Maroc-France : comment Rabat et Paris redessinent leur relation d’exception
Le premier ministre français quitte le Maroc au terme d'une visite officielle © DR
A
A
A
A
La relation Maroc-France a franchi une nouvelle étape dans la relance des relations bilatérales. Réunis jeudi 16 juillet à Rabat à l’occasion de la 15e Réunion de haut niveau (RHN), le chef du gouvernement Aziz Akhannouch et le premier ministre français Sébastien Lecornu ont supervisé la signature de quatorze accords et instruments de coopération couvrant des domaines aussi variés que les infrastructures, les transports, l’eau, la défense, l’enseignement, la culture, la recherche scientifique, les services postaux ou encore l’aviation civile.
Cette rencontre, la première à ce niveau depuis plusieurs années, s’inscrit dans le prolongement de la visite d’État effectuée au Maroc par le président français Emmanuel Macron en octobre 2024, à l’invitation du roi Mohammed VI. Elle marque surtout la volonté des deux capitales de transformer le rapprochement diplomatique engagé depuis cette visite en une coopération davantage structurée, fondée sur des projets concrets et des mécanismes institutionnels renforcés.
En ouverture de cette réunion, Sébastien Lecornu a qualifié cette séquence de « moment charnière » dans les relations entre Rabat et Paris. Il a rappelé que les réunions de haut niveau, instaurées il y a plus de trente ans, avaient été conçues pour « créer des liens particuliers, interministériels, des liens politiques, diplomatiques, économiques, culturels, agricoles, et organiser une gouvernance particulière entre les deux pays ».
Le premier ministre français a également souligné que cette rencontre intervenait après plusieurs années d’interruption du dialogue institutionnel à ce niveau. « La dernière rencontre de haut niveau ici a eu lieu au Maroc en 2017, la dernière entre les deux pays en 2019 (…), il était pour nous absolument indispensable (…) de reprendre justement cet agenda qui nous permet de travailler », a-t-il déclaré.
Pour Paris, cette relance s’inscrit directement dans le prolongement des décisions prises lors de la visite présidentielle de 2024. « Beaucoup de décisions ont été prises, avec une promesse essentielle : un changement d’échelle dans la relation bilatérale », a affirmé Sébastien Lecornu, rappelant qu’une intense activité diplomatique avait suivi cette visite, avec une multiplication des déplacements ministériels entre les deux pays.
Lire aussi : Maroc-France : Sébastien Lecornu à Rabat pour la Réunion de haut niveau
Une coopération multisectorielle
Les quatorze accords signés témoignent de l’élargissement du champ de la coopération franco-marocaine.
Parmi les textes conclus figurent une convention de prêt de l’Agence française de développement (AFD) destinée au projet de RER de Rabat, un autre financement consacré à la politique nationale de l’eau, une convention de partenariat entre l’École nationale supérieure maritime française et l’Institut supérieur d’études maritimes marocain, ainsi qu’un accord de coopération entre La Poste et Barid Al-Maghrib.
Les deux pays ont également signé une déclaration d’intention sur l’enseignement de la langue arabe et de l’histoire-géographie dans le réseau français, un partenariat stratégique entre l’Institut du monde arabe et le ministère marocain de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, un accord scientifique entre le CIRAD et l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, ainsi qu’une coopération entre le CEREMA et le Laboratoire public d’essais et d’études (LPEE).
La dimension culturelle est également présente avec une lettre d’intention sur les résidences d’artistes ainsi qu’un engagement relatif à la participation du Maroc au Fonds pour les auteurs et producteurs africains.
Sur le plan stratégique, les deux gouvernements ont signé les termes de référence d’un comité bilatéral consacré à l’industrie de défense ainsi qu’un arrangement technique portant sur les archives militaires.
La coopération couvre enfin la politique étrangère féministe, l’aviation civile ainsi que plusieurs instruments destinés à accompagner les grands projets d’infrastructures du Royaume.
Sécurité et Union européenne
Au-delà des accords sectoriels, la réunion a également permis aux deux exécutifs de réaffirmer leurs convergences sur plusieurs dossiers internationaux.
Sébastien Lecornu a ainsi insisté sur « la question de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme, des grandes déstabilisations de ce monde, qui évidemment conjuguent les efforts de notre diplomatie ».
Le premier ministre français a également affiché l’ambition de faire évoluer le partenariat bien au-delà du cadre strictement bilatéral. Selon lui, il s’agit de « changer d’échelle dans la relation bilatérale », mais également de « changer d’échelle entre nous pour les autres ».
Dans cette perspective, il a souligné que la France entend demeurer « un port d’amarrage » des relations entre le Maroc et l’Union européenne, tout en développant des intérêts communs sur l’ensemble du continent africain. Il a notamment évoqué les défis liés à la sécurité, aux enjeux démographiques et aux questions environnementales qui concernent les deux pays.
Le responsable français a enfin confirmé que cette dynamique devait préparer la visite d’État du roi Mohammed VI en France, laquelle « devrait pouvoir aboutir et déboucher sur un traité d’amitié hors normes », appelé à aller « encore au-delà du partenariat d’exception renforcé » engagé depuis 2024.
Lire aussi : Sahara : Lecornu réaffirme la position « intangible » de la France
Un partenariat appelé à durer
Pour Driss Aissaoui, analyste politique, la portée de cette relance dépasse largement le simple réchauffement diplomatique observé depuis deux ans.
« La relance des relations franco-marocaines dépasse largement le stade d’un simple réchauffement bilatéral passager, elle consacre un repositionnement stratégique durable et structurel, officiellement qualifié de Partenariat d’exception renforcé », analyse-t-il dans une déclaration à LeBrief.
Selon lui, le soutien apporté par la France à la souveraineté du Maroc sur son Sahara constitue désormais « le socle » de cette nouvelle relation et marque « la fin du jeu d’équilibriste » traditionnellement observé par Paris dans la région.
L’analyste estime que les deux pays préparent désormais « un traité d’amitié stratégique personnalisé » destiné à « mettre le partenariat à l’abri des alternances politiques françaises futures ».
Au-delà de la dimension politique, Driss Aissaoui considère que la coopération change également de nature sur le plan économique. « Le partenariat a changé de dimension économique, passant de simples flux de marchandises à une intégration industrielle poussée », affirme-t-il.
Cette évolution se traduit notamment par l’implication des entreprises françaises dans les grands projets structurants du Maroc, tels que l’extension de la ligne à grande vitesse Al Boraq, le RER de Rabat ou encore les projets liés à la gestion des ressources hydriques.
Selon lui, « la coopération militaire », quant à elle, « dépasse l’achat d’armes » pour s’orienter vers « la mise en place d’unités de maintenance et de production de matériel militaire français directement au Maroc ».
Alors que le Maroc a considérablement élargi son réseau de partenaires internationaux ces dernières années, notamment avec les États-Unis, la Chine, les pays du Golfe et plusieurs États africains, Driss Aissaoui estime que la France conserve néanmoins une place particulière.
« La France peut encore prétendre à un rôle privilégié au Maroc, mais la nature de ce privilège a radicalement changé », explique-t-il. Selon lui, Paris « n’exerce plus l’hégémonie quasi exclusive d’autrefois ; elle est devenue un partenaire de premier plan engagé dans une logique de co-production industrielle et d’alliances stratégiques de long terme ».
L’analyste considère que les quatorze accords signés illustrent ce « changement d’échelle » dans la coopération bilatérale, qui repose désormais sur une logique de complémentarité plutôt que d’exclusivité.
Il estime par ailleurs que cette nouvelle feuille de route répond à des intérêts convergents. « L’enjeu réel pour Paris est de ne pas perdre son ancrage économique privilégié dans un Maroc en pleine diversification de partenariats. Pour Rabat, il s’agit de propulser son émergence industrielle globale en s’adossant à un partenaire d’envergure européenne », fait-il valoir.
Lire aussi : Maroc-France : Lecornu annonce l’étude d’un traité bilatéral inédit entre les deux pays
Le Sahara, l’énergie et l’Afrique au cœur du nouveau partenariat
Pour Driss Aissaoui, l’évolution de la relation franco-marocaine doit être analysée à travers plusieurs indicateurs qui traduisent un changement de nature du partenariat.
Le premier élément identifié par l’analyste concerne le dossier du Sahara, qu’il considère comme le principal tournant géopolitique ayant permis la relance des relations entre Rabat et Paris. « C’est en fait une consécration diplomatique, car la relance de la relation privilégiée repose sur la reconnaissance officielle par la France du plan d’autonomie marocain comme seule base de règlement pour le Sahara », affirme-t-il.
Selon lui, cette évolution diplomatique s’est également traduite par une implication économique accrue de la France dans les provinces du Sud. « Désormais, Paris autorise ses institutions financières, notamment l’AFD et Proparco, à financer des projets d’infrastructures dans les provinces du Sud, à Dakhla et à Laâyoune », explique-t-il.
L’analyste considère également que cette nouvelle feuille de route répond à des enjeux géopolitiques plus larges, notamment en Afrique. « Face au recul français au Sahel, Paris s’appuie sur le Maroc comme hub et passerelle d’influence vers l’Afrique subsaharienne, capitalisant sur la stratégie atlantique et africaine du Royaume », analyse-t-il.
Les enjeux énergétiques occupent également une place centrale dans cette nouvelle architecture. Selon Driss Aissaoui, les deux pays cherchent à renforcer leur coopération dans la transition énergétique et la connectivité. Il cite notamment le projet d’interconnexion électrique sous-marine à haute tension qui pourrait permettre de relier le réseau marocain au réseau européen via la France, contribuant à sécuriser les flux d’énergies renouvelables et à accompagner le développement de l’hydrogène vert.
Alors que la RHN s’achevait sur une déclaration commune, les regards se tournent déjà vers les prochains mois. La visite d’État du roi Mohammed VI en France, attendue avec impatience, devrait sceller ce « traité d’amitié hors normes » évoqué par Lecornu. En attendant, les quatorze accords de Rabat tracent les sillons d’une relation qui, après avoir traversé des turbulences, semble avoir trouvé un nouveau cap, celui d’une coopération structurelle et assumée, où la France n’est plus l’ancienne puissance tutélaire, mais un partenaire stratégique parmi d’autres, choisi pour sa capacité à co-produire et à investir dans la durée.
Le ministère de l'Intérieur mobilise 40.700 bureaux de vote, 350.000 agents et des outils numériques pour garantir un scrutin transparent.
Mouna Aghlal - 17 juillet 2026Durant le protectorat français, la coopération entre le Maroc et les États-Unis s’est inscrite dans une démarche de transfert d’expertises et de partage de connaissances.
Rédaction LeBrief - 17 juillet 2026Le Maroc lance une stratégie nationale pour structurer l'économie des soins, renforcer l'État social, créer des emplois et améliorer l'accès aux services.
Mouna Aghlal - 17 juillet 2026Abdeltif Loudyi a reçu à Rabat la ministre française des Armées et des anciens combattants, en marge de la réunion de haut niveau maroco-française.
Rédaction LeBrief - 17 juillet 2026Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a mis en avant le caractère stratégique de la coopération économique entre la France et le Maroc, évoquant les…
El Mehdi El Azhary - 16 juillet 2026Après la publication de la loi réorganisant le CNP, la commission intérimaire se réunira pour assurer la transition et préparer les élections destinées à renouveler l’instance.
El Mehdi El Azhary - 16 juillet 2026Politique - Le gouvernement fait le point sur la réforme de l'enseignement supérieur et son impact sur la recherche scientifique.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique - Le Conseil de gouvernement approuve des décrets sur la pêche continentale et les OPCVM pour une meilleure organisation sectorielle.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique - Le CCG réaffirme son appui à la marocanité du Sahara lors de la 8e réunion ministérielle conjointe.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique – Comment la télémédecine transforme l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales ou enclavées ?
Sabrina El Faiz - 12 mars 2026Politique - Le CCG salue l'engagement du roi Mohammed VI lors de la réunion ministérielle conjointe. Un moment fort pour le Maroc et la région.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Politique - Le ministre lance des projets pour renforcer la connectivité à Khénifra et améliorer les infrastructures routières locales.
Mouna Aghlal - 10 mars 2026