Quel futur pour l’IA au Maroc ?

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Coup d'envoi à Laâyoune du Forum Maroc-CEMACAmal El Fallah Seghrouchni, ministre de la Transition numérique, lors du coup d'envoi u Forum parlementaire sur la coopération économique entre le Maroc et le Parlement de la CEMAC, à Laâyoune, le 20 juin 2025 © MAP

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Depuis quelques mois, la question du cloud souverain ne cesse de se poser. Et si l’on se rappelle des récents évènements de cybersécurité advenus, la problématique est légitime. Que ce soit avec la feuille de route Maroc Digital 2030, ou la stratégie IA, le Maroc ne veut plus « suivre » la révolution technologique. Il a décidé d’y prendre place… Oui, mais comment ?

Lors d’une rencontre, la ministre déléguée chargée de la Transition du numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a levé le voile sur ce qui ressemble déjà à l’un des chantiers les plus ambitieux du Maroc moderne. La mise en place d’une stratégie nationale d’intelligence artificielle ! Rien que ça !

On l’aura compris, l’IA n’est pas seulement une technologie, elle est une question de souveraineté et de puissance. Les Etats qui auront demain leur mot à dire seront ceux qui maîtriseront leurs données, leurs infrastructures et leurs capacités de calcul. Ceux qui dépendront d’acteurs étrangers resteront en marge, vulnérables et exposés.

Le Maroc, lui, compte avancer rapidement, mais avec méthode, sur la période 2026-2030. Pour cela, le pays va développer une infrastructure technologique souveraine, capable d’héberger les données publiques et stratégiques. Créer un écosystème national de compétences, déployé dans toutes les régions. Et mettre l’IA au service des secteurs économiques, du social et des politiques publiques.

Un cloud souverain : le projet Data Center 2030

D’un point de vue géopolitique, le cloud souverain est une nécessité. Ceux du pays, seront adossés au programme Data Center 2030. Seghrouchni parle ici d’une infrastructure d’une puissance rare pour un pays africain. On évoque des centres de données capables de monter en charge jusqu’à 500 MW à Dakhla. Une capacité qui permettrait d’alimenter des services publics massifs, de stocker des volumes colossaux de données et d’entraîner des modèles d’intelligence artificielle à très grande échelle.

Les data centers seront structurés en plateformes Giga, destinées aux usages stratégiques et Mega, pensées pour l’hébergement de données plus classiques.

L’Institut Jazari : le cerveau scientifique du projet IA

Pour piloter la montée en puissance de l’écosystème, le Maroc a crée l’Institut Jazari, en avril 2025, en hommage à Al-Jazarî, génie du XIIᵉ siècle considéré comme l’un des premiers ingénieurs en automatisation, le père de la robotique et un pionnier de l’ingénierie mécanique.

Ce choix nous rappelle à tous que l’innovation n’est pas une importation, mais une continuité historique.

L’Institut Jazari aura pour fonction de coordonner les programmes de recherche deep-tech, superviser les instituts régionaux, établir des normes, chartes et standards nationaux, structurer les partenariats internationaux et accompagner l’émergence de startups à fort potentiel.

L’idée est de créer un « hub scientifique » suffisamment solide pour que l’innovation ne dépende ni des cycles politiques, ni des aléas du financement privé.

Douze instituts régionaux d’excellence pour ancrer l’IA dans les territoires

L’un des volets les plus novateurs de la stratégie réside dans la création de 12 instituts d’excellence, un par région du Royaume. Chacun sera rattaché à une université et spécialisé dans une thématique précise en fonction des besoins et des atouts locaux.

A tire d’exemple, la région Guelmim-Oued Noun accueillera un institut spécialisé dans l’eau et les ressources hydriques. Un choix logique dans une région marquée par de fortes contraintes climatiques. L’objectif est d’y développer des solutions prédictives pour mieux gérer la rareté.

Dans l’Oriental et plus précisément à Nador, l’institut dédié à l’intelligence artificielle appliquée. Il devrait se concentrer sur les systèmes autonomes, les modèles prédictifs et les applications industrielles.

A Dakhla l’accent sera mis sur l’énergie…

Chaque institut sera financé selon un modèle hybride, à savoir un tiers par le ministère, un tiers par des institutions publiques partenaires et un tiers par des levées de fonds.

Un accord stratégique avec Mistral, la licorne française de l’IA

La ministre a, par ailleurs, confirmé un accord stratégique avec Mistral AI, jeune pousse française, pour 17 milliards de dirhams. Cela permettra notamment d’accéder à des modèles de pointe, de coconcevoir des modèles adaptés aux langues marocaines (darija, amazigh), d’intégrer des briques technologiques avancées dans les services publics, de collaborer sur des projets de calcul intensif.

Lire aussi : Nouaceur accueillera un nouveau data center en 2024

Seghrouchni a aussi dévoilé que 16 accords seront signés lundi, lors des Assises de l’intelligence artificielle, un événement qui servira à officialiser plusieurs partenariats nationaux. Les conventions couvrent 18 secteurs : l’eau, l’énergie, la santé, la justice, l’agriculture, l’administration, le transport, l’éducation, la cybersécurité, l’industrie, jusqu’au tourisme.

Autre annonce, un projet de loi numérique, encore en cours de finalisation, appelé « X.0 ».

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