Combien vous coûte chaque réunion qui ne décide rien ?

Faites le calcul avec moi.

Prenez votre dernière réunion d’équipe. Combien de personnes étaient présentes ? Quatre, cinq, six ? Multipliez ce nombre par le coût horaire moyen de chaque participant — salaires chargés, temps de préparation, temps de déplacement. Ajoutez votre propre heure de direction, qui vaut probablement le double.

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Tribune

Mostafa Mounasser

Fondateur de Maroc Mentor, cabinet d'accompagnement de dirigeants de PME marocaines

Temps de lecture : Publié le 10/08/2026 à 16:57
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Maintenant posez-vous une seule question : combien de décisions concrètes ont été prises à l’issue de cette réunion ?

Dans la majorité des PME marocaines que j’accompagne, la réponse est la même. Une réunion d’une heure avec cinq personnes ne produit pas cinq décisions. Elle produit souvent zéro décision claire — mais beaucoup de discussions, quelques engagements flous, et une nouvelle réunion planifiée pour « faire le point ».

La réunion comme illusion d’action

La réunion est l’une des activités les plus coûteuses et les moins mesurées de l’entreprise. Elle consomme du temps de plusieurs personnes simultanément — ce qui la rend exponentiellement chère. Et pourtant, elle est rarement évaluée sur sa productivité réelle.

Pourquoi ? Parce qu’une réunion donne l’impression d’avancer. Les participants ont échangé, débattu, partagé. Le dirigeant a le sentiment d’avoir « fait le point ». L’équipe a l’impression d’avoir été consultée.

Mais sans décision prise, sans responsable désigné, sans délai fixé, la réunion n’a produit aucun résultat mesurable. Elle a seulement consommé du temps — le seul actif que l’entreprise ne peut pas racheter.

Ce que j’observe chez les dirigeants que j’accompagne

Le problème des réunions inefficaces n’est presque jamais un problème de méthode. Ce n’est pas parce que les participants ne savent pas animer une réunion. C’est parce que la réunion n’a pas été convoquée pour décider. Elle a été convoquée pour rassurer.

Rassurer le dirigeant que tout le monde est aligné. Rassurer l’équipe que le patron est au courant. Rassurer chacun qu’il n’est pas seul à porter la responsabilité d’une décision difficile.

Dans ce contexte, la réunion devient un outil de dilution de la responsabilité. On décide collectivement — ce qui revient souvent à ne décider individuellement de rien.

J’ai accompagné un dirigeant de PME industrielle qui tenait chaque semaine une réunion de direction de deux heures avec ses cinq managers. Au bout de six mois d’accompagnement, nous avons calculé ensemble le coût réel de ces réunions : environ 180 heures de management senior par trimestre — soit l’équivalent d’un mois de travail à temps plein d’un cadre. Pour un résultat qu’il qualifiait lui-même de « on fait le point, mais on ne tranche rien ».

Trois symptômes d’une réunion qui ne sert à rien

  • Le premier symptôme : il n’y a pas d’ordre du jour envoyé avant la réunion. Quand les participants ne savent pas pourquoi ils sont convoqués, ils ne peuvent pas se préparer à décider.
  • Le deuxième symptôme : il n’y a pas de compte-rendu avec des actions, des responsables et des délais. Une réunion sans compte-rendu structuré est une conversation — pas une décision.
  • Le troisième symptôme — le plus révélateur : la réunion suivante commence par un tour de table sur l’avancement des « décisions » de la réunion précédente. Si vous avez besoin d’une deuxième réunion pour savoir si les décisions de la première ont été appliquées, c’est que ces décisions n’étaient pas de vraies décisions.

Ce qui change quand on transforme ses réunions

Les dirigeants qui ont transformé leurs réunions ont presque tous fait la même chose : ils ont réduit leur fréquence, raccourci leur durée, et imposé une règle simple — toute réunion se termine avec une liste de décisions, un responsable par décision, et une date de livraison.

Ce n’est pas révolutionnaire. Mais c’est rarement appliqué.

Parce que le vrai obstacle n’est pas l’outil. C’est l’habitude. Et dans les PME marocaines, la réunion est souvent une habitude culturelle autant qu’un outil de gestion — un moment de présence, de visibilité, parfois de pouvoir.

La transformer exige que le dirigeant accepte une chose inconfortable : décider seul, clairement, en assumant la responsabilité de ce choix.

C’est précisément ce que la réunion collective permet d’éviter.

La vraie question n’est pas « combien de réunions faites-vous par semaine ? ». Elle est : « Combien de décisions avez-vous prises cette semaine — et qui en est responsable ? ».

Si vous ne pouvez pas répondre à cette question en moins de deux minutes, vos réunions vous coûtent plus qu’elles ne vous rapportent.

Mostafa Mounasser est fondateur de Maroc Mentor, cabinet d’accompagnement de dirigeants de PME marocaines. Fort de 31 ans de terrain dont 24 ans de direction d’entreprises au Maroc et en Turquie, il accompagne les dirigeants dans leur structuration, leur croissance et leur transformation. Mentor certifié VC4A.

marocmentor.com

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