L’apprentissage n’a pas d’âge : hommage à celles et ceux qui osent encore apprendre

Dans un monde obsédé par la jeunesse et la performance rapide, il est temps de rendre hommage à une autre forme de réussite : celle qui prend son temps, qui se construit dans le silence, et qui réapparaît là où on ne l’attendait plus.

A A A A A

Tribune

Safa Makati

Professeur chercheur, responsable pédagogique de la filière comptabilité finance et contrôle à l'ISGA

Temps de lecture : Publié le 11/08/2025 à 11:27
favoris

Oui, on peut retourner à l’université à 50, 60 ou même 70 ans. Et réussir brillamment.

Quand l’âge devient force, et non obstacle

Aujourd’hui encore, dans les amphithéâtres marocains, de plus en plus de personnes âgées reprennent le chemin des études. Et leur présence n’est pas marginale : elle est significative, inspirante, et profondément respectable.

Parmi ces adultes en reprise d’études, on distingue deux profils particulièrement forts :

  1. Ceux qui veulent progresser dans leur milieu professionnel : ces femmes et ces hommes, parfois en poste depuis des années, comprennent que le savoir est la clé de la mobilité, de la reconnaissance, et de la légitimité dans un monde en constante mutation. Ils reprennent donc leurs études pour s’adapter, évoluer, rester compétitifs.
  2. Ceux qui ont mis leurs rêves de côté pour élever une famille : ce sont souvent des femmes, des mères, qui ont sacrifié leur avenir académique pour assurer celui de leurs enfants. Une fois leur mission accomplie, elles reviennent à l’université avec force, humilité et une grande soif de savoir. Et bien souvent, elles obtiennent les meilleures notes de leur promotion.

L’université publique marocaine : un espace de renaissance

Dans cette dynamique, l’université publique marocaine mérite d’être saluée. Elle continue d’ouvrir ses portes aux apprenants de tous horizons, sans jamais poser la question de l’âge. Grâce à cette ouverture, des dizaines de parcours exceptionnels se construisent chaque année.

Ces universités sont des lieux de seconde chance. Des lieux où des rêves longtemps suspendus peuvent enfin reprendre vie.

Des exemples concrets de réussite

Cette réalité n’est pas abstraite. Elle est vécue chaque jour par des personnes ordinaires qui réalisent l’extraordinaire :

  • Ma mère, à 53 ans, a obtenu son deuxième master après avoir élevé ses enfants et assuré leur réussite. Elle est aujourd’hui l’exemple vivant que l’âge n’éteint jamais la volonté de se réaliser.
  • En France, Lucienne Brûlé, une grand-mère de 91 ans, a obtenu son Master 2 en philosophie à l’Université de Bourgogne. Elle a déclaré que le savoir lui permettait de “rester vivante intérieurement”.
  • Au Maroc, des femmes dans la cinquantaine intègrent des masters en gestion, en sciences humaines ou en droit après une longue carrière ou après une période consacrée exclusivement à la famille. Certaines se retrouvent major de promotion, comme ce fut le cas en 2023 à l’Université Hassan II de Casablanca, où une femme de 58 ans, mère de 5 enfants, a décroché son master avec mention très bien.

Un message à ceux qui jugent

Il arrive parfois que ces parcours soient moqués, incompris, voire jugés inutilement. Certaines personnes insinuent que ces étudiants âgés cherchent à “combler un vide”, ou agissent par “frustration”. Ce type de discours, en plus d’être faux, est profondément réducteur.

Ce n’est pas un vide qu’ils comblent, c’est une lumière qu’ils rallument. Le désir d’apprendre n’est pas lié à une absence, mais à une plénitude intérieure.

Un modèle pour tous

Ces adultes en reprise d’études sont un modèle, pas une anomalie. Ils nous rappellent que la vie ne suit pas toujours un schéma linéaire, et que la dignité humaine passe aussi par la possibilité de se réinventer. Ils prouvent que le mérite, la discipline et la passion n’ont pas d’âge.

Merci à celles et ceux qui montrent la voie

Merci à ces hommes et femmes courageux. Merci à l’université marocaine pour sa vision inclusive. Et surtout, merci à ces mères, à ces pères, à ces citoyens engagés, qui reprennent leurs cahiers et leurs rêves, et qui inspirent les plus jeunes par leur ténacité.

Car oui, il n’est jamais trop tard pour apprendre. Il est seulement trop tôt pour abandonner.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Publié aujourd'hui à 11:58Résultats des élections de 2026 : de la nécessité d’une clarification politique au Maroc

Tout au long de son histoire électorale, le Maroc s’est habitué à des alliances dictées davantage par les calculs arithmétiques au sein du Parlement que par les convictions. Se retrouvent ainsi sous un même toit gouvernemental des partis qui ne partagent pas nécessairement la même vision de l’économie, des droits et libertés, ni du rôle de l’État dans la réalisation de la justice sociale. Ces alliances peuvent trouver leur justification au moment de la formation du gouvernement, mais leur coût…

Par Abdeslam Bouteyeb, Ecrivain et romancier
Publié aujourd'hui à 10:43Rentrée scolaire : le cahier, otage du manuel ?

Septembre arrive, et avec lui l’inévitable liste de fournitures scolaires. Manuels, cahiers, classeurs, stylos, protège-cahiers… Pour les familles, la rentrée est déjà une opération coûteuse. Mais lorsqu’un parent se présente chez un libraire pour acheter uniquement des cahiers et se voit répondre qu’il doit également acheter les manuels scolaires, la question n’est plus seulement commerciale. Elle devient juridique. Le scénario est simple : « Vous voulez les cahiers ? Il faut prendre les manuels avec. » Le consommateur qui souhaite…

Par Basma Rizqy, Docteur en droit privé, chercheure en droit de la concurrence
Publié le 25/09Le PJD revient… Benkirane rallume le flambeau après les cendres de 2021

En 2021, le « PJD » était passé de 125 à seulement 13 sièges. Le choc avait été tel que beaucoup y voyaient la fin d’une séquence politique entière. Cinq ans plus tard, les législatives de 2026 ont remis le parti sur le devant de la scène. Avec 54 sièges, selon les résultats provisoires annoncés par le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, le PJD s’installe à la quatrième place. Le Parti authenticité et modernité (PAM) arrive en tête avec 97…

Par Marouane Bichichi, Analyste politique
Publié le 24/09La Chine : le commerce rural en ligne contre l’exode rural au Maroc ?

C’est ici que l’expérience chinoise des « Taobao Villages » présente un intérêt réel. Les Taobao Villages, appelés en chinois 淘宝村 (Táobǎo cūn), « Taobao » signifie littéralement « chercher des trésors », mais fait également référence à une plateforme de commerce en ligne très populaire en Chine. En Chine, certains villages se sont transformés en véritables pôles de production et de commerce en ligne en concentrant une activité sur un produit ou une industrie précise. Cette activité ne se limite pas aux produits…

Par Mourad Alami, Professeur des Universités Maroc, Allemagne, Chine
Publié le 22/09Le silence électoral… quand le spectacle s’achève et que l’heure des comptes commence

Le Maroc est désormais entré dans cette fameuse « période de silence électoral ». Quelle belle expression. Le silence… après des semaines de bruit. Des semaines de slogans, de promesses, de meetings, de poignées de main, de photos, de repas, de discours et de sourires distribués avec une générosité parfois supérieure à celle accordée aux programmes. Car au milieu de toute cette agitation, une question est restée étonnamment discrète : que fera-t-on, concrètement, une fois l’élection terminée ? C’est là…

Par ,
Publié le 22/09L’Union européenne : de la paix à la guerre

Ces mots sont ceux du ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, prononcés le 8 septembre 2026 lors de la réunion du Groupe de contact pour la défense de l’Ukraine. En annonçant la livraison de missiles intercepteurs PAC-2 prélevés sur les stocks de l’armée allemande, il a lancé un appel à tous les membres du Groupe pour qu’ils examinent leurs propres réserves et procèdent à des livraisons similaires. Cette déclaration résume à elle seule le tournant qui est en train de…

Par Mohamed Zilaoui, Chercheur en sciences politiques
Publié le 21/09Les jeunes d’aujourd’hui sont les personnes âgées de demain : qui prendra soin d’eux ?

Mais il y a une autre question qui est rarement posée : qui prendra soin des jeunes d’aujourd’hui lorsqu’ils seront vieux ? Un jeune Marocain d’aujourd’hui a sans doute un emploi, des amis, un smartphone, des projets de mariage et d’enfants, et de nombreuses années de vie active devant lui. La vieillesse lui paraît si lointaine qu’il n’y a guère de raison d’y penser. Mais un jour, ce jeune homme aura lui aussi 60, 70 ou 80 ans. Et les…

Par Badar uz Zaman, Directeur d’une école privée, titulaire d’un Master en science politique.
Publié le 21/09Élections 2026 : le Marocain, cet électeur qu’on croit connaître

Or, pour comprendre une élection au Maroc, il faut peut-être commencer par comprendre son électeur. Le problème, c’est que cet électeur n’est pas facile à enfermer dans une case. Il peut être profondément critique à l’égard de la politique et continuer à suivre passionnément l’actualité politique. Il peut dire que « rien ne changera » et pourtant discuter pendant une heure du candidat de sa circonscription. Il peut ne faire confiance à personne et, le jour du scrutin, voter pour…

Par Marouane Bichichi, Analyste politique
Voir plus
Publié le 06/12Aux frontières du réel et de la fiction dans le roman social : le cas « Houris »

Cependant, cette pratique pose une question délicate : où s’arrête l’inspiration et où commence l’appropriation illégitime d’une histoire personnelle ? L’affaire entourant Kamel Daoud et son roman Houris illustre les tensions qui surgissent lorsque fiction et réalité s’entrelacent. Lauréat du prix Goncourt 2024, Daoud se voit reproché d’avoir utilisé, sans consentement, le récit d’une survivante de la guerre civile algérienne, ancienne patiente de son épouse psychiatre. Si l’écrivain réfute ces accusations en invoquant la fiction comme territoire libre, cette controverse…

Par Intissar Haddiya, Médecin et auteure marocaine
Publié le 30/12Les tendances et les défis du marché immobilier au Maroc

Dans les grandes agglomérations, les tendances sont tout aussi disparates. À Casablanca, l’IPAI a reculé de 1%, avec des baisses de 0,5% pour les biens résidentiels, de 2,7% pour les terrains, et de 2,2% pour les actifs professionnels. La ville a également enregistré une contraction significative de 30,1% des transactions, notamment pour les terrains (-41,7%) et les locaux professionnels (-33,3%). À Rabat, les prix ont diminué de 0,6% globalement, avec une baisse notable de 7,5% des actifs professionnels, mais les…

Par Karim Mabrour, Fondateur et CEO de MKM Immobilier
Publié le 23/11Le Maroc : pilier stratégique de la coopération sécuritaire et du renseignement dans un contexte géopolitique évolutif

Le rôle du Maroc s’étend bien au-delà de la simple défense de son intégrité territoriale face aux revendications désuètes du Polisario, il incarne une riposte systématique aux menaces qui gangrènent la stabilité de l’Europe, du Sahel et du Maghreb. La position géostratégique du Maroc, à la croisée de l’Atlantique, de la Méditerranée et du Sahel, confère au pays une fonction essentielle dans l’architecture sécuritaire mondiale. Les services de renseignement marocains, notamment la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST)…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 16/01L’intégration de l’année juive dans les célébrations marocaines : un pas vers l’équité culturelle

La célébration de l’année hégirienne incarne le socle islamique fondamental de l’identité marocaine, tandis que la commémoration de l’année grégorienne illustre l’ouverture du Royaume au monde moderne et son interaction avec la culture occidentale. La célébration de l’année amazighe, quant à elle, honore des racines ancestrales profondes liées à l’identité amazighe, un pilier fondamental du tissu social marocain. Bien que ces festivités témoignent d’une reconnaissance certaine de la diversité culturelle marocaine, elles révèlent néanmoins des lacunes criantes si elles n’incluent…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 28/01Green Impact Expo & Summit, un carrefour mondial pour une mobilité durable

Une ambition qui dépasse les frontières Au-delà de l’exposition et des conférences, le Green Impact Expo & Summit porte une vision : celle de créer une communauté marocaine de la mobilité durable, où chaque acteur, qu’il soit industriel, institutionnel, académique ou citoyen peut contribuer à construire les solutions de demain. Cet événement incarne une dynamique unique, où la collaboration transcende les simples enjeux commerciaux pour embrasser une responsabilité collective envers l’avenir de notre planète. Dans un contexte où les politiques…

Par Omar Amarouch, Chargé des partenariats et de la commercialisation du Green Impact Expo & Summit,
Publié le 22/11Asynchroni-Cités : quand les rythmes urbains se désaccordent

Dans ces environnements urbains, les rythmes de vie, les infrastructures et les dynamiques sociales ne sont plus en phase, créant une fragmentation de l’expérience urbaine. L’urbanisation rapide, souvent motivée par des impératifs économiques plutôt que par une vision cohérente de la ville, conduit à un désaccord entre les différents éléments qui composent la cité. Les transports fonctionnent à une cadence différente de celle des besoins résidentiels, les espaces de travail ne s’intègrent pas harmonieusement aux zones de loisirs, et les…

Par Mohammed Hakim Belkadi, Consultant architecte des écosystèmes urbains prédictifs et des milieux interconnectés expert judiciaire
Publié le 08/11Le Maroc exige de l’ONU une action décisive pour contrer les manœuvres déstabilisatrices dans la région

Ce régime, dont les pratiques empiètent systématiquement sur la souveraineté des nations voisines, s’appuie en interne sur une propagande mensongère visant à alimenter la haine, à détourner ses citoyens de leurs véritables aspirations, et à les priver de leur droit légitime au développement, à la justice sociale, et à la prospérité. Son objectif est évident : manipuler l’opinion publique pour la maintenir captive de projets idéologiques en décalage complet avec les besoins et les droits réels de ses citoyens. Après…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 07/02Green Impact Expo & Summit 2025 : une programmation scientifique pour penser la mobilité durable de demain

Une réflexion scientifique pour une mobilité durable La programmation scientifique du Green Impact Expo & Summit repose sur une approche transversale qui intègre les dimensions économiques, sociales et environnementales de la mobilité. L’objectif est clair : élaborer des solutions innovantes adaptées aux territoires et aux besoins des populations, tout en répondant aux impératifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le Maroc, acteur clé de cette dynamique, s’est fixé un objectif ambitieux de réduction de 45% de…

Par Mehdi Amarouch, Directeur du programme Green Impact Expo & Summit
pub