Morocco gaming expo 2026 : quand le Maroc fait le pari du jeu vidéo

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La 3e édition de la Morocco Gaming Expo s'est tenue du 20 au 24 mai 2026 à RabatLa 3e édition de la Morocco Gaming Expo s'est tenue du 20 au 24 mai 2026 à Rabat © DR

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Le Morocco gaming expo 2026 a servi de révélateur à une filière que le Maroc veut désormais traiter comme un secteur industriel à part entière. Entre annonces officielles, rencontres B2B, compétitions eSport et interventions d’experts étrangers, l’événement a mis en lumière une dynamique encore fragile, mais déjà structurée autour de la formation, de l’investissement et de la recherche de modèles économiques viables. Au cœur des échanges : la capacité des talents marocains à créer leurs propres studios, à raconter leurs propres univers et à inscrire le pays dans une industrie mondiale en pleine expansion sur fond d’ambition nationale. Les détails.

Rabat a vécu, du 20 au 24 mai, au rythme du jeu vidéo. Pour sa troisième édition, le Morocco gaming expo (MGE) s’est imposé comme une vitrine des ambitions marocaines dans un secteur encore jeune, mais déjà présenté par les autorités comme un levier stratégique de création de richesse, d’emplois et d’influence culturelle.

Organisé sous le thème « Talent marocain », l’événement a mis en avant un écosystème en construction, nourri par les start-up, les institutions de formation, les investisseurs, les opérateurs télécoms et des partenaires internationaux de premier plan.

Un écosystème en pleine structuration

L’ouverture de cette édition, présidée par le prince héritier Moulay El Hassan, a donné le ton. Dans ses différentes interventions, le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, a défendu avec insistance l’idée que le gaming n’est plus un simple loisir ni un marché périphérique, mais une industrie à part entière, susceptible de devenir un vecteur important de développement économique et culturel.

Le Maroc, a-t-il souligné, a investi ces dernières années dans ce domaine afin d’en faire un secteur créateur d’emplois, capable d’alimenter l’économie culturelle et de positionner le Maroc sur une carte mondiale très concurrentielle.

Le ministre a rappelé que l’industrie mondiale du jeu vidéo représente plus de 300 milliards de dollars, tout en fixant un objectif ambitieux pour le Maroc : atteindre, à l’horizon 2030 ou 2032, 1% du chiffre d’affaires mondial de ce secteur.

Derrière cet objectif, c’est toute une stratégie de structuration qui se dessine, fondée sur l’émergence d’un tissu national de studios, de start-up et d’acteurs techniques capables de produire localement, de former des compétences et de s’insérer dans les chaînes de valeur internationales.

Le bilan avancé par le ministre illustre une évolution rapide. Le nombre de start-up spécialisées dans le gaming serait passé de trois ou quatre en 2022 à plus de 40 aujourd’hui au niveau national. Au-delà des chiffres, c’est surtout l’évolution de ces jeunes entreprises qui retient l’attention des pouvoirs publics.

Certaines, parties d’une activité solitaire, fonctionnent désormais avec de petites équipes de quatre ou cinq personnes, tandis que d’autres emploient déjà entre 20 et 30 salariés. Pour le ministère, cette dynamique confirme que le gaming peut devenir un secteur de petites et moyennes entreprises innovantes, à fort potentiel de croissance et d’exportation.

Lire aussi : Le prince héritier Moulay El Hassan préside l’ouverture du Morocco Gaming Expo 2026

Des start-up en nette montée en puissance

Cette lecture économique a été renforcée, mercredi, lors de l’ouverture au grand public de l’exposition. Mohamed Mehdi Bensaid a alors insisté sur le fait que le développement de l’écosystème repose d’abord sur les compétences humaines, tout en rappelant le rôle central que jouent les banques, les télécommunications, les incubateurs et les dispositifs d’accompagnement dans l’essor de l’industrie.

Le gaming, a-t-il fait valoir, ne se limite plus aux jeux vidéo au sens strict. Le débat englobe désormais la gamification, une approche qui irrigue aussi bien la sécurité que l’environnement ou la santé, avec des solutions pouvant être conçues par des start-up marocaines et transformées en opportunités concrètes d’emploi pour les jeunes.

La question de l’emploi est, en effet, au cœur du discours officiel. Dans un marché du travail où l’insertion des jeunes demeure un enjeu majeur, le gouvernement mise sur cette industrie comme sur une filière capable d’absorber des profils variés : codeurs, graphistes, artistes 3D, concepteurs, testeurs, spécialistes du marketing numérique ou encore ingénieurs spécialisés.

Le pari est de transformer une passion souvent perçue comme ludique en filière productive, structurée et exportable. Le ministère assure, à cet égard, vouloir fournir les mécanismes nécessaires pour atteindre les objectifs fixés, notamment à travers les incubateurs d’entreprises et les dispositifs d’appui à l’innovation.

Le Morocco gaming expo a précisément été conçu comme un espace de rencontre entre ces différents mondes. La commissaire de l’exposition, Nissrine Souissi, a indiqué que cette édition a connu une forte participation de start-up opérant dans plusieurs segments du gaming, du développement de jeux thématiques à la gamification, en passant par les contenus dédiés aux dispositifs de réalité virtuelle.

Elle a rappelé que plus de 40 start-up avaient pris part à l’événement, aux côtés d’autres acteurs essentiels de l’écosystème allant des constructeurs de matériel ou des établissements de formation, aux banques, les fonds d’investissement et les opérateurs télécoms.

Une exposition pensée comme plateforme d’affaires et de compétences

L’exposition ne s’est toutefois pas limitée à sa dimension commerciale. Elle a été pensée comme une plateforme à plusieurs entrées. Le volet B2B a permis de renforcer les relations entre professionnels, tandis que l’espace dédié aux compétitions eSports a accueilli trois compétitions autour de jeux emblématiques.

Les forums ont, eux, servi de cadre à des panels, conférences et master-class animés par des experts internationaux, offrant aux jeunes marocains passionnés un contact direct avec les réalités d’un secteur mondialement concurrentiel.

La présence d’invités étrangers de premier plan a donné une portée supplémentaire à cette édition. Parmi eux, Erin Roberts, directeur du développement au sein du groupe international Cloud Imperium Games, invité d’honneur du MGE 2026. Celui-ci a salué le potentiel du Maroc et le talent des jeunes développeurs locaux, estimant que le pays dispose des atouts nécessaires pour bâtir un écosystème compétitif à l’échelle mondiale.

Connu pour son implication dans le développement de Star Citizen, Roberts a livré une lecture très pragmatique du secteur. Selon lui, ce qui manque le plus souvent au démarrage n’est pas l’ambition, mais les moyens adaptés, les formations techniques ciblées et une stratégie progressive de montée en puissance.

Son discours a insisté sur plusieurs leviers. D’abord, l’importance de capitaliser sur l’identité culturelle et historique du Maroc et de l’Afrique plutôt que de reproduire des modèles déjà saturés. Ensuite, le besoin de formations plus pratiques en programmation et en art 3D, mieux alignées sur les attentes du marché. Enfin, la nécessité pour les studios marocains de se développer par étapes, en commençant éventuellement par des productions plus maîtrisées, notamment en single player et en accès anticipé, afin de générer des premiers revenus.

L’expert a également mis en avant une piste souvent évoquée dans les industries culturelles, à savoir l’outsourcing vers de grands studios étrangers, susceptible de créer des flux financiers réinvestissables dans la création de licences locales. À ses yeux, il suffirait d’un succès commercial marquant pour placer le Maroc sur la carte mondiale du gaming.

Un appui européen pour accélérer la structuration du secteur

Cette ambition marocaine s’inscrit aussi dans une logique de coopération internationale. Jeudi, en marge de l’exposition, Mohamed Mehdi Bensaid et l’ambassadeur de l’Union européenne au Maroc, Dimiter Tzantchev, ont signé un appui à la stratégie de développement de l’industrie du gaming au Maroc à l’horizon 2030.

Ce soutien s’inscrit dans une dynamique plus large de rapprochement entre le Maroc et l’Union européenne autour des industries culturelles et créatives (ICC). Il vise trois axes : le renforcement de l’offre de formation, la structuration du marché par des études et analyses, et l’intensification des liens entre les écosystèmes marocain et européen à travers des missions B2B et des échanges entre professionnels.

Le ministre a souligné que ce partenariat doit aider les PME marocaines à mieux s’insérer sur le marché européen et à bénéficier de mécanismes d’accompagnement adaptés à leurs projets, au Maroc comme à l’international.

L’UE, de son côté, a présenté cet appui comme une manière de soutenir un écosystème ouvert sur l’international, dans l’esprit du Pacte pour la Méditerranée. Le programme vient compléter un dispositif plus large lancé en 2023 pour les industries culturelles et créatives, doté de 10 millions d’euros.

Lire aussi : Le ministère de la Jeunesse rejoint la plateforme nationale d’accès à l’information

Le Maroc invité à capitaliser sur sa singularité et ses talents

Au fil des conférences, le MGE a aussi ouvert un débat plus large sur les enjeux culturels et sociétaux de l’industrie. Lors d’une rencontre réunissant médias et industries créatives et culturelles, les intervenants ont insisté sur le rôle croissant des ICC dans la souveraineté culturelle, numérique et médiatique.

Le président de la Fédération royale marocaine des jeux électroniques, Hicham El Khlifi, a plaidé pour une lecture nuancée du jeu vidéo, rappelant qu’il peut contribuer au développement de la logique, de l’intelligence et de la capacité de décision chez les jeunes, à condition d’être encadré. Il a également souligné la nécessité de produire des jeux marocains pour renforcer la souveraineté culturelle et conserver une part de la valeur ajoutée sur le territoire national.

Cette question de la souveraineté culturelle a été abordée avec plus de vigueur encore par Ahmedou Habibi, expert à l’ALECSO, qui a mis en garde contre la domination de contenus étrangers dans les jeux consommés par les jeunes marocains. Selon cet expert, certains de ces univers véhiculent des représentations culturelles biaisées ou subjectives, au risque de favoriser une forme d’effacement symbolique.

Son intervention a rappelé qu’au-delà des chiffres et des investissements, le jeu vidéo est aussi un espace d’influence, de narration et de représentation, où se jouent des enjeux de soft power de plus en plus sensibles.

La tenue du MGE à Rabat vient enfin renforcer la place de la capitale dans l’agenda culturel national et international. L’événement accompagne la désignation de Rabat comme Capitale mondiale du livre 2026 par l’UNESCO et s’inscrit, selon les organisateurs, dans la continuité d’une vision visant à faire de la ville un pôle culturel majeur.

En achevant cette troisième édition, le Morocco gaming expo laisse apparaître une ligne claire ; le Maroc ne veut plus se contenter d’être un marché de consommation pour les jeux vidéo, mais entend devenir un lieu de production, de formation et d’exportation.

Toutefois, si le secteur affiche aujourd’hui des signaux encourageants, la consolidation d’une véritable industrie suppose encore des financements, des formations spécialisées, des studios solides et, surtout, la capacité de faire émerger des œuvres capables de s’imposer au-delà des frontières.

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