Pommes de terre : une récolte abondante, les revenus en berne
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Mohsine Yassine, agriculteur à Doukkala, est amer : «Je regrette d’avoir planté des pommes de terre cette année.» Comme lui, de nombreux producteurs de la région traversent une période difficile. Si la récolte est de bonne qualité et les rendements corrects, les agriculteurs peinent à vendre leur production à un prix juste. En cause : la flambée des coûts de production et la domination des intermédiaires dans la chaîne de commercialisation.
Cette crise soulève une question de fond sur l’avenir de la filière et de l’agriculture marocaine en général. Entre découragement et nécessité de trouver des alternatives, certains producteurs envisagent de se tourner vers d’autres cultures, comme les céréales. Mais cette transition est-elle réellement viable ? Et surtout, quelles solutions peuvent être envisagées pour rétablir un équilibre entre producteurs et consommateurs ?
Des coûts de production qui explosent
Produire des pommes de terre nécessite un investissement conséquent. En plus du coût des semences, les agriculteurs doivent faire face à des dépenses liées à l’irrigation, aux engrais et aux traitements phytosanitaires. Ces dernières années, ces charges ont considérablement augmenté, fragilisant la rentabilité des exploitations.
«Les plants sont trop chers, et à cela s’ajoutent la sécheresse, le manque d’eau et des coûts de production élevés», explique Mohsine Yassine. La rareté des ressources hydriques aggrave encore la situation, contraignant certains agriculteurs à acheter de l’eau pour irriguer leurs terres, ce qui alourdit encore plus la facture.
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En parallèle, l’inflation généralisée des prix des intrants agricoles pèse lourdement sur les exploitants. Entre 2020 et 2024, le coût des engrais a presque doublé, et les pesticides essentiels à la protection des cultures ont également vu leur prix grimper en flèche.
Un prix de vente insuffisant pour couvrir les pertes
Si les coûts de production explosent, le prix de vente des pommes de terre, lui, n’augmente pas en conséquence. «On nous propose un prix inférieur de moitié à nos coûts», confie l’agriculteur. Résultat : de nombreux producteurs enregistrent des pertes importantes.
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Cette situation est d’autant plus frustrante que les consommateurs, eux, constatent une hausse des prix des fruits et légumes sur les marchés. Ce paradoxe illustre un problème de fond dans la distribution des produits agricoles au Maroc.
Le poids des intermédiaires dans la commercialisation
L’une des principales causes du déséquilibre entre producteurs et consommateurs réside dans la structure du marché. Entre le champ et le point de vente, les pommes de terre passent entre les mains de plusieurs intermédiaires.
Selon un rapport du Conseil marocain de la concurrence, la chaîne de distribution des produits frais au Maroc comprend jusqu’à quatre niveaux d’intermédiaires. Ces acteurs prélèvent chacun leur part, augmentant progressivement le prix du produit jusqu’à ce qu’il arrive sur les étals des marchés et supermarchés.
Une commission parlementaire a confirmé en 2023 que cette multiplication des intermédiaires était l’un des principaux facteurs de la flambée des prix. Pourtant, aucune mesure concrète n’a été mise en place pour réguler ce marché. Pendant ce temps, les producteurs continuent de vendre à perte, tandis que les consommateurs paient toujours plus cher.
Vers un abandon de la culture de la pomme de terre ?
Face à cette crise, certains agriculteurs n’ont d’autre choix que de repenser leur activité. « La saison prochaine, j’envisage d’abandonner les pommes de terre et de convertir notre surface en céréales », annonce Mohsine Yassine.
Cette décision s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, le marché du blé est plus stable et bénéficie d’un soutien accru des pouvoirs publics, en raison de la dépendance du Maroc aux importations céréalières.
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D’autre part, la culture des céréales nécessite moins d’investissements initiaux et est plus adaptée aux conditions climatiques de plus en plus arides du pays.
Cependant, ce changement n’est pas sans risques. Le passage d’une culture à une autre implique des ajustements techniques, et rien ne garantit que les revenus générés seront suffisants pour compenser les pertes subies avec la pomme de terre.
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La crise que traverse la filière de la pomme de terre à Doukkala est symptomatique des dysfonctionnements du marché agricole marocain. Entre des coûts de production élevés, une commercialisation dominée par les intermédiaires et une absence de régulation efficace, les agriculteurs sont pris dans un étau qui menace leur survie économique.
Si des solutions existent, elles nécessitent une prise de décision rapide et efficace de la part des autorités. Sans intervention, le Maroc risque non seulement de voir disparaître une partie de sa production locale de pommes de terre, mais aussi d’assister à l’exode progressif des agriculteurs vers d’autres secteurs, mettant en péril l’ensemble de son agriculture.
Le tourisme marocain pourrait atteindre 26 millions de touristes dès 2028, deux ans avant l’objectif 2030. Les autorités envisageraient d'augmenter cet objectif à 30 millions.
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