Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera

La formule attribuée à Napoléon Bonaparte « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera » est souvent citée dans les cercles académiques. Bien que les historiens penchent aujourd’hui pour une attribution réelle à l’écrivain français Alain Peyrefitte, qui en fit le titre de son célèbre ouvrage paru en 1973, sa pertinence n’en demeure pas moins actuelle, voire plus pressante que jamais.

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Tribune

Zilaoui Mohamed

Ecrivain et chercheur en sciences politiques

Temps de lecture : Publié le 03/06/2026 à 16:03
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La Chine, qui s’est imposée comme une puissance économique incontournable, apparaît désormais sous un jour totalement différent : celui de la guerre. Ce qui se passe en Iran dépasse, selon de nombreux analystes, les limites d’un conflit régional. Il s’agit plutôt d’un théâtre où Pékin – discrètement et par l’intermédiaire de ses alliés – révèle un nouveau visage de sa puissance militaire et technologique, et réécrit les règles d’engagement que Washington avait monopolisées pendant des décennies.

La question qui inquiète les capitales occidentales n’est plus « La Chine va-t-elle s’éveiller et rivaliser avec les grandes puissances pour la direction du monde ? » mais « Jusqu’où ira-t-elle ? ».

Pour la Chine, l’Iran n’est pas seulement un partenaire commercial, mais un allié géopolitique majeur dans l’affrontement plus large avec l’Occident. Depuis 2016, leurs relations se sont élevées au niveau d’un partenariat stratégique. Selon des chiffres publiés par Reuters, la Chine – premier consommateur mondial de pétrole – a importé près de 90% des exportations pétrolières iraniennes l’an dernier, soit environ 1,38 million de barils par jour, représentant 13,4% de ses importations maritimes totales.

Par ailleurs, les projets des Nouvelles routes de la soie incluent une ligne ferroviaire reliant la ville chinoise de Yiwu à la ville iranienne de Qom, un corridor terrestre permettant à Pékin de contourner le détroit de Malacca, ce nœud stratégique qui fut longtemps son point faible.

Ce qui intrigue aujourd’hui les observateurs, c’est le tournant qualitatif dans le domaine de l’armement, où la Chine cherche à s’imposer. Dans le contexte de la guerre en Iran, des capacités balistiques avancées – supposées avoir bénéficié de technologies chinoises, notamment dans le domaine des missiles hypersoniques – sont apparues. Ces missiles, dont la vitesse dépasse cinq fois celle du son et qui peuvent manœuvrer sur des trajectoires imprévisibles, posent des défis inédits aux systèmes de défense traditionnels, qu’il s’agisse du Dôme de fer ou de THAAD. Bien que les rapports sur leur utilisation effective en Iran restent non confirmés, la simple possession de cette technologie par la Chine et son développement continu poussent Washington à revoir ses stratégies défensives fondées sur les porte-avions comme plates-formes de puissance centrales.

Mais le spectacle le plus stupéfiant de cette mutation technologique fut celui des défilés de Pékin début 2026. La Chine a présenté un spectacle sans précédent : des dizaines de robots humanoïdes exécutant des mouvements de combat complexes, sautant, grimpant, agissant en parfaite synchronie, comme des soldats issus d’un film de science-fiction. Ces robots, développés par l’entreprise chinoise Unitree, fonctionnent avec des systèmes d’intelligence artificielle avancée leur permettant d’interagir avec leur environnement et de communiquer entre eux en coordination collective.
Dans le sous-continent indien, le mois de mai 2025 a offert un autre théâtre d’opérations qui a suscité de nombreuses analyses. À la suite de l’attaque visant Bahalgham, dans l’État du Jammu-et-Cachemire, New Delhi a lancé l’« opération Sindoor », une série de frappes militaires qui ont duré quatre jours. Au cours de cette guerre brève, le Pakistan a largement compté sur son arsenal chinois : les systèmes de défense aérienne HQ-9B, les chasseurs JF-17 Thunder fabriqués dans le cadre d’une coopération sino-pakistanaise, et des renforts qualitatifs en provenance de Pékin, comprenant quarante chasseurs de cinquième génération J-35A, le système de détection précoce KJ-500 et le système de défense antimissile stratégique HQ-19.

Face à cette supériorité technologique croissante, une question légitime se pose : pourquoi la Chine n’utilise-t-elle pas ces capacités pour reconquérir Taïwan par la force militaire ? Théoriquement, Pékin dispose aujourd’hui des moyens de rendre toute opération militaire sur l’île couronnée de succès : une supériorité aérienne et missile absolue, des robots de combat capables d’effectuer des débarquements sans risquer la vie des soldats, et des capacités de blocus avancées grâce aux drones et flottes robotisées. Mais je crois que la direction chinoise, consciente que l’histoire juge les guerres non pas sur la rapidité de leur victoire mais sur la durabilité de leurs résultats, choisit une autre voie : la stratégie globale de l’unification pacifique. Elle préfère montrer ses capacités militaires sur d’autres théâtres (Iran, Pakistan) pour dissuader toute ingérence étrangère, lier l’économie de l’île à celle du continent, et attendre le moment opportun selon la sagesse de Sun Tzu : « La forme la plus élevée de la stratégie est de soumettre l’armée ennemie sans combat. »

Au cœur de cette escalade technologique et militaire, le discours diplomatique chinois reste mesuré mais ferme. Le 1er mai 2026, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue américain Marco Rubio, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a averti que la question de Taïwan constituait « le plus grand point de risque » dans les relations sino-américaines. Cet avertissement, émis à un moment où les capacités militaires chinoises fascinent les observateurs, n’est pas une simple formule diplomatique de routine. Il signifie que Pékin ne tolérera aucune tentative de franchissement de sa ligne rouge, et que toute escalade américaine autour de l’île pourrait susciter une réponse décisive. Ainsi, derrière la réserve affichée par la Chine sur le dossier taïwanais, Pékin cache une détermination absolue, renforcée par une puissance technologique désormais capable de faire « trembler le monde ».

Parallèlement, et témoignant de la confiance croissante de Pékin, le président chinois Xi Jinping a reçu à Pékin le chef de l’opposition taïwanaise Ching-Lee-won, lors de la première rencontre de ce type depuis plus de dix ans. C’est ici qu’apparaît la leçon profonde pour le Maroc et les pays arabes. La transformation technologique massive que connaissent aujourd’hui les systèmes d’armement – des missiles hypersoniques aux robots de combat et aux systèmes de défense basés sur l’intelligence artificielle – impose une refonte radicale des politiques d’armement traditionnelles. Le Maroc, qui construit ses choix stratégiques sur des équilibres précis, est appelé à envisager une diversification de ses partenariats militaires. La Chine et la Russie ne sont plus de simples fournisseurs alternatifs, elles sont désormais à la tête d’une révolution technologique qui redéfinit les règles de l’engagement. Les robots de combat chinois, à faible coût, et les systèmes défensifs russes, dont l’efficacité a été prouvée sur le terrain, représentent des options stratégiques qui n’étaient pas disponibles il y a une décennie.

Et maintenant, la visite de Trump à Pékin, Mercredi 13 mai 2026, le président américain Donald Trump effectue une visite officielle à Pékin. Ce déplacement, annoncé dans une relative discrétion diplomatique, intervient à un moment où les rapports de force mondiaux connaissent une mutation accélérée. Trump, qui avait amorcé dès son retour à la Maison-Blanche une politique de confrontation pragmatique avec la Chine, se trouve aujourd’hui confronté à une réalité nouvelle : celle d’une puissance chinoise qui n’a plus besoin de prouver sa capacité à « faire trembler le monde », mais qui choisit soigneusement quand et comment le faire.

Les observateurs s’interrogent : que peut bien venir chercher Trump à Pékin, lui qui avait bâti sa présidence sur la lutte commerciale et technologique contre la Chine ? La réponse, selon plusieurs analystes proches du dossier, tient en un mot : désescalade sous contrainte. Car les défilés de robots humanoïdes à Pékin début 2026, les capacités hypersoniques apparues en Iran, et la démonstration de force technologique lors du conflit indo-pakistanais de mai 2025 ont produit leur effet : Washington sait désormais que toute confrontation ouverte autour de Taïwan ou en mer de Chine méridionale pourrait se solder par une défaite technologique inédite depuis la guerre froide. Et peut-être même une reconnaissance américaine de la souveraineté de La Chine sur l’ile de Taiwan.

La formule par laquelle nous avons commencé – « Quand la Chine s’éveille, le monde tremble » – n’est plus une simple prophétie historique. Aujourd’hui, le monde assiste à la puissance de la Chine sur les terrains iranien et pakistanais. Et lorsque Pékin décidera de transformer ses capacités technologiques en une présence militaire directe, la secousse modifiera la carte des puissances internationales. Mais la sagesse de la Chine réside dans le fait qu’elle n’a pas besoin aujourd’hui de provoquer cette secousse, elle possède le luxe du temps pour attendre le moment où Taïwan viendra volontairement à elle, et pour éviter une guerre qui pourrait être militairement réussie mais qui laisserait des cicatrices politiques mettant des générations à guérir. Et le Maroc peut s’inspirer de cette sagesse pour diversifier ses alliances et accompagner une révolution technologique qui n’attendra personne.

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