolution énergétique dans la vie des Marocains et Marocaines, et particulièrement dans celle d’une jeunesse en quête d’emploi et d’avenir ?
C’est ici que l’hydrogène vert doit dépasser la seule logique énergétique. Il peut devenir un puissant instrument de création d’emplois. Les grands projets solaires, éoliens et industriels peuvent générer des milliers d’emplois directs et indirects : ingénieurs, techniciens, électriciens, informaticiens, logisticiens, spécialistes de la maintenance, de l’environnement et de la sécurité, mais aussi ouvriers qualifiés dans la construction et les services.
L’enjeu est donc plus profond que la production d’une énergie propre. Il consiste à transformer le soleil et le vent en activité économique, l’activité économique en emplois, et les emplois en autonomie et en dignité.
L’Allemagne occupe ici une place particulière. Sa puissance industrielle, son expertise technologique et son expérience des énergies renouvelables en font un partenaire naturel du Maroc. Les deux pays disposent de ressources complémentaires : technologie et industrie allemandes d’un côté, ressources renouvelables, espace et position géographique marocaine de l’autre.
Mais l’apport allemand ne devrait pas se limiter aux machines et aux capitaux. L’expérience allemande de la formation duale pourrait contribuer à former une nouvelle génération de techniciens marocains spécialisés dans l’électrolyse, la maintenance industrielle, l’électricité et les énergies renouvelables. Le véritable transfert de technologie doit être accompagné d’un transfert de compétences.
D’autres pays européens peuvent également contribuer à cette nouvelle architecture. L’Espagne, par sa proximité, constitue une interface naturelle avec l’Europe. Le Portugal développe son propre potentiel dans l’hydrogène et les renouvelables. Les Pays-Bas disposent d’une expertise logistique et portuaire majeure. La France possède d’importantes capacités industrielles. Le Danemark apporte une expérience reconnue dans l’éolien et les technologies énergétiques.
L’Europe ne devrait donc pas considérer l’hydrogène marocain comme une simple marchandise à importer. Elle pourrait contribuer à construire un espace énergétique euro-méditerranéen, où circuleraient non seulement l’énergie et les capitaux, mais aussi les connaissances, les technologies et les compétences.
Cela signifie des centres de formation, des partenariats avec les universités, des entreprises locales et surtout un accès réel des jeunes aux nouveaux emplois. Une transition énergétique qui créerait des infrastructures sans créer suffisamment de perspectives humaines resterait incomplète. Le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas seulement le nombre de tonnes d’hydrogène produites. Ce sera aussi le nombre de jeunes formés, d’emplois créés, d’entreprises marocaines développées et de familles dont les conditions de vie auront progressé.
Une transition énergétique réussie n’est pas celle qui change seulement la couleur de l’énergie. Elle est celle qui transforme les rapports de dépendance. Elle doit réduire la dépendance énergétique du pays, mais aussi la dépendance sociale au chômage, à la précarité et à l’absence de perspectives, afin d’être à l’abri des événements malheureux de ces derniers temps.
Le meilleur partenariat euro-marocain sera celui qui apportera à l’Europe une énergie propre et sûre, tout en offrant à la jeunesse marocaine ce dont elle a le plus besoin : des compétences, des emplois, des entreprises et la possibilité de construire son avenir dans son propre pays.
Le soleil marocain pourrait ainsi éclairer les industries européennes. Mais sa véritable lumière sera peut-être celle qu’il fera naître au Maroc : la lumière du travail, de la compétence, de l’espoir, de la dignité. Transformer le soleil en énergie, l’énergie en industrie, et en fin de compte l’industrie en emplois : voilà peut-être le véritable challenge de l’hydrogène vert.
Mais il y a une autre question qui est rarement posée : qui prendra soin des jeunes d’aujourd’hui lorsqu’ils seront vieux ? Un jeune Marocain d’aujourd’hui a sans doute un emploi, des amis, un smartphone, des projets de mariage et d’enfants, et de nombreuses années de vie active devant lui. La vieillesse lui paraît si lointaine qu’il n’y a guère de raison d’y penser. Mais un jour, ce jeune homme aura lui aussi 60, 70 ou 80 ans. Et les…
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