Quand la croissance des recettes ne freine pas le déficit

Mbaye Gueye
Temps de lecture :

Quand la croissance des recettes ne freine pas le déficitIllustration . Depositphotos

A
A
A
A
A

Dans son dernier rapport sur la politique monétaire, Bank Al-Maghrib a montré des signes de tensions financières, avec un déficit budgétaire qui s’est creusé de 11,6 milliards de dirhams par rapport à la même période en 2023, après dix mois d’exécution. Toutefois, l’amélioration des recettes ordinaires et la gestion des dépenses témoigne de certaines dynamiques économiques en cours, ainsi que des efforts de financement menés par le Trésor.

Le dernier rapport de Bank Al-Maghrib (BAM) sur la politique monétaire a permis d’avoir un aperçu sur les orientations de la politique budgétaire du Royaume. Ainsi, le document révèle que les recettes ordinaires ont enregistré une amélioration de 13,6% en 2024, atteignant 320,4 milliards de dirhams (MMDH), contre 282 MMDH à la même époque l’an passé. Cette croissance est imputable à la performance des recettes fiscales, qui ont progressé de 12,5% pour atteindre 275 MMDH. La hausse des rentrées fiscales est le fruit d’une gestion plus rigoureuse des impôts, ainsi que d’une meilleure collecte. En effet, les recettes des impôts directs ont connu une amélioration de 13,5% (108,9 MMDH), grâce à des hausses significatives des recettes de l’impôt sur les sociétés (IS) (+12,8%) et de l’impôt sur le revenu (IR) (+13,8%). Ces hausses se sont traduites par des performances accrues, en particulier sur les salaires et les revenus des placements financiers, a expliqué BAM.

Lire aussiLe commerce extérieur au vert, malgré un déficit croissant

Selon l’institution financière, les recettes provenant des impôts indirects ont également augmenté, avec une progression de 12,3% pour s’établir 133,5 MMDH. Cette croissance est largement due à l’augmentation des recettes de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui a progressé de 12,4% pour s’élever à 104,3 MMDH, en particulier grâce aux bonnes performances des rentrées de la TVA à l’importation (+12,1%) et à l’intérieur (+13,2%). Par ailleurs, les recettes issues des droits de douane et des droits d’enregistrement ont également enregistré des hausses notables.

Quant aux recettes non fiscales, elles ont bondi de 21,6% pour s’élever à 41,4 MMDH. Cela inclut des rentrées importantes provenant des mécanismes de financement innovants, mais aussi des paiements effectués par les entreprises publiques, qui ont contribué à cette amélioration.

Des dépenses toujours en hausse

Le rapport a souligné, en revanche, que les dépenses ordinaires ont continué leur ascension, avec une augmentation de 6,8% pour se chiffrer à 288,1 MMDH, par rapport à 2023. Cette évolution résulte en grande partie de l’augmentation des dépenses liées aux biens et services (+8,8%), qui comprennent notamment la masse salariale (+7,6%) et les autres biens et services (+11,4%). L’accroissement de la masse salariale est en grande partie dû aux augmentations structurelles des salaires ainsi qu’aux rappels dus aux employés publics.

La gestion des dépenses liées aux charges de compensation a été un élément important dans l’évolution des dépenses. En effet, celles-ci ont diminué de 13,2%, notamment grâce à la baisse des subventions allouées au gaz butane et à la farine de blé tendre. Cependant, la subvention du sucre a augmenté, portant la charge à 5,3 MMDH. De même, le soutien au secteur du transport routier a connu une baisse par rapport à 2023.

Lire aussi : PLF 2025 : un budget citoyen pour tous

En ce qui concerne les charges d’intérêts sur la dette publique, le document signale qu’ils ont également connu une hausse modérée de 4,8%, représentant désormais 31 MMDH. La dette extérieure a vu une augmentation de 32,1%, tandis que la dette intérieure a légèrement diminué de 3,4%. Ces charges sont directement liées à la gestion de la dette publique et à l’inflation des coûts d’emprunt.

S’agissant des dépenses d’investissement, elles ont continué leur progression, augmentant de 9,9% pour atteindre 79,4 MMDH, représentant environ 79,1% de la prévision budgétaire pour l’année. Ces dépenses sont essentielles pour la réalisation des grands projets d’infrastructure dans le pays, bien qu’elles soient en deçà des attentes initiales. Ces dépenses comprennent notamment des augmentations de 9,2% des dépenses des ministères.

Le déficit budgétaire et le financement du Trésor

Le rapport a aussi passé en revue le déficit budgétaire. Il se chiffre à 49 MMDH à fin octobre 2024, ce qui traduit une nette augmentation par rapport à l’année précédente où il s’élevait à 37,5 milliards. Cette détérioration du solde budgétaire est en grande partie liée à l’augmentation des dépenses, surtout les charges salariales et les intérêts de la dette, malgré l’augmentation des recettes fiscales.

Afin de couvrir ce déficit et de financer ses besoins, le Trésor a dû recourir à des financements internes et externes. En effet, les ressources intérieures nettes ont atteint 46,8 MMDH, tandis que les flux extérieurs positifs se sont établis à 5,5 MMDH. Une partie de ce financement a été obtenue par le biais de tirages auprès d’institutions internationales telles que la Banque mondiale (13,5 MMDH) et le Fonds monétaire international (3,3 MMDH). En parallèle, le recours au marché intérieur a permis de lever 57,9 MMDH, avec des souscriptions particulièrement fortes pour des bons de longues maturités (30 ans, 20 ans), permettant ainsi de maintenir la stabilité des taux d’intérêt malgré un environnement financier complexe.

 Lire aussi : La loi de Finances 2025 publiée au Bulletin officiel

Les conditions de financement du Trésor se sont toutefois améliorées par rapport à 2023, avec une baisse des taux d’intérêt sur les bons de trésorerie, notamment ceux à moyen et long terme. Cette amélioration est un signe positif pour la gestion de la dette publique, qui a augmenté de 5,8% à fin octobre 2024 par rapport à la fin 2023.

L’exécution budgétaire du Maroc pour les dix premiers mois de 2024 reflète une dynamique mitigée entre une amélioration des recettes ordinaires et un accroissement des dépenses. Le déficit budgétaire s’est aggravé, en grande partie en raison de l’augmentation des charges publiques, notamment salariales et d’intérêts sur la dette. Toutefois, le financement du Trésor a été assuré par des ressources extérieures et internes, ce qui a permis de stabiliser la situation.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Les côtes atlantiques face aux incertitudes économiques et politiques

Économie - Vision d’un Atlantique 2050 interconnecté, énergétiquement durable, technologiquement intégré et fondé sur un multilatéralisme flexible et inclusif.

Mouna Aghlal - 11 décembre 2025
BAD : 150 M€ au FEC pour le développement territorial

Économie - La BAD accorde une nouvelle ligne de crédit de 150 M€ au FEC pour financer des infrastructures durables et renforcer la dynamique de développement territorial au Maroc.

Hajar Toufik - 11 décembre 2025
Investissements étrangers : pourquoi les actions marocaines séduisent plus que jamais ?

Économie - Le marché marocain attire toujours les investissements étrangers en 2024, avec une hausse des actions et des OPCVM, un désengagement de la dette et des participations stratégiques renforcées, reflétant une confiance accrue dans l’économie nationale et la Bourse de Casablanca.

Ilyasse Rhamir - 10 décembre 2025
Dell Maroc clôture « Innovate with Data 2025 » sur fond d’IA et souveraineté numérique

Économie - Dell Technologies Maroc a rassemblé à Casablanca plus de 350 acteurs publics et privés pour une nouvelle édition de « Innovate with Data ».

Ilyasse Rhamir - 10 décembre 2025
Services et commerce de gros : activité en hausse et perspectives positives

Économie - Les services marchands et le commerce de gros terminent 2025 sur une note positive, avec une activité en progression et des entreprises globalement optimistes.

Hajar Toufik - 10 décembre 2025
Reconstitution du cheptel : un programme intensif et 32,8 millions de têtes enregistrées

Économie - Le Maroc avance rapidement dans la reconstruction de son cheptel grâce à un recensement national complet, une aide financière structurée pour les éleveurs et un appui renforcé aux élevages reproducteurs afin de stabiliser l’offre animale et réduire les coûts.

Ilyasse Rhamir - 10 décembre 2025
Voir plus
Visa Schengen : le cauchemar européen à prix d’or

Dossier - Entre les délais interminables, les coûts exorbitants et les parcours semés d’embûches, obtenir un visa Schengen c’est devenu…

Sabrina El Faiz - 26 juillet 2025
Coût, impact… tout savoir sur la nouvelle LGV Kénitra-Marrakech

Économie - Le Maroc lance l’extension de sa LGV vers Marrakech, un projet structurant qui transformera durablement la mobilité, l’économie et la connectivité entre les grandes villes.

Hajar Toufik - 25 avril 2025
Où en est l’avancement du gazoduc Nigeria-Maroc ?

Économie - Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc progresse : 13 pays engagés, signature intergouvernementale à venir et lancement d’un premier tronçon entre Nador et Dakhla.

Hajar Toufik - 14 juillet 2025
BTP : le Maroc bétonne ses règles

Dossier - Pas d’attestation, pas de chantier. C’est simple, non ? Pas de couverture décennale, pas de livraison. N'y réfléchissons pas trop !

Sabrina El Faiz - 19 juillet 2025
Régions : qui profite vraiment du Maroc des grands chantiers ?

Économie - Le Maroc construit partout, mais se développe-t-il partout ? Analyse région par région…

Sabrina El Faiz - 25 octobre 2025
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire