Ouverture de la 12e Législature : quelles priorités pour la nouvelle majorité ?

Avatar de Ilyasse Rhamir

Temps de lecture :

Ouverture de la 12e législature : quelles priorités pour la nouvelle majorité ?Arrivée du roi Mohammed VI, du prince héritier Moulay El Hassan et du prince Moulay Rachid, à l’occasion de la première session de la 12e Législature, au Parlement le 09 octobre 2026 © Capture d’écran SNRT

A
A
A
A
A

Quelques heures après le discours du roi Mohammed VI à l’ouverture de la 12e Législature, le politologue Driss Aissaoui analyse les priorités du nouveau mandat. Emploi des jeunes, régionalisation avancée, responsabilités de la classe politique et redéfinition du partenariat migratoire avec l’Europe : il revient sur les principaux défis auxquels le Maroc doit répondre.

Le discours royal prononcé ce vendredi 9 octobre 2026 intervient au début d’une nouvelle étape politique, après les élections législatives. Le Souverain a appelé à accélérer les réformes, à renforcer la justice territoriale et à placer les attentes des citoyens au cœur de l’action publique. Il a également annoncé une nouvelle approche de la coopération avec les partenaires du Maroc, notamment sur la question migratoire.

Dans un entretien accordé à LeBrief quelques heures après cette allocution, le politologue Driss Aissaoui décrypte les orientations royales et les défis qui attendent la nouvelle majorité. Il revient sur les conditions nécessaires pour améliorer l’insertion professionnelle des jeunes, donner davantage de moyens aux régions et faire évoluer les relations avec les partenaires européens.

Lire aussi : Ouverture parlementaire : 11 jours avant le premier test budgétaire

LeBrief : Le discours royal marque-t-il un nouveau cap dans le développement économique du Maroc ?

Driss Aissaoui : Le discours prononcé par le roi Mohammed VI à l’ouverture de la 12e Législature marque un véritable tournant stratégique pour le développement économique du Maroc. Intervenant juste après les élections législatives, il trace la feuille de route du nouveau mandat parlementaire et gouvernemental, avec un appel clair à accélérer les réformes et à transformer les ambitions nationales en résultats concrets.

Ce nouveau cap repose sur quatre orientations majeures.

La première concerne l’émergence économique et territoriale. Le Souverain a insisté sur la nécessité de faire de cette Législature une étape décisive pour concilier le statut de puissance économique émergente avec les impératifs de justice sociale et territoriale. Cela suppose notamment de transférer effectivement les compétences et les ressources aux régions, dans le cadre de la déconcentration administrative.

La deuxième orientation porte sur une nouvelle doctrine de partenariat international. Constatant les limites des modèles de coopération existants, notamment dans le domaine migratoire, le Roi a annoncé que le Maroc présenterait à ses partenaires un document stratégique inédit. Cette vision doit privilégier le codéveloppement, la compétitivité économique et la stabilité régionale, sans accepter les formes de pression ou de chantage.

Le troisième axe concerne la mobilisation du secteur privé. Les entreprises sont appelées à faire preuve de davantage d’initiative pour accroître les investissements, stimuler les exportations et créer des emplois.

Enfin, l’insertion économique de la jeunesse doit occuper une place centrale dans les politiques publiques. Cette priorité exige une approche intégrée associant éducation, formation professionnelle et accès à l’emploi. Le cap annoncé s’inscrit dans la continuité de la stratégie de souveraineté économique et industrielle du Royaume, notamment dans des secteurs comme l’automobile, l’aéronautique, l’hydrogène vert et les batteries électriques.

Le roi Mohammed VI préside l’ouverture de la première session de la 12e Législature

LeBrief : Comment la nouvelle majorité peut-elle répondre aux attentes de la jeunesse ?

Driss Aissaoui : La nouvelle majorité doit transformer la croissance économique en possibilités concrètes pour les jeunes et rétablir la confiance dans les institutions. Avec un chômage dépassant 36 % chez les 15-24 ans et près de trois millions de jeunes sans emploi, sans études ni formation, les réponses ne peuvent plus se limiter aux déclarations d’intention.

La première priorité est l’emploi et l’insertion professionnelle. Il faut rapprocher les formations des besoins réels des entreprises, notamment en développant des programmes de reconversion à court terme dans le numérique et les compétences comportementales. L’encadrement des stages et des contrats doit également être renforcé afin de lutter contre la précarité. En parallèle, l’allègement des démarches administratives et la facilitation de l’accès au microcrédit peuvent encourager les jeunes à entreprendre, en particulier dans les secteurs de l’économie verte et numérique.

Le deuxième chantier concerne les services publics essentiels. Les mouvements sociaux récents de la génération Z rappellent que l’accès à des soins de qualité et à de bonnes conditions d’études constitue un minimum en matière de dignité sociale. Cela suppose des établissements scolaires adaptés, des infrastructures suffisantes et des effectifs enseignants répondant aux besoins. Les transports collectifs doivent également être améliorés, avec des tarifs accessibles aux étudiants et une attention particulière à la sécurité nocturne, notamment pour les jeunes femmes.

La troisième priorité est l’inclusion des jeunes dans la décision politique. Leur représentation au Parlement, qui atteint 9,37% pour les moins de 35 ans, reste insuffisante. La nouvelle majorité doit ouvrir davantage les postes de responsabilité nationaux et locaux aux jeunes cadres. Des plateformes numériques de consultation citoyenne et des budgets participatifs permettraient aussi de recueillir leurs propositions de manière transparente.

Enfin, il faut investir dans les maisons de jeunes, les complexes sportifs et les espaces culturels de proximité pour combattre le sentiment de marginalisation. La méthode doit reposer sur un calendrier précis et un dialogue sincère, loin de l’instrumentalisation électorale, afin d’offrir aux jeunes des perspectives viables dans leurs propres territoires.

Ouverture de la 12e Législature : les 7 points à retenir du discours royal

LeBrie : Pourquoi la régionalisation avancée peine-t-elle encore à se concrétiser ?

Driss Aissaoui : La régionalisation avancée, inscrite dans la dynamique de la Constitution de 2011, constitue un chantier majeur du développement territorial. Sa mise en œuvre reste toutefois confrontée à des obstacles financiers, administratifs, humains et politiques.

Le premier frein est le manque de ressources financières. Malgré les mécanismes prévus par les textes, notamment les recettes fiscales attribuées aux régions, les budgets disponibles demeurent insuffisants pour financer de grands projets d’infrastructure. Les conseils régionaux restent fortement dépendants des transferts de l’État central, ce qui limite leur autonomie et leur capacité à définir leurs propres priorités.

Le deuxième obstacle est la lenteur de la déconcentration administrative. La régionalisation ne peut fonctionner pleinement si les ministères centraux conservent l’essentiel du pouvoir décisionnel. Le transfert des compétences et des ressources humaines vers les territoires reste insuffisant. Par ailleurs, le rôle des walis et des gouverneurs demeure important dans la conduite de l’action publique locale, ce qui peut parfois provoquer des chevauchements ou des blocages avec les présidents de région élus.

Le troisième problème concerne le manque de ressources humaines qualifiées. Les administrations régionales ont besoin d’ingénieurs, de financiers et de spécialistes de la planification capables de concevoir et de piloter des projets complexes. Or, les profils les plus qualifiés privilégient souvent les administrations centrales de Rabat ou les grandes structures établies à Casablanca.

À cela s’ajoute un chevauchement des compétences entre l’État et les régions. La distinction entre compétences propres, partagées et transférées ne suffit pas toujours à clarifier les responsabilités sur le terrain. Cette situation peut entraîner des conflits d’attribution ou empêcher de déterminer clairement qui doit agir.

Enfin, les habitudes centralisatrices, les résistances bureaucratiques et les calculs politiques locaux ralentissent la mise en œuvre des plans de développement régionaux. Pour concrétiser cette réforme, il faut donc renforcer les moyens financiers, clarifier les responsabilités et accorder aux collectivités territoriales une autonomie opérationnelle réelle.

Le roi Mohammed VI reçoit Mustapha Baitas pour le bilan des relations avec le Parlement

LeBrief : Le Maroc cherche-t-il à redéfinir les termes de sa coopération avec l’Espagne ?

Driss Aissaoui : Le Maroc cherche explicitement à revoir les modalités de sa coopération avec l’Espagne, en particulier dans le domaine migratoire. Le discours royal a mis en évidence les limites du modèle actuel, tout en réaffirmant le caractère stratégique des relations entre les deux pays.

Le Souverain a estimé que le dispositif de coopération migratoire avait atteint ses limites. Les crises récurrentes et les tensions frontalières, notamment autour de Sebta, illustrent les difficultés d’un cadre que Rabat juge désormais dépassé. Le Maroc souhaite ainsi passer d’une logique essentiellement axée sur le contrôle sécuritaire à un partenariat reposant davantage sur le codéveloppement économique et le respect mutuel.

Cette évolution implique également un refus de l’instrumentalisation politique de la migration. Le Royaume considère que sa participation à cette coopération relève d’un choix souverain et ne peut être soumise à des menaces, à des pressions ou à du chantage. Il refuse d’être utilisé comme variable d’ajustement dans les débats électoraux de ses partenaires européens ou de supporter seul les conséquences de décisions prises sans tenir suffisamment compte des réalités du terrain.

Pour concrétiser cette nouvelle orientation, le roi Mohammed VI a annoncé la présentation prochaine d’un document stratégique à l’intention des partenaires du Maroc. Cette démarche doit promouvoir le codéveloppement socio-économique, renforcer la compétitivité commune et contribuer à la stabilité régionale.

Cette volonté de rééquilibrage ne signifie pas une rupture avec Madrid. L’Espagne demeure un partenaire commercial majeur du Royaume, avec des échanges bilatéraux dépassant les 20 milliards d’euros par an. Les projets industriels et la préparation de la Coupe du monde 2030 avec le Portugal témoignent également de l’interdépendance entre les deux pays.

L’objectif est donc de maintenir cette relation tout en établissant des règles plus équilibrées, fondées sur la réciprocité et le partage des responsabilités.

LeBrief : Quel message le Roi adresse-t-il à la nouvelle classe politique et au Parlement ?

Driss Aissaoui : Le roi Mohammed VI a rappelé aux élus que leur mandat représente un engagement politique et un contrat moral envers les citoyens. La responsabilité des parlementaires ne se limite pas à exercer leurs fonctions institutionnelles : ils doivent répondre concrètement aux attentes de la population et assumer les conséquences de leurs décisions.

La nouvelle classe politique doit satisfaire à une double exigence : accélérer la transformation économique du pays et améliorer les conditions de vie des Marocains. Les élus sont ainsi appelés à agir à la hauteur de leurs responsabilités, devant Dieu, les citoyens et l’histoire.

Le discours royal place cette nouvelle législature face à un objectif ambitieux : consolider la position du Maroc comme puissance économique émergente, tout en renforçant sa souveraineté économique, hydrique, alimentaire et énergétique. Cette ambition doit aller de pair avec la justice sociale et la réduction des disparités territoriales.

Le Souverain s’est également montré ferme sur la déconcentration administrative et la régionalisation avancée. Il a souligné qu’aucun retard ni atermoiement n’était désormais tolérable dans le traitement concret des problématiques rencontrées par les citoyens.

La crédibilité de la nouvelle classe politique dépendra donc de sa capacité à dépasser les engagements de principe pour produire des résultats mesurables et perceptibles par la population.

LeBrief : Pourquoi le Roi estime-t-il que le modèle actuel de coopération migratoire avec l’Europe a atteint ses limites ?

Driss Aissaoui : Le modèle actuel de coopération migratoire avec l’Europe, particulièrement avec l’Espagne, se heurte à des difficultés structurelles, juridiques et politiques. Le Souverain a notamment souligné que certaines dispositions des accords en vigueur ne correspondent plus aux réalités actuelles et que certaines décisions judiciaires européennes peuvent être déconnectées des contraintes observées sur le terrain.

Ces difficultés compliquent notamment les procédures de retour concernant les mineurs non accompagnés ou les personnes dont le statut de réfugié est contesté. La rigidité du dispositif peut ralentir la gestion des flux migratoires et favoriser indirectement l’activité des réseaux criminels impliqués dans la traite des êtres humains.

Le Maroc conteste également une approche qui le réduirait à un simple rôle de gendarme des frontières européennes. Pour Rabat, la coopération migratoire constitue un engagement volontaire, fondé sur la souveraineté nationale et le respect mutuel. Elle ne peut être imposée par des pressions politiques ou médiatiques.

Le document stratégique annoncé par le Roi doit ouvrir la voie à une approche renouvelée. L’enjeu est de lier la gestion des migrations au codéveloppement, à la compétitivité économique et à la stabilité régionale, plutôt que de concentrer les efforts sur le seul contrôle des frontières.

Cette évolution traduit la volonté du Maroc de poursuivre sa coopération avec les partenaires européens dans un cadre plus équilibré, qui tienne compte des intérêts de chaque partie et des causes profondes des départs migratoires.

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Le roi Mohammed VI reçoit Mustapha Baitas pour le bilan des relations avec le Parlement

Le roi Mohammed VI reçoit Mustapha Baitas, porte-parole du gouvernement, venu présenter le bilan des relations entre l’exécutif et le Parlement pour la cinquième année législative.

Ilyasse Rhamir - 9 octobre 2026
Ouverture de la 12e Législature : les 7 points à retenir du discours royal

A l’ouverture de la 12e Législature, le Roi fixe un nouveau cap : souveraineté économique, jeunesse, régionalisation et fermeté sur la coopération migratoire.

Rédaction LeBrief - 9 octobre 2026
Ouverture parlementaire : 11 jours avant le premier test budgétaire

Le nouveau Parlement dispose de 11 jours avant le dépôt de la loi de finances 2027, premier test pour le futur gouvernement et sa majorité.

Rédaction LeBrief - 9 octobre 2026
Le roi Mohammed VI préside l’ouverture de la première session de la 12e Législature

Le roi Mohammed VI a présidé, vendredi 9 octobre 2026, l’ouverture de la première session de la première année législative de la 12e Législature. Détails.

Rédaction LeBrief - 9 octobre 2026
Modèle de croissance du Parti Mouvement Populaire : ambitions affichées et démonstrations lacunaires

Le prochain gouvernement peut-il vraiment réindustrialiser le Maroc avec des recettes déjà éprouvées et des contradictions économiques ?

Rédaction LeBrief - 9 octobre 2026
Drones militaires : le Maroc s’allie à Harmattan AI

Le Maroc s’allie à Harmattan AI pour développer le système de frappe autonome IRIFI, d’une portée annoncée de 2.000 km, avec une production locale.

Mouna Aghlal - 9 octobre 2026
Voir plus
Enseignement supérieur : le gouvernement fait le point sur l’avancement de la réforme

Politique - Le gouvernement fait le point sur la réforme de l'enseignement supérieur et son impact sur la recherche scientifique.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Le roi Mohammed VI nomme le prince héritier Moulay El Hassan à l’État-Major des FAR

Politique - Le prince héritier Moulay El Hassan est nommé coordinateur des bureaux et services de l’État-Major Général des FAR par le roi Mohammed VI.

Ilyasse Rhamir - 2 mai 2026
Conseil de gouvernement : adoption de deux décrets sur la pêche continentale et les OPCVM

Politique - Le Conseil de gouvernement approuve des décrets sur la pêche continentale et les OPCVM pour une meilleure organisation sectorielle.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Le CCG salue le soutien du Roi Mohammed VI et réaffirme son appui à la marocanité du Sahara

Politique - Le CCG réaffirme son appui à la marocanité du Sahara lors de la 8e réunion ministérielle conjointe.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
La médecine à distance, pour qui ? pour quoi ? combien ?

Politique – Comment la télémédecine transforme l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales ou enclavées ?

Sabrina El Faiz - 12 mars 2026
Législatives 2026 : suivez les résultats en direct

Élections législatives 2026 : suivez en direct le vote, la participation, les principaux faits de la journée et l’annonce des résultats.

Ilyasse Rhamir - 23 septembre 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire