Surdité : une urgence mondiale de santé publique
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Les projections sont alarmantes. D’ici 2050, l’OMS estime que 2,5 milliards de personnes, soit une personne sur quatre, seront atteintes d’une déficience auditive. Environ 700 millions auront besoin de soins spécialisés et de réadaptation.
Les jeunes générations ne sont pas épargnées. En effet, plus d’un milliard de jeunes adultes âgés de 12 à 35 ans présentent un risque de perte auditive permanente et évitable en raison d’une exposition prolongée à des niveaux sonores élevés (écouteurs, concerts, jeux vidéo).
L’organisation souligne par ailleurs qu’environ 60% des pertes auditives chez l’enfant pourraient être évitées grâce à des mesures de santé publique adaptées, notamment la vaccination, les soins néonataux et la prévention des infections. Dans ce contexte global préoccupant, la situation marocaine s’inscrit dans une dynamique qui exige une réponse structurée.
Une réalité nationale préoccupante
« Le problème de la surdité, c’est un problème de santé publique », affirme Dr. Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé. Selon lui, l’impact dépasse largement la seule dimension médicale.
L’OMS estime qu’un nouveau-né sur 1.000 naissances présente une surdité. En l’absence de statistiques nationales consolidées, le Maroc applique cette estimation internationale. Cela représenterait environ 700 cas de surdité néonatale par an, soit près de deux nouveaux-nés concernés chaque jour.
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L’enjeu est également économique. « Un cas de surdité coûte en moyenne 400.000 dollars à un pays », rappelle Dr. Tayeb Hamdi, en référence aux évaluations internationales. Ce coût englobe la prise en charge médicale, l’accompagnement éducatif, la réhabilitation et les pertes de productivité.
La surdité ne se limite pas à une déficience sensorielle. « On pense que la surdité chez l’enfant perturbe seulement la parole. Non. Elle perturbe la parole, la lecture, l’écriture, la formation, l’insertion professionnelle », insiste Dr. Tayeb Hamdi.
Les répercussions s’étendent à la sphère sociale et psychologique : isolement, difficultés d’accès aux services publics, obstacles à l’emploi, risque accru de chômage. L’impact est souvent permanent et affecte également l’entourage familial. Sans prise en charge adaptée, la surdité devient un facteur d’exclusion structurelle.
Des causes multiples, principalement liées à l’oreille
Les causes de la surdité sont diverses. Dr. Tayeb Hamdi distingue les causes génétiques des causes héréditaires, précisant qu’une surdité peut être génétique sans être transmise par les parents.
Certaines surdités résultent de complications pendant la grossesse, d’infections maternelles, d’un accouchement éprouvant avec un manque d’oxygène ou encore d’infections néonatales. D’autres surviennent plus tard, à la suite d’infections chroniques de l’oreille ou d’expositions prolongées au bruit, notamment en milieu professionnel. « Généralement, c’est l’oreille qui est en cause. Les cas où il s’agit du nerf auditif ou du cerveau sont rares », précise-t-il.
L’un des constats majeurs est que la surdité est en grande partie évitable. « L’OMS estime que 60% des surdités peuvent être évitées », rappelle Dr. Tayeb Hamdi. Trois cas sur cinq pourraient ainsi être prévenus grâce à des interventions adaptées.
La prévention constitue donc le premier pilier stratégique. Elle inclut le suivi rigoureux de la grossesse, la vaccination, la prise en charge rapide des infections, l’amélioration des conditions d’accouchement et la protection contre les nuisances sonores.
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Dépistage : un retard à combler
Le deuxième pilier est le dépistage systématique. « Le dépistage, c’est aller chercher la surdité avant même l’apparition des symptômes », explique Dr. Tayeb Hamdi. Un test simple, appelé otoémissions acoustiques, peut être réalisé dès la naissance. L’objectif est d’identifier toute surdité avant l’âge de six mois afin d’intervenir précocement.
Or, au Maroc, l’âge moyen du diagnostic est de 3,7 ans, soit environ trois ans et demi. Ce retard compromet le développement du langage et réduit l’efficacité des interventions précoces.
Le troisième axe repose sur le diagnostic précoce dès l’apparition de signes suspects. Des examens spécialisés doivent être réalisés rapidement. Dans certains cas, des interventions médicales ou chirurgicales permettent de corriger ou d’atténuer la déficience si elles sont mises en œuvre à temps. Un diagnostic tardif, en revanche, réduit significativement les possibilités thérapeutiques.
Réhabilitation et inclusion sociale
Lorsque la surdité ne peut être évitée ni corrigée, la réhabilitation devient essentielle. « Il faut apprendre la langue des signes, faciliter l’accessibilité, adapter les supports de communication », souligne Dr. Tayeb Hamdi.
Cela suppose le sous-titrage des contenus audiovisuels, l’utilisation de supports visuels alternatifs et la sensibilisation du grand public. Des gestes simples : se placer face à la personne malentendante, parler distinctement et maintenir un contact visuel, améliorent significativement la communication. L’inclusion passe également par l’adaptation des services publics et du marché du travail afin de limiter les risques d’exclusion.
Pour Dr. Tayeb Hamdi, la réponse doit s’articuler autour de quatre axes : prévention, dépistage, diagnostic précoce et réhabilitation. Il plaide pour la généralisation du dépistage néonatal et son intégration aux consultations de suivi et aux programmes de vaccination.
La formation des professionnels de santé est un levier clé. Des tests simples peuvent être réalisés dès les premiers mois de vie afin d’orienter rapidement vers un spécialiste en cas de suspicion.
La surdité constitue ainsi un défi sanitaire, économique et social. Dans un contexte mondial marqué par une augmentation prévisible des déficiences auditives, le Maroc doit anticiper et structurer sa réponse. « La prévention est l’axe le plus important », conclut Dr. Tayeb Hamdi. Agir tôt, c’est réduire l’incidence, limiter les coûts et garantir une meilleure inclusion des personnes concernées.
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