PLF 2027 : la majorité sortante impose son cap financier au futur gouvernement
Conseil du gouvernement du 25 juin 2026 © DR
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A quelques semaines des élections législatives du 23 septembre 2026, l’exécutif vient de jeter ses dernières forces dans la bataille budgétaire. La note de cadrage du Projet de Loi de finances (PLF) 2027, diffusée par le chef du gouvernement Aziz Akhannouch le 5 août dernier, dessine les contours d’un exercice charnière.
Ce document, qui est autant une feuille de route technique qu’un testament politique, fixe quatre priorités inspirées des dernières orientations royales : consolider les acquis économiques, réduire les disparités territoriales, bétonner l’Etat social et, surtout, sanctuariser l’équilibre des comptes publics.
L’infrastructure, moteur d’une émergence
Le premier pilier de ce PLF 2027 ne fait pas dans la demi-mesure, il s’agit d’ancrer le Maroc dans le club des nations émergentes par un effort d’investissement massif dans les réseaux structurants. Le gouvernement prévoit d’étendre le réseau autoroutier pour atteindre un total de 3.550 km, avec des projets phares comme la liaison continentale Rabat-Casablanca ou le raccordement du port Nador West Med.
Le rail suit une cadence similaire avec l’extension de la ligne à grande vitesse (LGV) vers le sud et la création de réseaux express régionaux (RER) pour désenclaver les grands pôles urbains.
Cette ambition se décline aussi dans les airs avec la stratégie « Airports 2030 », visant 80 millions de passagers, et sur mer avec la montée en puissance des ports.
Sur le plan sectoriel, le tourisme continue de porter la croissance, avec un record de près de 20 millions de visiteurs en 2025, tandis que l’agriculture, malgré les aléas, devrait voir sa valeur ajoutée grimper à 130 milliards de dirhams en 2026. En filigrane, la transition énergétique s’accélère, puisque les énergies renouvelables pèsent désormais 46,1% du mix électrique, soutenues par l’ambition nationale sur l’hydrogène vert.
Un Etat social au prix fort
La pièce maîtresse de la législature reste sans conteste la refonte du modèle social. Le PLF 2027 arrive au moment où les chantiers de la protection sociale entrent dans une phase de maturité. L’Assurance maladie obligatoire (AMO) couvre désormais 87% de la population, contre seulement 42% au début du mandat.
Parallèlement, l’aide sociale directe bénéficie à 4 millions de familles, un effort qui a déjà coûté plus de 64 milliards de dirhams depuis 2023. Toutefois, cette générosité a un coût structurel non négligeable. Les accords issus du dialogue social (incluant les hausses de salaires dans la fonction publique et du SMIG) pèseront 49,7 milliards de dirhams en 2027. Pour financer cette ambition sans faire exploser la dette, le gouvernement mise sur une rationalisation drastique, la réforme de la Caisse de compensation se poursuit, permettant de réallouer les crédits du gaz butane ou du sucre vers les aides directes ciblées.
La « souveraineté financière » comme bouclier
C’est ici que le PLF 2027 devient un exercice d’équilibrisme. Pour la première fois, la « souveraineté financière » est érigée en priorité nationale absolue, afin de ramener le déficit budgétaire à 3% du PIB en 2027, contre 7,1% au plus fort de la crise en 2020. La dette publique, elle, doit refluer sous la barre des 65% du PIB.
Pour y parvenir, Aziz Akhannouch a adressé des instructions d’une rigueur inhabituelle aux départements ministériels. La consigne est de concrètement faire d’énormes économies sur les dépenses de fonctionnement. Les recrutements seront strictement limités aux besoins réels liés aux réformes prioritaires. Plus symboliquement, l’administration est sommée de réduire au strict nécessaire ses dépenses d’eau, d’électricité, de location de véhicules et même de réceptions officielles. L’idée est de passer d’une logique de dépense à une logique de performance et de résultats.
Malgré ces indicateurs macroéconomiques encourageants, le tableau social reste assombri par la question de l’emploi. Le taux de chômage national a atteint 13% en 2023, avec des pics alarmants de 35,8% chez les jeunes de 15 à 24 ans. L’économie informelle, qui concerne encore 55% de la main-d’œuvre salariale, freine la généralisation de la protection sociale et limite l’assiette contributive du pays. Le PLF 2027 devra donc porter une attention particulière aux programmes actifs de l’emploi comme « Awrach » ou « Forsa », tout en encourageant la formalisation via des incitations fiscales pour les TPME.
Sur le plan territorial, le gouvernement lance une nouvelle génération de programmes de développement intégré, dotée de 210 milliards de dirhams sur huit ans. L’enjeu consiste à cibler 1.200 communes et 140 centres ruraux pour éradiquer le « Maroc à deux vitesses ». Pour soutenir cette territorialisation, les transferts financiers vers les régions devraient atteindre 12 milliards de dirhams par an dès 2027.
Un budget de transition sous surveillance électorale
L’élaboration de ce budget intervient dans un climat politique particulier. Avec le scrutin du 23 septembre en ligne de mire, le PLF 2027 sera le dernier acte de la majorité sortante, mais il sera exécuté par la future équipe issue des urnes. Cette situation confère au texte un caractère hybride, puisqu’il s’agit de garantir la continuité de l’Etat tout en laissant une marge de manœuvre au prochain gouvernement.
En gros, le PLF 2027 tente de réconcilier l’inconciliable, en maintenant un niveau d’investissement public très élevé pour préparer l’échéance de la Coupe du monde 2030, tout en imposant une cure d’austérité administrative pour préserver la signature financière du Royaume.
Si la croissance est projetée à 4,1% pour 2027, la réussite de ce pari dépendra de la capacité de l’Etat à transformer ces investissements en emplois durables et à convaincre les citoyens que la rigueur d’aujourd’hui est le gage de la souveraineté de demain.
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